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URA 1397

 

Les Recteurs d’académie et la fonction rectorale
deux cents ans d'histoire

Colloque organisé par la Conférence des Recteurs français,
l'Université Paris IV-Sorbonne (Centre d’histoire du XIXe siècle, Paris I-Paris IV, EA 3550)
l'Université Charles de Gaulle de Lille 3 (IRHiS, UMR-CNRS 8529)
et le Service d’histoire de l’éducation (INRP/ENS)

La Sorbonne -Jeudi 27 mars 2008 

Appel à communications

Responsables scientifiques : Jean-Noël Luc (Université Paris IV-Sorbonne) ; Pierre CASPARD (Service d’histoire de l’éducation) ; Jean-François CONDETTE (IUFM Nord-Pas-de-Calais, UMR IRHiS, Université de Lille3).
[Comité scientifique en cours de constitution]

Si la loi du 10 mai 1806, par ses trois brefs articles, décide la formation d’une Université impériale définie comme « un corps chargé exclusivement de l’enseignement et de l’éducation publique dans tout l’Empire », il faut attendre le décret du 17 mars 1808 pour que la fondation de 1806 ne soit plus un cadre théorique. Ce texte met en place les fondements contemporains du système d’Instruction publique en France et ses décisions marquent encore, sur de nombreux points, notre réalité éducative. Ses 144 articles réaffirment le principe du monopole et définissent dans le détail l’organisation générale de l’Université. C’est ainsi qu’est réorganisé l’enseignement supérieur par la renaissance des facultés alors que les grades sont aussi redéfinis et sont au nombre de trois : le baccalauréat, la licence et le doctorat. La définition du corps enseignant, la mise au point des modalités de son recrutement et la précision des obligations qui pèsent sur ses membres, occupent aussi une grande place dans ce texte, tout comme la description de la hiérarchie interne à l’Université et la redéfinition des règles financières qui la régissent. Le décret précise aussi les structures centrales qui, à Paris, prennent les grandes décisions mais il met aussi en place une nouvelle fonction administrative, celle de recteur d’académie, ce dernier étant défini comme le représentant direct du Grand-Maître au sein de son ressort géographique spécifique.

1. Argumentaire général du colloque.

Après avoir défini les rouages parisiens de l’administration centrale, le décret du 17 mars 1808 innove en effet par la création d’une nouvelle fonction administrative de rang intermédiaire, celle de recteur d’académie. La création napoléonienne met ainsi en place une spécificité française en transformant le recteur en un représentant direct du pouvoir central au sein d’un espace géographique particulier, l’académie, qui se définit comme un regroupement de départements. Le recteur doit alors devenir un agent majeur dans l’affirmation des prérogatives de l’État en matière d’enseignement avec l’aide d’inspecteurs « particuliers » (les inspecteurs d’académie). Peu à peu, par de multiples combats quotidiens, les recteurs imposent leur autorité et contribuent à l’affirmation d’une Instruction publique alors que la concurrence des institutions privées d’éducation est particulièrement vigoureuse. Menacée de disparition à la chute de Napoléon 1er, la fonction rectorale survit cependant, la monarchie comprenant tout l’intérêt de disposer de cet instrument de gestion des réalités éducatives. La réaction conservatrice qui suit les journées révolutionnaires de février puis de juin 1848 prend l’Université comme bouc-émissaire et la fonction rectorale est mise à mal. Par la loi Falloux du 15 mars 1850, les académies deviennent départementales et les « petits recteurs » voient leurs attributions fortement réduites. Par la loi du 14 juin 1854, Hippolyte Fortoul restaure ensuite les grandes académies et dote les recteurs de pouvoirs importants, même s’il confirme le transfert aux préfets de l’essentiel des pouvoirs sur l’enseignement primaire. La Troisième République ne change rien aux attributions des recteurs même si elle modifie l’univers idéologique de référence en sécularisant l’institution scolaire. La loi du 10 juillet 1896 fait du recteur le président de droit du nouveau conseil de l’université. Il joue alors un rôle majeur dans la rénovation de l’enseignement supérieur, tout en œuvrant au développement de l’enseignement secondaire masculin et féminin.  
Après les années noires de la Seconde Guerre mondiale, la fonction rectorale demeure marquée par une forte continuité jusqu’aux années 1960, alors que le système éducatif français connaît d’importantes réformes de structures et la massification de ses effectifs. En décembre 1967, le ministre Alain Peyrefitte décide de mettre fin à la quasi-inamovibilité des recteurs et de rappeler qu’il s’agit là d’une mission temporaire. En 1968, le recteur est « découronné » par la perte de son rôle dirigeant au sein du monde universitaire. C’est désormais le président de l’université, élu par ses pairs, qui est le chef de son institution, le recteur conservant un rôle de chancelier. Dès lors, c’est l’enseignement secondaire qui devient la grande affaire du recteur alors que ce dernier voit ses effectifs augmenter de manière considérable. La volonté ministérielle de mettre en œuvre une politique de déconcentration, l’affirmation progressive des nouveaux partenaires que sont les collectivités territoriales, en lien avec les politiques de décentralisation, transforment en profondeur la fonction.

2. Définition des axes du colloque.
Quatre axes peuvent permettre de structurer les problématiques de ce colloque qui, parce qu’il est fondé sur l’analyse de l’évolution d’une fonction sur deux cents ans, place les approches historiques au cœur de ses démarches. Les études issues des sciences politiques, de l’histoire du droit tout comme certaines approches des sciences de l’éducation sont aussi les bienvenues. 

Axe 1 : Des services et des hommes : Le recteur et les services académiques.
Il n’est pas dans les objectifs du colloque de célébrer le culte d’un corps d’exception composé exclusivement de personnalités majeures. Si certains recteurs furent assurément de grandes figures qui ont profondément marqué de leur empreinte les réalités éducatives, il faut aussi reconnaître que d’autres furent par contre de simples gestionnaires. Le colloque peut être l’occasion de revenir sur quelques figures importantes et d’examiner leur travail au quotidien. L’angle d’approche peut être biographique (l’œuvre d’un recteur spécifique), chronologique (l’ensemble des recteurs à une date donnée et leur positionnement face à tel événement, telle réforme…) ou géographique (le travail des recteurs dans telle académie). Pour l’après 1945, il peut être intéressant de songer à des études sur les principales caractéristiques sociales, professionnelles et universitaires des recteurs. Des analyses de corpus, pour certaines périodes récentes, nettement identifiées, peuvent délivrer de nombreuses informations sur l’accès à la fonction, ses critères majeurs et ses liens avec le politique. On peut aussi penser à des analyses sur les bureaux et les services rectoraux sur lesquels on ne sait presque rien. 

Axe 2 : Le recteur, bâtisseur d’Écoles : La fonction rectorale et les réalités scolaires.
Le recteur est un relais majeur dans la mise en œuvre des politiques éducatives. Créé comme un agent de la centralisation par Napoléon 1er, comment réussit-il à imposer l’École comme une « affaire d’État » (C. Nique) ? Il est ici fort important de pouvoir examiner le travail au quotidien du recteur dans la mise en œuvre concrète, au plus près des établissements, des grandes lois scolaires depuis les textes réglementaires napoléoniens jusqu’aux lois les plus récentes. Quel est par exemple leur rôle précis dans la mise en place des diverses décisions de la loi Guizot du 28 juin 1833, dans l’organisation des divers comités d’arrondissement et des comités locaux exigés ? Quel rôle jouent-ils, par exemple, dans la mise en place des collèges et des lycées de jeunes filles après 1880 ou dans la rénovation fondamentale des structures universitaires sous la Troisième République ? Il peut aussi être intéressant de tenter de mesurer la place que prennent les recteurs dans les grands débats pédagogiques des XIXe-XXe siècles.
 
►Axe 3 : Le recteur d’académie, les réalités locales et le pouvoir central.
Le recteur est-il réellement ce suppôt de la centralisation, destructeur des petites patries et de leurs spécificités au nom de l’unité de la nation? S’il est bien un relais majeur dans l’application des décisions prises depuis le ministère, ne peut-il pas se transformer aussi, tout du moins lors de certaines périodes, en un coriace défenseur de son espace académique auprès des bureaux parisiens ? Il y a là de multiples études à réaliser pour renouveler certaines approches traditionnelles de la centralisation à la française, qui semblent trop souvent exister de tous temps et en tous lieux. Dès lors, quelle place faire aux initiatives locales, à la demande sociale de terrain dans la construction de notre système éducatif ? Le recteur d’académie, par sa position stratégique d’interface entre le local et le central, peut assurément exercer un rôle de « passeur » entre les deux espaces sinon entre les deux cultures. S’il travaille sans conteste à l’affirmation d’une culture nationale et à la diffusion d’une certaine culture savante, il peut aussi jouer un rôle actif dans la dynamisation de la vie culturelle locale, appuyant les demandes des sociétés savantes ou des créations d’enseignements à forte spécificité régionale.

Axe 4 : Le recteur et la politique : entre dépendance, retrait et engagement.
Les différents régimes qui se succèdent en France depuis 1808 ont systématiquement veillé à faire le choix d’hommes partageant leurs valeurs et leur positionnement idéologique. Il peut alors être intéressant de tenter de dégager les critères du choix ministériel dans la désignation des recteurs et de dresser les profils politiques des recteurs nommés. Dans un autre sens, les recteurs s’engagent-ils en politique au sein de structures partisanes? C’est aussi toute la question des missions politiques des recteurs qui est alors posée. Si le recteur napoléonien se doit de promouvoir l’idée impériale et la grandeur de la nouvelle dynastie, les recteurs de la monarchie restaurée célèbrent quant à eux l’alliance du Trône et de l’Autel. Les grands recteurs de Napoléon III appuient, eux aussi, les candidats officiels, tout en jouant souvent un rôle important de collecte de renseignements sur l’opinion publique. Est-ce à dire qu’avec la République enfin enracinée, cette mission politique soit abandonnée au nom du respect de la neutralité et du devoir de réserve du fonctionnaire ? Comment les recteurs gèrent-ils les grandes crises franco-françaises des XIXe et XXe siècles mais aussi les périodes de guerre ? En restent-ils à un engagement minimal qui les fait œuvrer à la survie de l’institution scolaire et universitaire ou interviennent-ils dans les débats, se transformant alors en intellectuels ?

3. Pour proposer une communication.
--Les propositions de communication, reliées aux problématiques précisées ci-dessus, devront être envoyées avant le 15 mai 2007 aux deux adresses suivantes :
- Pierre CASPARD, par courrier au Service d’histoire de l’éducation (INRP, 45, rue d'Ulm, 75230 Paris cedex 05) ou par email (pcaspard@inrp.fr)
-Jean-François CONDETTE, centre IUFM de Douai – 161, rue d’Esquerchin – BP 827 – 59508 Douai Cedex
 (jeanfrancois.condette@wanadoo.fr )

Les propositions de communication devront comporter les informations suivantes :
--Nom ; prénom ; institution de rattachement ; laboratoire de rattachement ; fonction ; courriel ; adresse pour la correspondance.
--Titre de la communication
--Présentation de la communication en une page maximum. La problématique sera clairement explicitée ainsi que les sources principales utilisées.

Une réponse vous sera communiquée par le conseil scientifique avant le 15 juillet 2007.

 

 

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