Les missions statutaires de l'Institut national de recherche pédagogique, celles du Service d'histoire de l'éducation en particulier et le contexte scientifique dans lequel celui-ci travaille concourent à définir les grandes lignes de son programme dactivités et de recherches. Globalement considéré, ce programme vise quatre grands objectifs :
Créer
des instruments de travail et de recherche que les universités nont généralement
ni les moyens, ni le goût délaborer ; ces instruments banques de
données, recueils de textes, dictionnaires, répertoires, bibliographies...
visent à faciliter laccès à des sources manuscrites ou imprimées qui,
sagissant dadministrations aussi anciennes et proliférantes que celles qui
soccupent de lÉducation sous toutes ses formes, présentent un caractère
dissuasif pour toute recherche se voulant documentée et systématique. Cest ainsi
que les principaux instruments de recherche élaborés par le Service depuis le début des
années 1980 portent sur les manuels scolaires (100 000 titres parus depuis la
Révolution...), les revues pédagogiques (15 000 à 20 000 titres
différents...), ou les textes officiels.
Un second objectif, proche du précédent, consiste à créer
les moyens daborder un certain nombre dinstitutions éducatives, soit à
l'échelle du pays, soit à l'échelon régional ou local, mais toujours en référence au
cadre national qui leur donne sens. Les monographies
sont en effet lune des approches le plus fréquemment adoptées par les chercheurs.
Pour les insérer dans un cadre danalyse global, le Service a entrepris, par
exemple, de dresser un répertoire exhaustif de tous les collèges en fonction sous
lAncien Régime (environ 800 établissements), ou des établissements
denseignement technique et professionnel depuis la Révolution (une dizaine de
milliers seront sans doute recensés, à terme).
Un troisième principe sur lequel le programme de recherches
a été construit a été de privilégier les domaines qui étaient le plus susceptibles
dintéresser les acteurs et partenaires du système éducatif au sens large, et
notamment, les enseignants et les formateurs. Or ceux-ci sont particulièrement
intéressés par ce qui constitue le quotidien même de leur métier : la
transmission de savoirs, de valeurs, de compétences. Cest pourquoi laxe
dominant des recherches du Service porte sur lhistoire des disciplines scolaires,
leurs origines, leurs évolutions. Lhistoire des contenus concourt à cette
histoire, mais aussi celle des moyens pédagogiques (manuels, revues), des concours de
recrutement (lagrégation, par exemple), des examens et exercices scolaires, du
contrôle et de linspection des enseignants (Inspection générale), etc.
Le Service ne sinterdit cependant pas dexplorer des domaines connexes à celui-ci, soit parce quils correspondent à une lacune de la recherche universitaire, soit parce quils peuvent apporter un éclairage à lhistoire des contenus denseignement ; cest le cas de lhistoire de lédition scolaire, de lhistoire économique et financière de lenseignement, ou de la prise de décision en éducation.
Voir: Publications du Service d'histoire de l'éducation de l'INRP
Les quatre axes du programme de recherche
Compte tenu des missions institutionnelles du Service d'histoire de l'éducation de l'INRP et de la conjoncture scientifique, son programme se concentre, avec une cohérence maximale, sur quatre axes :
L'histoire des disciplines
scolaires
L'histoire de l'édition
scolaire, éducative et enfantine
L'histoire économique,
financière et sociale de l'enseignement
L'histoire des élites
enseignantes et de la prise de décision.
Du point de vue de la méthode, les recherches sinscrivant dans ces axes se caractérisent, notamment, par limportance donnée au travail sur archives et par un ancrage fort dans le social. Elles se caractérisent également par une articulation étroite entre recherches et documentation de recherche.
AXE 1 : Histoire des disciplines scolaires
Lhistoire des disciplines scolaires constitue laxe dominant des activités du Service dhistoire de léducation. Dès les premières années de son existence, la préoccupation des contenus disciplinaires était déjà au centre de ses investigations concernant les périodiques pédagogiques, linspection générale ou les manuels scolaires. Au milieu des années 1980, lhistoire des disciplines scolaires elles-mêmes est devenue à son tour le thème central de plusieurs recherches. À lheure actuelle, la majorité des disciplines enseignées traditionnellement dans les établissements scolaires font lobjet de travaux de nature diverse. Il nest pas hors de propos de rappeler ici que le champ était jusquici pratiquement vierge, la question des contenus de lenseignement ayant rarement suscité lintérêt des historiens.
Cette orientation de la recherche en direction de lhistoire des disciplines sexplique par plusieurs facteurs. Le plus important dentre eux est la demande de linstitution. Même si elle na jamais été explicitement formulée par la tutelle, il est rapidement apparu que, dans la période de transformation profonde du système éducatif que nous vivons depuis vingt ans, lélaboration dun corpus de travaux historiques sur la question était lapport principal que le Service pouvait fournir au ministère et aux institutions qui en dépendent. Et, de fait, na cessé de croître au cours des années la demande dinformations, de collaboration et détudes émanant des différentes directions du ministère, de lInspection générale ou encore du Conseil national des programmes, lequel, dans son souci de remettre en cause ce quil appelle " la logique disciplinaire ", sest montré intéressé par les recherches du Service.
Le second facteur qui justifie ce choix est lintérêt manifesté par un public très large, au sein ou autour de linstitution éducative, dans les années 1980 et 1990. Quil sagisse de formation des maîtres (initiale ou continue), quil sagisse de recherche (à tous les niveaux, maîtrise, doctorat, en France ou à létranger) ou même des études supérieures aussi bien dans les disciplines classiques quen éducation physique par exemple, il est aujourdhui de plus en plus fait appel à lhistoire des disciplines scolaires. Certains concours de recrutement des maîtres font également parfois une place à ces préoccupations.
À létranger, des préoccupations analogues se sont fait jour au cours des dernières années, avec des problématiques certes différentes, et cest fréquemment à cause de lintérêt quil porte à lhistoire des disciplines scolaires que le Service dhistoire de léducation a été sollicité, ici et là, pour des tournées de conférences ou des interventions diverses. En particulier, le nombre des demandes dinformation, daide ou de collaboration émanant de létranger na cessé de croître dans ce domaine.
Conformément à la vocation du Service dhistoire de léducation délaborer des instruments de travail à lusage des chercheurs, au premier rang de ces recherches figurent les recueils de textes officiels et de programmes sur la plupart des disciplines traditionnelles, du français aux sciences, en passant par la philosophie, lhistoire ou les enseignements agricole et technique. Un vaste corpus de référence sur lhistoire des disciplines est ainsi en voie de constitution. Sont également en cours, ou envisagés, des recueils de sources et des bibliographies sur lhistoire des disciplines. Le traitement de la documentation par les chercheurs aboutira, dans certains cas, à des synthèses historiques sur telle ou telle discipline. Enfin, cest dans le cadre de lhistoire des disciplines scolaires qua été rouvert, plus dun demi-siècle après la thèse de Piobetta sur lhistoire du baccalauréat, le vaste domaine de lhistoire des examens (et de la docimologie en général). Là aussi est privilégiée lélaboration dune documentation de base (évolution de la réglementation, catalogues de programmes, de sujets, de lauréats, etc.). Un certain nombre détudes ponctuelles ont dores et déjà été réalisées.
La problématique soulevée par ces recherches na pas manqué de rencontrer les préoccupations actuelles de certains didacticiens concernant les " savoirs savants " et les " savoirs enseignés ", ainsi que la notion, largement répandue dans ces milieux, de la " transposition didactique ". Un large débat est aujourdhui engagé autour de la pertinence de ces concepts en matière de pédagogie ; et lhistoire de lenseignement réel, en mettant laccent sur lautonomie relative des " disciplines " par rapport à la tradition savante, et sur loriginalité de la " culture scolaire ", apporte sur ces questions son message propre.
Liste des
recherches (axe 1) ici.
AXE 2 : L'édition scolaire, éducative et enfantine
Entre les prescriptions officielles, les programmes, les idées et théories pédagogiques, dune part, et les pratiques éducatives réelles, dans lécole ou la famille, dautre part, des médias pédagogiques de masse ont, depuis la fin du XVIIIe siècle au moins, joué un rôle décisif dans la transmission des savoirs et des valeurs : il sagit des manuels scolaires, de la littérature et des ouvrages pour enfants, de la presse pédagogique destinée aux enseignants, aux familles, aux jeunes et aux adolescents.
Ces divers médias présentent des caractéristiques communes qui en font, pour lhistorien de léducation, une source majeure. Ce sont, tout dabord, des documents imprimés, faciles à déchiffrer, à caractériser et, le plus souvent, à dater. Ils présentent par ailleurs une forte cohérence interne et sinsèrent dans des ensembles plus vastes (numéros, séries, collections, rééditions, etc.). Continue et abondante, cette production se prête tout particulièrement à une étude sérielle : lhistorien peut ainsi suivre, sur la longue durée, au travers de titres différents, des rééditions dun même titre ou au travers des numéros successifs dun même périodique, lapparition ou lévolution dune méthode pédagogique, du traitement dun événement historique, littéraire ou scientifique, ou encore les variantes dun discours éducatif ou moralisateur...
15 000 à 20 000 revues pédagogiques et plus de 100 000 manuels différents ont été publiés en France depuis la Révolution ; les ouvrages destinés à la jeunesse se chiffrent également par dizaines de milliers de titres. Le caractère pléthorique de ces productions, leur plus ou moins rapide obsolescence et leur faible coût concourent à les banaliser et à les déprécier ; de ce fait, leur conservation est généralement mal assurée et leur recension est restée très lacunaire.
Cette situation explique, pour une part, que les études qui se sont attachées à ces documents, de plus en plus nombreuses depuis le milieu des années 1970, présentent un caractère monographique qui ne saurait rendre compte de lensemble de la production. Faute dinstruments scientifiques adaptés, elles se sont cantonnées dans lanalyse de contenu, et ce dans une perspective majoritairement idéologique. Par ailleurs, ce domaine de recherche, qui se caractérise par la diversité des investigations et leur dissémination géographique, pâtit également dun déficit méthodologique.
Pour apporter un soutien à ces recherches ponctuelles ou monographiques, comme pour en élargir les perspectives, le Service a donc estimé quil convenait de les traiter dans leur globalité, avec plusieurs finalités :
étayer, au plan documentaire, ses recherches propres portant sur lhistoire des
disciplines scolaires ; la publication de corpus exhaustifs de manuels par discipline
en constitue une des manifestations.
contribuer à une histoire des idées et des
préoccupations éducatives qui ne se limite pas à celles dun petit nombre de
pédagogues, dintellectuels et de théoriciens.
contribuer à lhistoire économique de
lédition, dans laquelle le secteur scolaire pèse dun poids très
significatif.
contribuer à lhistoire du livre, dans un
domaine généralement considéré comme mineur et où, de ce fait, les retards de la
recherche française étaient considérables.
Eu égard à la masse des informations traitées et à la multiplicité des approches scientifiques possibles, les travaux décrits ci-dessous ont en commun de reposer sur des bases de données qui constituent autant dappuis lourds à la recherche.
Liste des recherches
(axe 2) ici.
AXE 3 : Enseignement, économie et société
Dominée par une vision idéaliste de léducation et de lenseignement, lhistoriographie a longtemps négligé den étudier pour eux-mêmes les aspects économiques, matériels et financiers, et ne sest guère penchée sur les enseignements pratiques ou à finalité professionnelle, supposés intellectuellement peu intéressants. Ces sujets contribuent pourtant à une des approches essentielles des questions éducatives : lentrée économique, quon peut analyser en reprenant la distinction, familière aux économistes de léducation, entre versant interne (coûts, financement, gestion) et versant externe (effets de léducation sur lévolution économique, sociale et technique, et inversement).
Les recherches menées par le Service dans ce domaine visent à :
quadriller et baliser largement lensemble de lhistoire des enseignements
industriels, commerciaux et agricoles dune part, celle du financement de
lenseignement, et de la gestion des données démographiques, financières et
matérielles qui en déterminent le coût et lefficacité dautre part.
mener quelques études ponctuelles sur des sujets neufs ou avec des approches originales.
La cohérence intellectuelle des recherches menées dans cette optique se double de convergences dans lapproche et la méthode : constitution de recueils de textes réglementaires éclairés par la fréquentation des documents darchives nationaux et locaux ; accent mis sur létablissement scolaire, unité de rencontre des contraintes spatiales et temporelles, de régulation des flux et de déploiement des moyens humains, matériels et financiers denseignement ; utilisation de lapproche prosopographique dans une optique sociale.
Globalement, lensemble de ces recherches se situe dans la perspective dun rééquilibrage souhaitable de lhistoriographie dans le sens dune meilleure prise en compte des aspects financiers et matériels, mais aussi institutionnels (au sens de la pratique institutionnelle, nationale et locale) de lenseignement.
Liste des recherches (axe 3)
ici.
AXE 4 : Elites enseignantes et prises de décision
Les politiques éducatives constituent certainement avec les idées pédagogiques un des domaines le plus anciennement explorés par lhistoriographie. Dès le XIXe siècle, une production de qualité abonde, éventuellement sous la forme autobiographique (souvenirs de ministres ou hauts responsables de lInstruction publique). Explicitement ou non, ces histoires participent aux débats et conflits sur les rapports entre lÉtat, lÉglise et lÉcole, qui constituent une constante majeure de notre histoire depuis deux siècles au moins.
Lévolution récente de notre système éducatif a passablement modifié lidée que lon se fait aujourdhui des conditions et des effets des politiques ministérielles. À ce quErnest Labrousse aurait appelé la pure " imputation au politique " a succédé une perception plus vive des pesanteurs et des contraintes de linstitution, du poids des idéologies et des mentalités, de la force des mouvements qui affectent en profondeur le corps social, dans ses demandes déducation. En même temps, apparaît plus nettement le rôle dacteurs plus nombreux de linstitution : administrateurs, directeurs détablissements, enseignants ou, dune façon moins institutionnelle, acteurs de la vie politique ou économique régionale, membres dassociations ou de réseaux dinfluence divers, etc.
Cest dans cette double perspective que le Service a engagé des recherches tendant à évaluer le rôle de différents acteurs de lhistoire de notre enseignement. Lapproche principalement utilisée ici est celle qui est le mieux à même de cerner des populations dimportance moyenne : il sagit de la prosopographie et, pour lépoque récente, de lenquête orale.
Liste des recherches
(axe 4) ici.
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