| LÉducation, son histoire et lÉtat L'exemple français
par Pierre Caspard
Publié dans la revue Annali di storia delleducazione e delle istituzioni scolastiche (Brescia), 1998, pp. 101-123. |
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Dans le paysage de la recherche historique française et étrangère, le Service dhistoire de léducation occupe une place singulière. Il est né dans les années 1970 au sein même du ministère de lÉducation nationale, et se trouve aujourdhui implanté dans un Institut national de recherche pédagogique sous tutelle de ce même ministère, tout en étant laboratoire associé au Centre national de la recherche scientifique, dans une section dhistoire moderne et contemporaine. Lexpérience de près de trente années quil a connue peut ainsi constituer une source de réflexion pour qui sinterroge sur les rapports quentretiennent lhistoire et la mémoire dune administration de lÉtat. Sil sinscrit dans une tradition culturelle, assez typiquement française, de la gestion de la mémoire nationale par lÉtat, ce Service sest aussi construit comme une institution dingénierie spécifiquement adaptée aux conditions actuelles de la recherche en histoire de léducation 1. Dans un contexte caractérisé par une élévation globale du niveau culturel de la Nation, et tout particulièrement par une universitarisation généralisée de la formation des maîtres et des éducateurs, lhistoire de léducation se trouve en effet au croisement dactivités de recherche, de formation et de culture proliférantes et inextricablement associées. La double appartenance institutionnelle du Service dhistoire de léducation à lÉducation et à la Recherche ne fait que traduire la volonté qui est la sienne de définir et de conduire un programme dactivités conçu comme un véritable service public, utile à tous ceux qui travaillent en histoire, quils soient professionnels ou amateurs de la recherche. Cette mission de service public doit affronter deux logiques. Lune est celle de la distinction universitaire, qui régit la production académique de connaissances ; lautre est la logique du guichet, qui conduit à répondre à toutes les demandes qui se présentent. Entre les deux, le Service dhistoire de léducation mène une politique évaluée par linstance scientifique la plus légitime du pays le Comité national du CNRS-, tout en essayant de donner, en France et à létranger, limage dun Service prodiguant ressources, accueil et conseils à tous ceux qui sintéressent, à un titre ou à un autre, à léducation française et à son passé. Il peut donc être utile de sinterroger sur les raisons, profondes ou contingentes, qui ont conduit à lexistence dun institution de ce genre.
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Le souci de conserver la mémoire des administrations a été très anciennement présent dans les préoccupations du pouvoir monarchique, avant de nourrir la culture jacobine etrépublicaine de lÉtat. La remarque vaut à la fois pour la conservation matérielle des archives, précocement réglementée et organisée dans notre pays, et pour leur mise en valeur historique, encouragée par lÉtat. Depuis 1945, cette seconde préoccupation sest traduite par la création de comités dhistoire, dépendant de différents ministères. Le premier a sans doute été le Comité pour lhistoire de la Seconde Guerre mondiale, créé en 1946 et directement rattaché aux services du Premier Ministre. Sa mission essentielle était de sauver la mémoire des faits de Déportation et de Résistance restés souvent clandestins, par la force des choses, grâce à un réseau de correspondants travaillant sur lensemble du territoire national. Au début des années 1980, ce Comité sest transformé en laboratoire universitaire intégré au CNRS, sous le nom dInstitut dHistoire du Temps Présent, en ne conservant plus que des traces de son esprit et de ses missions dorigine 2. Parallèlement, le Service historique des Armées, chargé de la gestion des archives de ce ministère depuis Louis XIV déjà, ajoutait à cette fonction traditionnelle des activités historiques plus diversifiées, incluant notamment la constitution darchives orales, pratique dans laquelle ce Service a dailleurs joué en France un rôle de pionnier. Mais la grande vague de création des comités historiques remonte au début des années 1970. Ces années voient en effet une véritable explosion de la démographie universitaire et, au-delà même de l'Université, une dissémination des pratiques de recherche, comme activité culturelle intéressante et désirable. Leffervescence des sciences humaines qui caractérise les " vingt glorieuses ", 1960-1970, a donc aussi pour effet de relâcher lencadrement universitaire de la recherche et destomper les repères méthodologiques et archivistiques des nouveaux chercheurs en histoire, parfois novices car venus dautres horizons disciplinaires, au moment même où le renouveau de lhistoire sociale et culturelle ouvre aux enquêtes des espaces inédits. Les comités dhistoire qui se créent alors ont cette double vocation dorienter la recherche vers des secteurs relativement délaissés, et dapporter une aide, méthodologique et documentaire, appropriée aux besoins des chercheurs intéressés à explorer les territoires sous mandat de chacune des administrations de lÉtat. Lun des premiers comités créés à cette époque est, précisément, le Service dhistoire de léducation ou, plus exactement, ce qui en a constitué la préfiguration : la nomination, en 1970, dun " Haut fonctionnaire chargé de lhistoire de léducation ", puis, en 1972, dune " Commission permanente de lhistoire de léducation ", présidée par le précédent. Dautres comités suivront. En 1973, Pierre Laroque, le père de la Sécurité sociale française, fonde le Comité pour lhistoire de la Sécurité sociale. En même temps, de grandes administrations ou de grandes entreprises créent des structures historiques, tel Saint-Gobain-Pont-à-Mousson, qui se dote dun service darchives et accorde dimportantes bourses de thèses. Au terme du processus, on compte aujourdhui plusieurs dizaines de comités dhistoire qui, avec des statuts divers, visent des objectifs similaires ou voisins, de conservation et de mise en valeur de la mémoire des administrations dont ils dépendent. Une initiative récente des services du Premier Ministre vient de créer entre eux un " Club des comités dhistoire ", structure de concertation où puissent séchanger informations et expériences. Au printemps 1998, ce club regroupe pas moins dune quarantaine dorganismes 3. Vingt-cinq dentre eux dépendent directement ou indirectement dun Ministère : le Service dhistoire de léducation, le Comité pour lhistoire économique et financière, le Comité dhistoire de la Sécurité sociale, lAssociation pour lhistoire de la Sécurité sociale, lInstitut dhistoire de lIndustrie, le Comité dhistoire industrielle, le Comité pour lhistoire de lArmement, le Service historique de la Marine, le Service historique de lArmée de lAir, le Service historique de lArmée de Terre, le Service historique de la Gendarmerie nationale, le Centre détudes et dhistoire de la Défense, lInstitut dhistoire militaire comparée, la Commission française dhistoire militaire, la Section historique du Service de Santé des Armées, le Comité dhistoire des Anciens Combattants, le Comité pour lhistoire de la Culture, le Comité pour lhistoire de lÉquipement, lInstitut des hautes études pour la Sécurité intérieure, lAssociation pour lhistoire de lAgriculture, lAssociation française pour lhistoire de la Justice, le Comité dhistoire des administrations du Travail, de lEmploi et de la Formation professionnelle, et le Conservatoire national pour lhistoire de léducation spéciale, auxquels il faudrait ajouter, transversalement à plusieurs de ces administrations, lAssociation pour lhistoire de lAdministration française et lInstitut français des sciences administratives. Sept comités ou associations dépendent dadministrations du Service public ou dentreprises nationales : lAssociation pour lhistoire de lélectricité en France, lAssociation pour lhistoire des chemins de fer en France, lUnité documentaire et Mémoire de lentreprise de la Régie autonome des transports parisiens, la Mission historique de la Banque de France, la Mission des Travaux historiques de la Caisse des Dépôts et Consignations, le Comité dhistoire de la Poste, le Comité dhistoire de France Télécom. Une dizaine enfin mais la liste nest pas exhaustive- sont lémanation de branches ou dentreprises moins directement dépendantes de lÉtat, ou appartenant au secteur privé : Institut pour lhistoire de lAluminium, Archives et mission historique du Crédit Lyonnais, Association pour lhistoire de Paribas, Mission des travaux historiques et des archives de la Caisse nationale du Crédit agricole, Groupe détudes dhistoire de la comptabilité, Institut international de lhistoire du Notariat, Centre national des Caisses dépargne, Mission Archives et histoire de lOffice national interprofessionnel des Céréales, Service des archives historiques de la Société générale, et Fondation de lAutomobile Marius Berliet. Ne figurent dans cette liste ni les organismes spécifiquement chargés de la conservation des Archives, ni les Musées quont créés divers organismes publics ou privés, tels le Musée national de lÉducation, le Musée de la Poste, la Galerie-musée de la SEITA (Régie des Tabacs), le Musée des Douanes, le Musée de lAssistance publique, ni les cellules de documentation historiques créées par des syndicats, tels, pour le seul secteur de lenseignement, le Centre Henri-Aigueperse de la Fédération de lÉducation nationale, ou lInstitut de recherches historiques sur le Syndicalisme dans les enseignements du second degré (IRHSES), du Syndicat national des enseignements du second degré (SNES). Certes, tous ces comités nont pas la même importance. Les plus actifs sont certainement, mis à part les Services historiques des Armées, qui ont également une importante mission de conservation darchives, le Service dhistoire de léducation et le Comité pour lhistoire économique et financière de la France, ce dernier créé en 1987 4. Mais cette longue liste témoigne que le Service dhistoire de léducation appartient à une famille fort nombreuse, dont lexistence même répond à un besoin dordre général, quil nest pas inutile de chercher à analyser. La politique de mémoire visée par les administrations publiques ou privées qui financent ces comités peut dabord sapparenter à une forme de mécénat culturel, dont elles attendent des retombées en terme dimage. Le glissement entre " ancienneté " et " noblesse " vaut pour les institutions comme pour les individus. Avoir des origines lointaines, un passé, une histoire, confère distinction et dignité ; même pour une administration, limage peut valoir crédit, à tous les sens du terme. Doù lintérêt décrire et de faire écrire sa propre histoire, en la ponctuant éventuellement de ces commémorations qui sont, comme on sait, un exercice dont les Français sont particulièrement friands. Pourvoyeuse dimage en dehors de linstitution, la mémoire peut aussi nourrir la culture de ses agents. Ce nest pas un hasard si la création des comités dhistoire coïncide avec lintérêt porté par les sciences humaines et de gestion à la notion de " culture dentreprise " ; le rôle attribué à cette culture dans la cohésion, les performances et le dynamisme des entreprises en fait un nouveau " facteur de production ", digne dintérêt et danalyse. Naturellement, comme toute culture, celle des salariés et des cadres repose sur une histoire, que lentreprise a donc intérêt à retracer et à comprendre. Cest ainsi que la fusion entre Saint-Gobain et Pont-à-Mousson, en 1970, incita ses dirigeants à faire écrire lhistoire des deux cultures dont ils avaient eu du mal à faire lamalgame, celle " du verre " et celle " du tuyau ", au travers de thèses historiques remarquées 5 ; mais le souci dintégrer la notion de culture dentreprise à toutes les opérations de restructuration ou de modernisation est devenu général, dans les entreprises publiques aussi bien que privées. Plus ou moins nettement perçu, lintérêt dune histoire des administrations, de leurs personnels de lencadrement aux agents dexécution-, comme des conventions qui régissent leurs rapports, a donc contribué à la création des comités dhistoire. Et il nest pas étonnant que les services historiques les plus étoffés soient ceux de deux institutions dÉtat dont la force et la cohérence reposent à un très haut degré sur la culture et les traditions de leurs acteurs : lArmée et lÉducation. Ainsi, les origines du Service dhistoire de léducation apparaissent liées, à la fois à une conjoncture, celle des années 1970, et à une préoccupation de mémoire beaucoup plus profondément ancrée dans le passé, dont il est intéressant, pour lhistoire de léducation même, desquisser les prémisses et lorigine.
II - Brève histoire dun souci dhistoire Un souci dhistoire est apparu très tôt chez les autorités qui ont eu, à des titres et à des niveaux divers, à gérer les établissements en charge de léducation. Ce souci sest inscrit dans trois types de préoccupations, qui ne sont pas apparues au même moment, et ne visaient pas le même type dobjectifs. Histoire et gestion Il a dabord reposé sur la volonté de rechercher dans lhistoire des indicateurs de gestion et de résultat. En ce sens, lhistoire est lune des manifestations du souci statistique qui se répand en Occident à l'époque moderne, statistique chiffrée, au sens actuel du terme, ou statistique " morale ", susceptible de fournir aux responsables des informations plus qualitatives. Lhistoire de léducation peut ainsi se définir comme la comparaison entre deux états successifs révélés par lobservation statistique, et les analyses quinspire cette comparaison. Mais le cadre de lobservation na pas dabord été lÉtat. Il est longtemps resté celui où se prenaient effectivement les décisions, cest-à-dire les communes, villes ou villages, ou les établissements denseignement. Il est significatif que lune des premières entreprises systématiques de conservation de la mémoire, ou décriture de lhistoire de léducation, soit le fait des Jésuites. Dès la fin du XVIe siècle, obligation est faite à tous les responsables de ses collèges de tenir soigneusement des Annales de leur établissement, en consignant un grand nombre de faits jugés significatifs de sa bonne marche et de ses progrès, de son " bonheur " et de son " profit " : vision dynamique qui, dès cette époque, a donné à lhistoire de léducation lun de ses principaux fondements idéologiques et pragmatiques. Cette vision ne fera ensuite que se transposer aux différents niveaux où se mènent les politiques éducatives. Dans les communes, le souci de conserver les archives relatives à lenseignement quelles financent et organisent va croissant : après les villes, il se répand dans les villages dans le courant du XVIIIe siècle. Outre son importance proprement comptable, la conservation de ces archives a clairement pour objectif, de la part des communautés dhabitants, de leur permettre de comparer dans le temps les principaux indicateurs de lenseignement : moins encore les effectifs scolarisés que les salaires, dépenses, revenus, dotations et investissements consacrés à léducation. Lhistoire que ces archives permettent décrire aujourdhui ne fait que relayer celle quelle permettait aux contemporains de connaître ou de sentir, dans la mémoire quils avaient des données nécessaires à leur gestion. Et à un échelon administratif encore supérieur, le XVIIIe siècle voit se répandre, dans beaucoup de pays protestants ou catholiques, la pratique des enquêtes ecclésiastiques diocésaines ou synodales, permettant aux évêques ou aux pasteurs de juger, non seulement de létat, mais aussi des progrès ou du déclin- de lenseignement primaire dans la région observée. Ainsi, dès cette époque, lévolution de léducation, donc son histoire, constituent, pour la décision, un des facteurs susceptibles de léclairer et de la guider. Lémergence des États nations, qui sont aussi des États enseignants, ne fera que transposer lobservation à une échelle supérieure. Le prototype de ces enquêtes déchelle nationale peut être donné par les grandes enquêtes de la Révolution française. Ces enquêtes, dabord ponctuelles, rentreront rapidement dans lactivité ordinaire des administrations de lÉtat en charge de lenseignement ; dès lors, la comparaison diachronique fera partie de la routine administrative, au point de biaiser lobservation elle-même, par souci de démontrer à tout prix cohérence entre les données et progrès dans les faits observés 6. Attachée dabord aux indicateurs budgétaires ou relatifs à la fréquentation scolaire, lobservation diachronique se préoccupe rapidement dun problème essentiel, spécifique au champ éducatif : celui de lévaluation du " niveau " des élèves. Cette préoccupation a été bien antérieure à la prise en charge de léducation par lÉtat : on peut dire quelle est consubstantielle à toutes les politiques éducatives, quel que soit le niveau où celles-ci se mènent. Ainsi, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, un simple ouvrier du Maine, syndic de son village, se préoccupe de savoir quel était le niveau dinstruction de ses ancêtres : il consulte pour cela les registres de mariage en remontant jusquau XVIe siècle, pour constater la présence de signatures ; encore circonscrite à une famille, cette démarche est tout à fait analogue à celle du recteur Louis Maggiolo, dans la fameuse enquête quil lance au plan national, un siècle plus tard, elle-même reprise et analysée, un siècle après encore, par François Furet et Jacques Ozouf 7. Plus largement, le sentiment que les connaissances des enfants peuvent subir des évolutions, à court ou moyen terme, est autorisé par une pratique généralisée depuis le XVIIe siècle : celle de lexamen public des catéchumènes, dans leur paroisse. Vérification dune foi-connaissance intellectuelle, cette pratique répandue jusque dans les plus modestes villages donnait à chacun loccasion de comparer, intuitivement, lévolution des performances, au moins à léchelle dune mémoire dhomme ou de village, cest-à-dire à léchelle de ce que lon appellerait aujourdhui le " temps présent " 8. Si lhistoire de léducation savante ne remonte guère plus haut que le courant du XIXe siècle, le sentiment de lhistoricité de léducation, de ses institutions et de ses résultats lui est donc bien antérieur, y compris dans la conscience commune. Cest ce sentiment historique qui a suscité des méthodes dobservation et danalyse de plus en plus raffinées. Ainsi, dans les années 1820, une petite commune du Jura, pour avoir le cur net sur lévolution du niveau de ses enfants en écriture, compare deux corpus de copies écrites à plusieurs décennies de distance ! 9. Cette idée de sens commun- connaîtra ensuite une fortune particulière. Dans les années 1860, le ministre de lInstruction publique décide de comparer les performances en discours latin délèves ayant composé, sur le même sujet, en 1736 et en 1867 ; le même fait également recorriger les épreuves du Concours général depuis 15 ans, pour juger des effets produits par les réformes de ses prédécesseurs, et les siennes propres 10. Ce genre de préoccupation connaîtra un premier apogée dans les années 1880-1890, plusieurs mesures étant prises alors par le ministère pour conserver systématiquement des échantillons de copies délèves, à fin de comparaison, notamment diachronique 11. Un siècle plus tard, une recherche de grande ampleur permettra au ministère de comparer des copies de certificat de fin détudes des années 1920 aux performances accomplies, en 1996, par des élèves du même âge, ayant composé sur les mêmes sujets 12. Cet exemple donne une bonne idée de la continuité qui caractérise, dans le long terme, les préoccupations historiques et les pratiques destinées à y répondre, et incite à relativiser la nouveauté et lhétérogénéité de lhistoriographie savante, par rapport à la curiosité historique qui habite, profondément, tous les acteurs de léducation, au moins depuis lÉpoque moderne. Limportance de ce constat ne saurait être négligée, car il explique quencore aujourdhui, ou aujourdhui plus que jamais, lintérêt pour cette histoire soit disséminé largement au-delà des institutions de recherche spécialisées. Cest, en tous cas, lune des convictions qui fondent ou doivent fonder laction dun service historique en charge de léducation. Histoire et culture de la décision Lun des lieux communs les plus anciens concernant lhistoire est lidée quelle est un magister vitae, parce quelle transmet les leçons de lexpérience. Cela vaut aussi pour les responsables du système éducatif, à partir du moment où celui-ci est devenu suffisamment massif et complexe pour que ces leçons de lexpérience puissent utilement éclairer le sens des décisions à prendre. En France, cela commence à devenir le cas au lendemain de la Révolution et ce nest pas un hasard si les bâtisseurs du système, au XIXe siècle, ont été non seulement des lecteurs, mais aussi des auteurs ou des initiateurs douvrages sur lhistoire de lenseignement. Tel François Guizot, le futur ministre de lInstruction publique, qui écrit, dès 1816, une histoire de linstruction publique dans laquelle il tire des leçons pour lavenir. Il sera suivi de hauts fonctionnaires ou responsables comme Ambroise Rendu, Octave Kilian, Charles Jourdain, Octave Gréard, Louis Liard, Fontaine de Resbecq, A. de Beauchamp, Ferdinand Buisson ou Louis Maggiolo, dautres, plus nombreux encore, écrivant souvenirs et mémoires afin de témoigner pour leurs successeurs et leur transmettre leur expérience 13. Cette implication forte des hauts responsables sestompera ensuite, notamment parce que la lourdeur de plus en plus écrasante du mammouth éducatif leur laissera moins de loisirs pour sadonner à des activités de culture. Inversement, la prolifération même de ladministration et les temps morts quelle peut offrir entre lexercice successif de deux fonctions contribue à y maintenir, globalement, un niveau dactivité historiographique non négligeable. On compte aujourdhui plus dun historien de léducation chez les Directeurs ou anciens Directeurs de ministères, Inspecteurs généraux, membres de cabinets ministériels ou hauts responsables de lÉducation 14. Il est dailleurs significatif que les trois premiers responsables de la cellule préfigurant le Service dhistoire de léducation, entre 1970 et 1977, aient été trois Hauts fonctionnaires de lÉducation. Histoire et culture enseignante On ne saurait réduire lapparition de lhistoire savante de léducation, dans le courant du XIXe siècle, à une fonction de production de connaissances à lusage des gestionnaires et des décideurs. Un des grands objectifs des autorités alors en charge de lÉducation a été de faire contribuer son histoire à la culture professionnelle des enseignants. Plus encore que le précédent, cet objectif a été largement corrélé avec la montée du rôle de lÉtat, et la fonctionnarisation des enseignants. Auparavant, le dévouement communal ou paroissial, ou le sentiment dappartenance à une congrégation enseignante, suffisaient largement à structurer les habitus professionnels. Mais lorsque se crée un corps enseignant sous tutelle de lÉtat, lhistoire de léducation naissante est mise demblée au service de linculcation dune nouvelle éthique professionnelle. Doù le primat donné alors, à côté de celle des institutions, à lhistoire des idées pédagogiques, jalonnée par les uvres phares des " grands pédagogues " grecs, romains, humanistes ou philosophes, lenseignement catholique proposant de son côté ses propres modèles. Cette histoire vise à sublimer la routine quotidienne du métier ; donnant aux enseignants un surmoi prestigieux, elle veut faire accéder les plus humbles instituteurs de village au rang dartisans didéaux universels : lInstruction, la Raison, le Progrès. Cette promotion symbolique vise également à masquer la régression relative du statut socio-économique de lenseignant, particulièrement du primaire. Avant que lÉtat enseignant ne saffirme, les régents décole, recrutés contractuellement par les communes, avaient en effet un double statut de fonctionnaires communaux et de membres dune profession libérale, lun et lautre soumis aux lois du marché ; si les moins compétents, travaillant dans des petites communes, ne jouissaient que de faibles revenus (complétés par dautres activités), les plus capables ou les plus expérimentés pouvaient atteindre une aisance tout à fait appréciable. La fonctionnarisation des enseignants va presque totalement niveler ces différences, sur le modèle de deux autres grandes institutions dont les membres jouissent dune forte estime symbolique mais de revenus médiocres : larmée et le clergé. Un des objectifs assignés à lhistoire de léducation au XIXe siècle sera de faire accepter cette mutation au corps enseignant : et de fait, à la veille de la Première Guerre mondiale, cest en France que le prestige symbolique des instituteurs a peut-être été le plus élevé de tous les pays occidentaux, alors même que, selon une enquête de lépoque, leur salaire arrivait à lavant-dernier rang européen, juste avant le Monténégro. La préhistoire comme lhistoire de lhistoriographie de léducation mettent donc en évidence les liens fonctionnels privilégiés quelle a eus avec les autorités politiques et administratives qui étaient en charge de la fonction enseignante. Lintérêt que ces autorités lui ont porté sest dabord traduit dans des uvres individuelles ou des opérations ponctuelles, dont ont été rappelés quelques exemples. Mais lorsque le système éducatif a eu atteint une masse critique, il a fini par confier à une institution permanente des missions de documentation et danalyse dans ce domaine.
III - Vers un service historique de léducation On peut faire remonter les prémices dune institution publique, chargée de recherche sur léducation, au projet quen a conçu Marc-Antoine Jullien de Paris, le père de léducation comparée, au lendemain des guerres napoléoniennes. Et il est vrai que lhistoire, forme de comparatisme dans la diachronie, et léducation comparée stricto sensu, ont intimement partie liée : à partir du moment où lon se propose danalyser systématiquement, dans le temps et dans lespace, un très grand nombre de données et M.A. Jullien énumère plusieurs centaines de facteurs que la science de léducation doit prendre en compte- les forces individuelles dun chercheur ne suffisent plus, et le travail de documentation et danalyse doit devenir collectif. Comme lécrit M.A. Jullien, dans une belle préfiguration de ce que pourraient être les vertus dune recherche institutionnalisée et organisée, par opposition à la recherche académique, essentiellement individuelle : " Un homme isolé a beau concevoir des plans vastes et utiles : plus il ouvre une libre carrière à lactivité de son esprit, plus il donne détendue à ses pensées, et plus il sent combien ses moyens personnels dexécution sont insuffisants et disproportionnés à ses projets. Il est accablé par le double sentiment de sa faiblesse individuelle et de la brièveté de sa vie. Mais, sil parvient à se combiner avec dautres hommes, dont il ajoute les forces aux siennes, il acquiert une puissance daction pour ainsi dire illimitée ; il agrandit la sphère de son existence ; il réalise en peu dannées, par une sorte de coalition defforts individuels, coordonnés aux siens, et dirigés vers un même but, des travaux qui auraient exigé lemploi dun vie entière, prolongée pendant plusieurs siècles. Lentreprise la plus disproportionnée aux forces dun seul individu est facilement exécutée par le concours de plusieurs " 15. On a pu voir dans cet appel de Jullien de Paris une préfiguration du Musée pédagogique et, de fait, la réunion systématique de documents dordre historique et comparatif, et leur mise à disposition pour les membres de lInstruction publique, figurent explicitement dans les missions de cette institution, créée en 1879 par Jules Ferry et Ferdinand Buisson 16. Le " concours de plusieurs " est désormais rendu possible, au sein dune institution stable qui se voit dotée de locaux, de moyens et de personnels. Il est à noter quà la même époque, de nombreux organismes analogues se créent dans le monde, ce qui témoigne que les États éducateurs naissants se posaient à peu près les mêmes problèmes, et leur apportaient à peu près les mêmes solutions. Mais parmi tous ses homologues, le Musée pédagogique fut un des rares à connaître un succès durable, sans doute parce quil sinscrivait dans une tradition plus fortement ancrée quailleurs, de service de lÉtat, ce dernier ne lui ménageant pas les moyens de fonctionner et de se développer. La bibliothèque du Musée pédagogique, qui devint rapidement lune des plus riches du monde dans son genre, conserva jusque dans les années 1930 sa vocation initiale de réunir systématiquement une documentation pédagogique, statistique et institutionnelle accordant une large place à la littérature historique, française et étrangère. On peut dire que plusieurs des fonctions actuellement assurées par le Service dhistoire de léducation le furent alors par le Musée pédagogique : établir des bibliographies systématiques de lhistoire de léducation française ; publier des répertoires historiques de la presse pédagogique (le directeur du Musée pédagogique en personne publia un tel répertoire, en 1889) ou des manuels scolaires (cest Ferdinand Buisson qui publia, en 1886, un répertoire des ouvrages pédagogiques du XVIe siècle) ; permettre une approche historique de la législation de lInstruction publique par la constitution de recueils rétrospectifs (grâce aux ressources du Musée pédagogique, O. Gréard et A. de Beauchamp publièrent des recueils consacrés respectivement à linstruction primaire et à lenseignement supérieur) ; rédiger des études monographiques qui pouvaient prendre place dans la collection " Mémoires et documents scolaires " ou dans la Revue pédagogique, éditées par le Musée pédagogique, et largement ouvertes aux travaux historiques ; concourir, enfin, à la sauvegarde et à la mise en valeur du patrimoine éducatif, notamment dans le domaine des productions écrites des élèves, des étudiants et des enseignants, auxquelles F. Buisson attachait une importance particulière, comme témoignages authentiques du fonctionnement de lInstruction publique. Cet ensemble de missions se trouvèrent ensuite progressivement diluées, pour deux raisons conjointes. La première tient à l " explosion scolaire " que la France, comme tous les pays développés, connut dans les années 1950-1960. La croissance rapide des effectifs scolarisés dans le primaire, puis le secondaire et le supérieur, le recrutement massif denseignants pas toujours suffisamment formés, démultiplièrent la fonction proprement documentaire du Musée pédagogique, devenu Institut pédagogique national. Laccent fut alors mis sur la satisfaction des besoins immédiats du système éducatif, faisant passer au second plan la réflexion historique sur lévolution du système. Depuis lors, ce dernier na dailleurs guère cessé de fonctionner dans lurgence, plus que dans une durée consciente et maîtrisée. En même temps, une histoire de léducation universitaire se mettait en place : histoire savante, plus critique, volontiers révisionniste de lapproche traditionnelle qui donnait la primauté à lhistoire des idées et des politiques éducatives, et qui était globalement teintée de progressisme républicain. Cette histoire savante se caractérisait aussi par une plus grande lourdeur décriture, due au maniement dun nouvel arsenal démonstratif emprunté à dautres sciences humaines, notamment la sociologie. Elle séloigna ainsi à la fois des thèmes et des publics qui avaient été les siens, et qui étaient essentiellement ceux de la formation, de la pédagogie, de lenseignement et de son administration. A dire vrai, cette histoire traditionnelle resta et continue à être vivace puisque, quantitativement, elle représente une fraction très significative de ce qui peut sécrire en histoire de léducation. En raison de la banalisation récente des pratiques de recherche universitaire, il sest même produit un amalgame inédit entre les préoccupations pragmatiques très classiques de nombre dhistoriens, et lhabillage savant qui orne leurs écrits. Mais globalement, cette histoire universitaire sest essentiellement adressée à des pairs, français ou étrangers, séloignant dune histoire soucieuse de répondre plus classiquement, en interne, aux problèmes, aux interrogations ou aux doutes des acteurs mêmes du système éducatif. Entre le Ministère et lUniversité : une structure floue (1970-1977) Cest ce contexte qui a présidé à la naissance du Service dhistoire de léducation, en plusieurs étapes, dans les années 1970. Les années 1970-1977 sont, plus précisément, celles de la préhistoire du Service dhistoire de léducation, avant son organisation comme un véritable Service, au sein de lInstitut national de recherche pédagogique. Lexpérience de ces années, les questions soulevées et les problèmes alors rencontrés, présentent encore un intérêt aujourdhui, car ils témoignent du jeu de variations possibles dans linstitutionnalisation des rapports entre un ministère et un service chargé de sa mémoire et de son histoire. Un arrêté du 6 juillet 1970 crée dabord un poste de " Haut fonctionnaire chargé de lhistoire de léducation " en le confiant à un ancien Recteur, Maurice Bayen 17. La mission assignée à ce Haut fonctionnaire était triple : " Faire étudier et proposer au Ministre les mesures destinées à préserver la recherche et la conservation des documents utiles à lhistoire de léducation ; représenter le Ministre auprès de la Commission des Archives [cf. infra] et assurer la liaison avec la Direction des Archives de France ; exercer, auprès des universités, une mission danimation tendant à promouvoir la recherche en histoire de léducation ". Ce Haut fonctionnaire sentoura immédiatement dune Commission permanente de spécialistes qui se réunit pendant deux ans avant dêtre officialisée par larrêté du 5 juillet 1972, qui lui confiait les tâches de " faire établir et tenir à jour le bilan des études et recherches portant sur lhistoire de léducation ; procéder au recensement des chercheurs qui sy consacrent ou y collaborent ; sauvegarder et rassembler les matériaux concernant ce sujet ; proposer au Ministre lorganisation de colloques, la réalisation de travaux et de publications et, dune manière générale, toutes les mesures qui pourraient être jugées opportunes pour favoriser le développement de lhistoire de léducation ". La commission, qui se réunit au total treize fois entre mars 1971 et mars 1974, comptait vingt-cinq membres, dont quatorze universitaires (parmi lesquels Maurice Debesse, Alphonse Dupront, François Furet, Jacques Le Goff, Henri-Irénée Marrou, Jacques Ozouf et Antoine Prost), trois conservateurs darchives, et huit hauts fonctionnaires. Les missions assignées à cette structure, autant que les questions dont elle a effectivement débattu, montrent bien quelle était tournée davantage vers lUniversité que vers le système éducatif proprement dit. Ainsi, le problème des archives fut abordé moins sous un angle patrimonial, celui de la sélection et de la mise en mémoire des archives courantes, que comme sources utiles à des recherches universitaires portant sur des périodes beaucoup plus reculées. Il est vrai quune autre structure venait dêtre plus spécifiquement créée à cet effet. Larrêté du 13 juin 1969 avait mis sur pied une Commission permanente des archives de lÉducation nationale. Présidée par un éminent historien, membre de lInstitut, Pierre Renouvin, elle était composée de vingt-huit membres, dont douze hauts fonctionnaires de lÉducation, sept conservateurs darchives et neuf universitaires (parmi lesquels Fernand Braudel et Ernest Labrousse). Elle avait pour mission d " assurer la sauvegarde des documents qui pourraient porter témoignage des préoccupations de notre temps dans le domaine de lenseignement ", devant, en particulier " provoquer les mesures nécessaires pour assurer cette sauvegarde dans tous les établissements publics denseignement ; veiller, en liaison avec le Haut fonctionnaire chargé de lhistoire de léducation, à la conservation de tous les documents produits par les services de ladministration centrale ; déterminer, par accord avec la direction des Archives de France, les conditions dans lesquelles les documents précités sont versés dans les dépôts publics darchives ; définir une politique darchives à lintention de tous les établissements denseignement qui dépendent du ministère de lÉducation nationale, ainsi que des associations ou mouvements qui collaborent à luvre de ce ministère ". Cette Commission des archives conduisit un travail effectif de réflexion et de conseil auprès dune autre structure qui était, pour sa part, directement en charge des problèmes de classement, de conservation et dinventaire des archives produites par le Ministère : la Mission des Archives du ministère de lÉducation nationale. Créée en 1954, cette Mission dépendait, et dépend toujours, à la fois de lAdministration centrale du Ministère, à laquelle elle appartient, et de la direction des Archives de France du Ministère de la Culture. Le travail de réflexion conjoint entre la Commission des archives et la Mission aboutit notamment à la publication de limportante circulaire du 28 avril 1970, qui prévoyait ou précisait les modalités de conservation et de versement aux Archives publiques de tous les documents émanant des établissements denseignement primaire, secondaire et supérieur, ainsi que des rectorats et des inspections académiques 18. Quant aux thèmes ou domaines auxquels le Haut fonctionnaire et la Commission permanente de lhistoire de léducation décidèrent de sintéresser, ils concernaient prioritairement lhistoire des universités médiévales et, dans une moindre mesure, celle des collèges à lÉpoque moderne, laccent étant mis sur linventaire de la bibliographie et des sources. Ce choix était pour le moins paradoxal : il correspondait bien aux points traditionnellement forts de la recherche universitaire, ou ceux qui étaient en voie démergence, telle la sociologie des maîtres et des étudiants. Mais les périodes retenues étaient précisément celles qui étaient le moins susceptibles dintéresser linstitution scolaire actuelle, et de rencontrer lintérêt de ses acteurs. Quoique non dénué de moyens propres sept emplois permanents en 1974, et quelques dizaines de milliers de francs de crédits-, le Haut fonctionnaire devait ainsi sen remettre aux priorités définies par les universitaires, pour beaucoup prestigieux, qui composaient la Commission permanente. Et ceux-ci avaient, très normalement, le souci de faire converger les moyens de la Mission historique avec leurs propres centres dintérêts, essentiellement définis en fonction des seuls paradigmes de la recherche. La structure historique ainsi créée se trouvait donc pilotée par une fraction seulement de la demande : celle de la recherche universitaire, dailleurs limitée à la recherche historique stricto sensu, puisquà lexception de M. Debesse, tous les autres universitaires étaient historiens, avec une très forte sur-représentation des historiens des époques médiévale et moderne : dans une Commission de vingt-cinq membres, J. Ozouf et A. Prost étaient seuls à représenter l'histoire de léducation contemporaine. Parmi tous les projets imaginés par le Haut fonctionnaire et la Commission, les réalisations furent relativement réduites. Elles consistèrent notamment dans la mise en chantier dun inventaire des sources de lUniversité dOrléans au Moyen Âge 19. Une documentation fut également réunie sur lhistoire de léducation physique et sur lOrientation professionnelle, tandis quétait initié un répertoire des collèges français de lAncien Régime : cette dernière opération est la seule dont le Service dhistoire de léducation assurera la continuité après 1977. Fut aussi dressé un premier état de lhistoire de léducation dans les universités françaises : enseignements prodigués, maîtrises et thèses en cours : il en ressortait quen 1972, une cinquantaine duniversitaires dirigeaient, régulièrement ou occasionnellement, des recherches en histoire de léducation et de lenseignement, ou étaient eux-mêmes engagés dans des travaux de recherche dans ce domaine. Ce chiffre traduisait bien lémergence, dès cette époque, dun nouveau secteur de recherche universitaire, et cela, alors même que la montée en puissance des sciences de léducation, et celle des recherches en didactique historique des différentes disciplines, étaient encore loin davoir commencé à faire sentir leurs effets 20. En 1974, les décès du Haut fonctionnaire puis de son successeur, ancien directeur du ministère, laissèrent la cellule historique en situation de déshérence. Le ministre de lépoque, René Haby, chargea Guy Caplat, Inspecteur général de ladministration de lÉducation nationale, ancien sous-directeur au ministère, de rédiger un rapport sur la situation et de formuler des propositions. Quatre hypothèses furent avancées, quil nest pas sans intérêt de rappeler puisque, dune certaine façon, cest entre elles quoscille nécessairement la réflexion de tout ministère soucieux dentretenir une structure de mémoire et dhistoire. La première était le maintien du statu quo, en changeant lappellation de " Haut fonctionnaire " par celle de " Service " ou de " Mission dhistoire de léducation ", attribuée à la cellule quil dirigeait. Attacher une appellation à un Service, et non plus à un homme, permettrait une plus grande continuité dans lexécution de ses missions. Ce Service continuerait à dépendre directement du Cabinet du Ministre, ce qui permettrait, entre autres, une coopération avec la Mission des Archives, également dépendante pour partie- du Cabinet. La seconde, plus ambitieuse, consistait à regrouper la cellule historique et la Mission des Archives au sein dun " Service historique de léducation " sur le modèle du Service historique des Armées. Ce dernier présente en effet la particularité et cela depuis lAncien Régime- de conserver les archives de son propre ministère, par une mesure dérogatoire au régime général des Archives, qui nadmet que deux autres exceptions : les Affaires étrangères et le Conseil dÉtat. Fort de 150 personnes à lépoque, le Service historique des Armées présentait et présente toujours- la particularité davoir une importante activité historique, incluant la rédaction dinstruments de travail destinés aux chercheurs, universitaires ou amateurs. La troisième hypothèse consistait à rattacher la cellule historique à lInstitut national de recherche et de documentation pédagogique, successeur de lInstitut pédagogique national, soit dans un département de recherche pédagogique, soit dans un département de documentation. La dernière, enfin, consistait à créer un " Comité des travaux historiques de léducation ", simple cellule de réflexion et dorganisation chargée de préparer des programmes de recherches financés par le CNRS, sur le modèle alors en vigueur des " Actions thématiques programmées ". Cest la troisième hypothèse qui fut retenue, en 1977, par création dun Service dhistoire de léducation au sein du " Département de la recherche historique, documentaire et comparée ", lui-même créé dans lInstitut national de recherche pédagogique né lannée précédente dune scission avec lINRDP. Le directeur du Département était lInspecteur général même qui avait rédigé le rapport de 1974, le chef du Service dhistoire de léducation étant lauteur de ces lignes, alors professeur agrégé dhistoire. Depuis 1977, la structure du Service dhistoire de léducation est restée immuable, malgré plusieurs réorganisations de lINRP, le seul événement nouveau étant le statut de laboratoire associé au CNRS quil a acquis en 1989, par décision du Comité national de cet organisme (dans sa section : Histoire moderne et contemporaine), au vu de la qualité de son programme et de ses travaux. Ainsi, parmi les différentes options expérimentées ou envisagées entre 1970 et 1976, le choix de 1977 en excluait finalement deux, pour des raisons quil convient dévoquer. Lune était lhypothèse dune simple agence de moyens, finançant des programmes de recherche universitaires. Il est en effet apparu, dès la fin des années 1970, que lobjectif de " promouvoir " la recherche en éducation, assigné à la cellule historique en 1970, ne devait pas ou plus être interprété dans le sens dun encouragement à donner à un domaine de recherche qui aurait été déficitaire : ce nétait déjà plus le cas à lépoque, et ça lest de moins en moins chaque année. Il sagissait plutôt daider une population de chercheurs, professionnels ou amateurs, spontanément très active, à travailler dans les meilleures conditions possibles, en élaborant pour eux des instruments de recherche dintérêt à la fois documentaire et méthodologique. Or, lélaboration de ces instruments de travail ne pouvait, sauf exceptions, être sous-traitée, car il nentre pas dans la tradition des universitaires français de se consacrer à ce genre de travaux, qui ne confèrent quun prestige symbolique réduit 21. Il convenait donc que le Service fût un véritable centre de production historique, organisé pour pouvoir conduire, dans le long terme, un programme dactivités qui lui fût spécifique. Lautre option qui fut récusée était celle du Service articulant organiquement une activité historique avec la conservation darchives ou de ressources documentaires, sur le modèle du Service historique des Armées. A dire vrai, la continuité et la cohérence des choix apparaissent ici moins clairement que dans le cas précédent. Des articulations entre les activités du Service dhistoire de léducation, celles de la Bibliothèque de lINRP (qui possède un important fond patrimonial, incluant quelques archives) et le Musée national de lÉducation (implanté à Rouen mais dépendant de lINRP, et qui, parmi des fonds dune très grande richesse, possède également des archives) furent esquissées entre 1977 et 1980, puis de 1990 à aujourdhui par création dun " Département Mémoire de léducation " regroupant Service dhistoire de léducation, Bibliothèque et Musée, mais dune façon peu concluante. Aucun lien organique na jamais existé, par ailleurs, entre le Service dhistoire de léducation et la Mission des Archives du Ministère, qui effectue un travail technique darchivage et de classement. A lexpérience, cette absence darticulation apparaît comme plutôt bénéfique. Il existe en effet un sérieux danger à articuler organiquement recherche et documentation de recherche, dune part, et des gisements documentaires institutionnellement définis (fonds darchives, de livres, dobjets muséographiques), dautre part, car les logiques en jeu ne sont pas les mêmes. Un centre ou un organisme de conservation a pour vocation première de constituer des fonds cohérents dans un champ circonscrit, de mettre en valeur son patrimoine, den faire éventuellement ressortir les " trésors ", den faciliter laccès aux chercheurs et aux amateurs. Le concept, appelé à sétendre en raison des possibilités offertes par linformatique, dinventaires ou de catalogues collectifs, ne constitue quune extension et une systématisation de cette vocation. La production dinstruments de recherche historique, en revanche, est plus proche de la logique même de la recherche, pour laquelle les sources sont le moyen, non la fin de lenquête. Le recours aux sources, darchives ou bibliographiques, se recompose perpétuellement en fonction des problématiques particulières de chaque chercheur et des paradigmes généraux de sa discipline (ou des disciplines voisines). Comme la recherche elle-même, linstrument de recherche part ou doit donc partir dune ou plusieurs problématiques, même implicites, sil veut répondre aux questions que se posent effectivement les chercheurs 22. Ceci est particulièrement vrai pour lhistoire de léducation, dont lobjet touche à des domaines si variés de la vie sociale léconomie, la technique, la littérature, la culture, la science, la pédagogie - que létude que lon peut en faire participe nécessairement dun croisement dapproches, et donc de sources, presque infini. Les archives et fonds documentaires spécialisés archives de lenseignement, musées de lécole, bibliothèques pédagogiques- constituent naturellement des noyaux durs pour la recherche en éducation, qui doit cependant rester attentive à comprendre son objet par lanalyse de son contexte global. Cest cette dimension transversale, multiréférencielle, polyvalente qui caractérise le programme dactivité du Service dhistoire de léducation depuis 1977 ; il sefforce de prendre en compte à la fois la complexité de son objet détude et la diversité de ceux qui sy intéressent, le souci de lutilisateur étant fondamental pour un laboratoire qui se veut de service public.
IV - Service historique, service public Le programme dactivités du Service dhistoire de léducation sest construit dans une interaction forte entre deux préoccupations. La première est déclairer le rôle joué par son administration de tutelle dans lhistoire de léducation, tout en relativisant ce rôle par la prise en compte des autres acteurs ayant concouru à la définition des politiques et des pratiques éducatives. Il y a ici une contradiction relative entre la fonction de mémoire institutionnelle, qui justifie l'existence et le financement dun service historique, et lexigence scientifique, qui conduit à ne pas circonscrire un champ de recherche comme léducation à lintérieur de frontières instituées, dautant moins pertinentes quon se place dans la longue durée. Le programme du Service dhistoire de léducation sest efforcé de garder un juste équilibre entre ces deux contraintes, lune et lautre légitimes dans son genre. La seconde préoccupation est de lordre de la définition du public quon se donne, et de la nature des services quon souhaite lui rendre. La demande potentielle dhistoire étant multiforme, lhistorien soucieux de jouer le rôle social qui justifie la fonction historique même, peut trouver une assez large gamme dinterlocuteurs. Or, il est apparu que ladministration de tutelle du Service dhistoire de léducation ne constituait pas linstance la plus pertinente pour orienter les priorités de son programme. Ce qui la caractérise aujourdhui est, on la dit, lurgence permanente dans laquelle elle travaille , et la rotation relativement rapide de ses plus hauts responsables ; deux raisons qui la conduisent à ne pas pouvoir sintéresser de très près à la politique dun service historique, qui sinscrit nécessairement dans le long terme. Pratiquement, lexpérience montre que les appels directs du Ministère au Service dhistoire de léducation sont rentrés depuis vingt ans dans lune des trois catégories suivantes. Dabord, la participation à des commémorations : Centenaire des lois de Jules Ferry (1981), Centenaire de lenseignement technique (1987), Bicentenaire de la Révolution française (1989), dixième anniversaire de la mort du ministre Christian Beullac (1996), Cent-cinquantenaire de lenseignement agricole (1998), et vraisemblablement, dans un avenir proche, bicentenaire de la création des lycées et de lInspection générale (2002) 23. Le Service dhistoire de léducation sest également impliqué activement dans la commémoration de quelques institutions de rayonnement national, telle lÉcole polytechnique (1993) ou lÉcole de lArtillerie et du Génie (1995), qui ne dépendent pas du Ministère de lÉducation nationale. Un second type dinterlocution a revêtu la forme dinformations ou déclairages historiques ponctuellement demandés par le Ministre, son cabinet ou telle direction du Ministère, sur des thèmes ou des questions à lordre du jour (statut du manuel scolaire, citoyenneté, enseignement de diverses disciplines, statistiques de concours ou dexamen, origine dinstitutions diverses) ; ce genre de demandes est relativement peu fréquent, et pour ainsi dire anecdotique. Enfin, et plus significativement, quelques occasions ont été trouvées dun véritable travail en partenariat entre le Ministère et le Service dhistoire de léducation. Le plus exemplaire est sans doute celui qui a concerné la comparaison historique des performances des élèves. Dans ce cas, limpulsion a été donnée par le Service dhistoire de léducation, qui a publié dès la fin des années 1980 une série de travaux analysant finement les performances scolaires délèves au XVIIIe et au XIXe siècles24. La Direction de lÉvaluation et de la Prospective du Ministère, intéressée par les résultats, passa commande au Service dhistoire de léducation dun inventaire dautres sources disponibles ; mise ainsi sur la piste dun lot important de copies de certificat détudes des années 1920, elle a fait repasser cet examen à plusieurs milliers délèves en 1996, en comparant terme à terme les performances des deux populations concernées 25. Enfin, le Service dhistoire de léducation vient de reprendre ce double corpus pour se livrer à une analyse plus fine des performances des élèves, plus particulièrement dans lexercice de la rédaction, et peut-être ultérieurement dans celui du calcul. On notera quun partenariat de ce genre se situe dans la longue durée, lélément stable étant en loccurrence, non le Ministère, mais le Service dhistoire de léducation, dont lexistence constitue, en elle-même, un facteur de mémoire, même courte, pour sa tutelle. Globalement, la prise en compte dune demande ministérielle sest traduite dans les priorités que le Service dhistoire de léducation a lui-même définies par arbitrage avec dautres priorités, scientifiques et institutionnelles, lensemble de son programme étant régulièrement examiné par le Conseil dadministration de lINRP, où le Ministère dispose, directement ou indirectement, de la moitié des sièges, et qui est linstance statutairement chargée darrêter la politique de lorganisme dappartenance du Service dhistoire de léducation ; quant à lévaluation proprement scientifique du programme, elle est faite à la fois par le Conseil scientifique de lINRP et, tous les quatre ans, par le Comité national du CNRS. On évoquera ici ce programme du seul point de vue des réponses quil entend apporter à la question de la documentation et des sources, et de leurs rapports avec la mémoire dune administration dÉtat. La question des sources est essentielle à lhistoire de léducation, pas seulement parce quelles servent à documenter le propos de lhistorien comme le voudrait la conception un peu naïve du métier que sen font ceux qui ne lui appartiennent pas- mais parce que , plus fondamentalement encore, les questions que se pose concrètement lhistorien sont conditionnées par le type de sources dont il connaît lexistence, apprécie la disponibilité et laccessibilité, et imagine, a priori, lusage quil pourra en faire. Il existe un rapport dialectique entre sources et problématiques, les premières nourrissant les secondes, les secondes permettant d " inventer " les premières. Cest ce qui explique lattention particulière portée par lhistorien aux sources darchives, par rapport à la documentation imprimée : les archives sont souvent seules à permettre daller au-delà des discours, des normes, des projets, des idéaux tels quils sexpriment dans les textes officiels, les traités, les manuels ; elles constituent une voie daccès privilégiée aux singularités, aux hésitations, aux écarts, aux contradictions dont la vie sociale est faite, par-delà les normes et les régularités que les institutions sefforcent dy introduire. Le travail sur archives est donc constitutif de lidée que se fait lhistorien de léducation de lintelligibilité même des faits quil étudie 26. Plus précisément, si le Service dhistoire de léducation a retenu comme prioritaire lélaboration de grands instruments de travail et de recherche, cest dans une perspective à la fois documentaire permettre à tous les chercheurs davoir accès à des sources massives, dispersées ou méconnues- et méthodologique : contribuer à ancrer lhistoire de léducation dans des problématiques plus larges que celles qui sont à la portée dun chercheur individuel : par-delà lhistoire des idées que la lecture de quelques grands textes peut suffire à documenter- ou létude monographique dont les sources sont souvent concentrées en un même lieu-, les grands guides de sources, fruits dune élaboration collective dans la durée, doivent permettre ensuite à chaque chercheur, comme le disait Jullien de Paris, d " ouvrir une libre carrière à lactivité de son esprit, et de donner plus détendue à ses pensées " ; donc, en définitive, décrire une histoire plus inventive, plus juste et plus vraie. La majeure partie des activités du Service dhistoire de léducation visent à permettre aux chercheurs une maîtrise des sources de lhistoire des institutions scolaires au sens large, du Ministère à létablissement denseignement. Lobjectif est, dans tous les cas, de faciliter une approche systématique et exhaustive des sources considérées. Ainsi, en allant du sommet vers la base de linstitution, le Service dhistoire de léducation a entrepris un vaste recueil darchives orales auprès des grands acteurs des politiques éducatives depuis 1945 : plus de 80 interviews ont déjà été réalisées, auprès danciens premiers ministres, ministres, membres de cabinets, directeurs de ladministration centrale, recteurs, inspecteurs généraux, mais aussi syndicalistes ou responsables de lEnseignement catholique. Ce type darchives orales, très lourdes à constituer puis à transcrire, constitue une tâche classique des services historiques (de lArmée et de lÉconomie, notamment). Elles permettent de mieux comprendre ce qui napparaît pas dans les textes écrits, qui donnent les décisions prises, mais ne disent rien, ou peu de choses, sur la façon dont, en amont, ces décisions ont été discutées par arbitrage entre des objectifs et des intérêts contradictoires 27. Aux côtés du ministre, linspection générale constitue, depuis 1802, son " il toujours ouvert " sur lInstruction publique. Lapproche retenue a ici été double : pour éclairer lhistoire, fort complexe, de ce corps et de son rôle, dans ses ramifications successives et les avatars de ses attributions, on a constitué un dictionnaire biographique de lensemble de ses membres par compilation de toutes les sources, manuscrites et imprimées, disponibles ; a également été établi un répertoire des rapports que ces inspecteurs ont rédigés sur les enseignements primaire, secondaire et supérieur au XIXe siècle, rapports qui totalisent, aux Archives nationales, plusieurs milliers darticles 28. Les lois, décrets, arrêtés et circulaires constituent, pour lhistorien de lenseignement contemporain, une source essentielle ; cette source est dun accès relativement aisé puisque, depuis près de deux siècles, lessentiel mais non la totalité- en est publié dans un Bulletin édité par le ministère. Mais la masse même de cette publication en rend la consultation systématique ardue, voire dissuasive pour le chercheur pressé : elle compte en effet plusieurs centaines de pages par an, rien que pour lInstruction publique, au XIXe siècle, et plusieurs milliers de nos jours. Le Service dhistoire de léducation a donc en reprenant la tradition du Musée pédagogique il y a un siècle- constitué des recueils rétrospectifs de textes officiels, raisonnés, introduits, annotés et indexés, qui permettent de balayer, dans leur continuité, lenseignement dune discipline, dun niveau ou dune filière, depuis la création du Ministère de lInstruction publique ou des administrations qui sy sont fondues. A ce jour, des recueils ont été consacrés à lécole maternelle, lenseignement du français, lenseignement technique et commercial, lenseignement agricole, lenseignement des sciences, et aux manuels scolaires 29. Dautres recueils sont en cours délaboration, notamment sur lenseignement de lhistoire, celui de la philosophie et sur le statut des personnels de lenseignement. En séloignant du ministère et de la réglementation qui en émane, lhistorien sapproche de lenseignement tel quil se dispense et se reçoit effectivement sur le terrain. Deux approches ont été ici privilégiées. La première porte sur ce media pédagogique de masse quest le manuel scolaire : quelque cent mille titres différents publiés de la Révolution à nos jours, totalisant quatre cent mille éditions. Transversal à toutes les disciplines et tous les niveaux denseignement, le manuel scolaire reflète à la fois les programmes définis par lÉtat, et le contenu que leur donnent plus précisément des auteurs, enseignants ou inspecteurs, eux-mêmes à la fois fonctionnaires de lÉtat et personnes privées, puisquen tant quauteurs ou directeurs de collections, elles sont rémunérées par des éditeurs totalement indépendants de ladministration. Le manuel scolaire est donc une source de nature à la fois publique et privée, institutionnelle et commerciale, ce qui en fait un media particulièrement intéressant à analyser, comme reflet et outil de la culture scolaire et de son évolution. Le programme " Emmanuelle ", incluant une banque de données riche aujourdhui de 23 000 références, a été mis sur pied, dès le début des années 1980, pour recenser la totalité du corpus des manuels, indexer les différents paramètres de cette production, et jeter les bases dune prosopographie collective de tous ses acteurs : éditeurs, imprimeurs, auteurs, illustrateurs, responsables de collections 30. Lautre unité danalyse privilégiée par le Service dhistoire de léducation est létablissement scolaire. Lapproche monographique de létablissement est, on la vu, fort ancienne puisque des annales de collèges ou des histoires duniversités sécrivaient déjà au XVIIe siècle, pour le moins. Elle sest ensuite banalisée au XIXe siècle, et reste vivace aujourdhui. Pour abondante et utile quelle soit, cette littérature souffre cependant, fréquemment, dun vice fondamental : son absence dinsertion dans un contexte plus général, régional ou national voire même, simplement, local- et de confrontation avec lhistoire des établissements analogues, concurrents ou complémentaires, avec lesquels chaque établissement forme un réseau de fait. Chacun des établissements qui le constituent représente la plus petite unité institutionnelle observable. Cest une instance, non seulement dexécution ou dapplication, mais aussi de traduction et darbitrage entre les différents acteurs et facteurs de léducation : les familles et leurs enfants, les enseignants, le milieu socio-culturel et économique ambiant. Létude collective des établissements peut seule révéler les situations de complémentarité ou de concurrence dans lesquelles chaque établissement se trouve par rapport à tous les autres, publics ou privés, dans un bassin de scolarisation donné, déchelle locale, régionale, voire nationale ou internationale, selon le cas 31. Cest pour dresser, pour la première fois, la carte de ce réseau, que le Service dhistoire de léducation a lancé un série de programmes reposant sur des inventaires détablissements, systématiquement menés au travers des sources multiples émanant des autorités nationales ou locales, et des établissements eux-mêmes. Ce repérage se prolonge par le relevé systématique dinformations relatives à la vie matérielle de létablissement (bâtiments, financements ), aux effectifs denseignants et délèves, au contenu et à lorganisation des cours. Le premier programme, engagé dès les années 1970, portait sur les collèges de lAncien Régime (près dun millier détablissements répertoriés) 32; le second, commencé au début des années 1990, vise à recenser tous les établissements ayant dispensé un enseignement ou une formation technique ou professionnelle, dans les secteurs industriel, agricole ou tertiaire, de la Révolution à la Seconde Guerre mondiale. Menée à laide de correspondants départementaux, cette recherche a dores et déjà rassemblé des informations sur plusieurs milliers détablissements 33. Plus récemment, un travail analogue a été lancé sur les établissements denseignement privés dans la région parisienne, du XVIIIe siècle à la IIIe République, tandis quun inventaire des archives conservées dans les anciennes écoles primaires est entrepris, en partenariat avec les Instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) volontaires 34. Enfin, est en cours une reprise systématique des données de lenquête menée en 1833 par Guizot sur létat de lenseignement primaire, et dont lunité dobservation était déjà létablissement scolaire. Par-delà quelques différences dobjectifs et de méthodes, justifiés par leur sujet, tous ces programmes ont pour point commun de sattacher à rendre compte, dune façon aussi exhaustive et systématique que possible, du fonctionnement réel de lenseignement dans les établissements mêmes où il se dispense, la perspective étant aussi, en cumulant ces données, dopérer une " pesée globale " de loffre et de la demande déducation à léchelle du pays, ou de chacune de ses régions. Au total, le Service dhistoire de léducation consacre aux institutions éducatives publiques une attention privilégiée, qui nexclut ni les ministres, ni le plus modeste des établissements scolaires. En ce sens, il est bien dans son rôle de Service historique attaché à un Ministère pour en gérer la mémoire. Mais au-delà, la démarche historienne le conduit nécessairement à avoir une vision plus large de léducation et de ses acteurs, et des innombrables initiatives privées qui nont cessé, et ne cessent pas encore aujourdhui, de sy déployer. Cest pourquoi une part significative de son programme dactivités vise à créer des instruments de travail et danalyse permettant de briser les cadres institutionnels dans lesquels se contient trop naturellement lhistoire de léducation, depuis que lÉtat en est devenu lacteur principal, le principal producteur de sources et le principal pourvoyeur de ressources permettant den écrire lhistoire. Parmi ces instruments de travail à finalité documentaire et méthodologique, le principal est dordre bibliographique. Faire la bibliographie de son sujet est, pour le chercheur en histoire de léducation, une tâche dautant plus ardue que les approches thématiques et disciplinaires dont celle-ci peut être lobjet sont presque infinies. Dès la fin des années 1970, le Service dhistoire de léducation a donc entrepris de constituer une bibliographie rétrospective et courante de lhistoire de léducation française, qui contient aujourdhui quelque 60 000 références, et saccroît de 2000 nouvelles notices par an. Véritable observatoire de la discipline, cette bibliographie couvre aussi bien léducation formelle quinformelle, les enseignements scolaires ou professionnels que la socialisation des enfants et des jeunes35. Elle est aujourdhui de consultation obligée pour toute recherche, une réflexion étant engagée sur sa transformation en banque de données informatisée. Un autre instrument se veut un observatoire global du mouvement social à luvre dans léducation : le répertoire de tous les journaux périodiques sétant intéressé à ce champ depuis le XVIIIe siècle. Cette presse déducation est extraordinairement abondante puisque le Service dhistoire de léducation y a recensé plus de 30 000 titres différents. Émanant dindividus, dassociations, dinstitutions ou dadministrations les plus diverses, ils constituent une source privilégiée permettant daborder un thème éducatif quelconque en saffranchissant des barrières et frontières suggérées ou imposées par les seules sources dorigine institutionnelle : lenseignement du français ou de lhistoire, par exemple, peut être analysé, grâce à un répertoire de ce genre, dans un cadre scolaire, mais aussi familial, professionnel, syndical, militant, etc 36. La présentation des grands instruments de travail ci-dessus évoqués népuise pas lactivité du Service dhistoire de léducation, qui sexerce également dans la formation, laccueil, les relations internationales, lédition et la recherche plus classiquement académique 37. Mais ce sont eux qui structurent son programme dactivité dans le long terme, et justifient son existence en interlocution avec trois grands partenaires : le Ministère de tutelle, la communauté scientifique, et lensemble des acteurs de lenseignement et de la formation. Par rapport à ses homologues du " Club des comités dhistoire ", le Service dhistoire de léducation consacre une place sensiblement moins importante à lhistoire de son administration de tutelle quà celle des acteurs mêmes de linstitution et de leurs pratiques. Cest pourquoi, par exemple, un thème dominant de son programme est celui de lhistoire des disciplines scolaires, cest-à-dire des contenus, des méthodes, des outils et des résultats de lenseignement 38. Cette priorité tient à un paradoxe souvent souligné : le système déducation publique, tel quil sest constitué en France depuis deux siècles, est centralisé et rigide dans la définition des programmes et la gestion des personnels, mais laisse à ces mêmes personnels, dans lexercice quotidien de leur enseignement, une liberté daction digne, à certains égards, des professions libérales. En éducation, et cest là une spécificité assez forte du ministère qui en a la charge, les décideurs sont, de fait, innombrables, aussi bien dans linstitution quau dehors. Cest pourquoi, par-delà lattention accordée au rôle spécifiquement joué par lÉtat enseignant, le programme dun Service historique doit être, dans une perspective véritablement sociale et culturelle, de créer des outils permettant de mieux comprendre lhistoire dune institution qui, avant dêtre celle de la République, a été et demeure celle de tous les Français.
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Notes 1 Sur le concept dingénierie historique, on se reportera aux articles de Guy Thuillier ou Jacques Caritey, notamment " Pour une théorie de lingénierie historique ", Études et documents, t. VIII, 1996, pp. 599-617 et " Pour une théorie de la communication en histoire ", Revue administrative, n° 298, 1997, pp. 463-470. Successivement membre de divers cabinets ministériels et historien, G. Thuillier a joué un rôle important dans la création de plusieurs des comités dhistoire qui se sont créés depuis 1970. 2 Sur les raisons et les circonstances de ce passage, voir les contributions de H. Michel, E. Lisle et F. Bédarida dans : Histoire du temps présent. Journées détudes des correspondants départementaux, 28-29 novembre 1980. CNRS, 1981, pp. 4-18. 3 Un annuaire en est actuellement sous presse. Il sera disponible gracieusement auprès du Secrétariat du Club : 19, rue de Constantine, 75007 Paris. Lactuelle secrétaire est Florence Descamps, maître de conférences à lÉcole pratique des hautes études (IVe section). 4 Sur ce dernier, voir un bilan récent de J. CARITEY : " le Comité pour lhistoire économique et financière de la France de 1987 à 1997 ", Revue administrative, n° 298, 1997, pp. 425-430. On trouvera une présentation très détaillée de lactivité du Service dhistoire de léducation depuis dix ans dans les quatre rapports scientifiques quil a élaborés pour le CNRS : Rapport 1989-1992, 1992, 110 p. ; Rapport 1992-1994. Suivi dindicateurs de bilan, 1994, 108 p. ; Rapport 1992-1996, 1996, 160 p. ; Rapport 1996-1998. Suivi dindicateurs de bilan, 1998, à paraître. Ces rapports peuvent être envoyés gracieusement, sur simple demande. Un bilan plus succinct de lactivité des principaux comités dhistoire est donné chaque année dans le Bulletin de lAssociation pour lhistoire de lAdministration française ; le N° 18 de ce bulletin (1996-1997, 80 p.) en présente une douzaine. 5 A. BAUDANT : Pont-à-Mousson (1918-1939), stratégies industrielles dune dynastie lorraine. Paris, 1980, et J.P. DAVIET : Un destin international. La Compagnie de Saint-Gobain de 1830 à 1939. Paris, 1988, 704 p. ; Id. : Une multinationale à la française. Saint-Gobain, 1665-1989. Paris, 1989, 334 p. Une réflexion générale sur la notion dans M. THÉVENET : La culture dentreprise. Paris, 1993, 128 p. 6 Comme lont montré J.N. LUC : La Statistique de lenseignement primaire, XIXe-XXe siècles. Politique et mode demploi. INRP et Économica, 1985, 244 p. et J.P. BRIAND, J.M. CHAPOULIE, F. HUGUET, J.N. LUC et A. PROST : Lenseignement primaire et ses extensions, XIXe-XXe siècles. Annuaire statistique. INRP et Économica, 1986, 260 p. 7 A. FILLON : Louis Simon, villageois de lancienne France. Rennes, 1996, 342 p. ; F. FURET, J. OZOUF : Lire et écrire. Lalphabétisation des Français de Calvin à Jules Ferry. Paris, 1997, 2 vol. 8 R. RÉMOND : " Pourquoi notre société veut-elle une histoire du temps présent ? " in : Histoire du temps présent , op. cit., pp. 19-24. 9 Le village de Boudry, patrie du révolutionnaire Jean-Paul Marat. 10 A. CHERVEL : Lenseignement du français dans les lycées et collèges. Textes officiels, t. 1, INRP, à paraître. 11 Durant ces décennies, des séries importantes de copies dexamens et concours ont été reliées et conservées au Musée pédagogique, dautres versées aux Archives nationales. 12 Cf. infra. 13 P. GERBOD : " Les historiens de lenseignement en France au XIXe siècle". Histoire de léducation, mai 1985, pp. 3-16. 14 Ainsi, ont été soutenues dans les dernières années par divers hauts responsables de lÉducation, des thèses sur la pédagogie romaine, la pédagogie de Rousseau, la politique de Guizot, lhistoire de linspection primaire, lhistoire de la formation professionnelle, lhistoire du ministère de J.P. Chevènement, etc. En revanche, on constate que les ministres en exercice préfèrent écrire des ouvrages sur des sujets nettement plus distanciés : Henri IV (François Bayrou) ou Dieu (Claude Allègre). 15 M.A. JULLIEN DE PARIS : Esquisse et vues préliminaires dun ouvrage sur léducation comparée. Paris, 1817, p. 14. 16 J. MAJAULT : Le Musée pédagogique. Origines et fondation (1872-1879), CNDP, 1978 ; R. GUILLEMOTEAU : Du Musée pédagogique à lIPN (1879-1956), CNDP, 1979. P. CASPARD : " Musée pédagogique " in J. JULLIARD, M. WINOCK (Dir.) : Dictionnaire des intellectuels français. Paris, 1996, pp. 819-821. 17 Lhistoire de cette période est retracée essentiellement à partir de G. CAPLAT : Le Haut-fonctionnaire chargé de lhistoire de léducation. Bilan des activités et perspectives de linstitution. Liaison avec la Mission des Archives. Rapport de lInspection générale de lAdministration de lÉducation nationale, 30 novembre 1974, 66 ff. Id. : " Le Service dhistoire de léducation. Historique et missions ". Histoire de léducation, décembre 1978, pp. 3-11. Les procès-verbaux et divers documents concernant la Commission permanente dhistoire de léducation sont conservés dans les Archives du Service dhistoire de léducation. Sur le premier Haut-fonctionnaire, voir " Histoire de léducation. Entretien avec M. le Recteur Bayen ". Découvrir, février 1972, pp. 2-3. Après avoir été recteur en Indochine, à Clermont-Ferrand et à Strasbourg, et directeur du Palais de la Découverte, ce physicien universitaire considère sa récente nomination comme " le couronnement dune longue carrière ". 18 Après la mort de P. Renouvin, survenue en 1974, la Commission des Archives quil présidait tomba en sommeil. Sur la Mission des Archives, la circulaire de 1970 et ses suites, voir P. RENÉ-BAZIN : " La Mission des Archives nationales auprès des ministères de lÉducation et des Universités ". Histoire de léducation, décembre 1978, pp. 49-55 ; H. BENREKASSA, T. CHARMASSON : " Archives des administrations et des établissements scolaires : bilan de dix ans de versements ". Histoire de léducation, avril 1983, pp. 49-81. Lorganisation générale des Archives de lEnseignement est donnée par T. CHARMASSON (Dir.) : Lhistoire de lenseignement, XIXe-XXe siècles. Guide du chercheur. INRP et Publications de la Sorbonne, 1986, 230 p. dont une édition, entièrement refondue et mise à jour, est en préparation. 19 Ultérieurement publié par le Service dhistoire de léducation : M.H. JULLIEN DE POMMEROL : Sources de lhistoire des Universités françaises au Moyen Âge. Université dOrléans. INRP, 1978, 546 p. 20 Cette évolution se fit au contraire sentir dans lenquête lancée en 1978-1979, et qui aboutit au recensement de 372 chercheurs, français et étrangers, travaillant sur la seule histoire de léducation française. Cf. Histoire de léducation, avril 1979, pp. 1-110 et avril 1981, pp. 61-112. 21 Ceci est particulièrement vrai pour lhistoire contemporaine. Doù, par exemple, le désintérêt de la Commission permanente pour cette période, justifié notamment par " les difficultés qui tiennent à labondance des sources et à leur dispersion ".. ! (G. Caplat, op. cit., p. 23). 22 Sur la logique qui préside spécifiquement à la construction dun instrument de recherche, voir P. CASPARD : " Production et producteurs de documentation en histoire de léducation ". Perspectives documentaires en sciences de léducation, 1987, n° 12, pp. 75-85. 23 Ces commémorations ont classiquement donné lieu à lorganisation de colloques, et à la publication de plaquettes, darticles ou douvrages. Le plus ancien est W. FRIJHOFF (Dir.) : LOffre décole ; the Supply of Schooling, actes du colloque commémorant les lois de J. Ferry, organisé dans le cadre de lISCHE par le Service dhistoire de léducation, en 1981. INRP et Publications de la Sorbonne, 1983, 374 p. ; le plus récent est : Christian Beullac. Un patron dans lÉducation, 1978-1981. Journée détudes organisée le 3 juillet 1996 à Paris (Sorbonne). INRP et CNDP, 1998, 128 p. 24 Le Service dhistoire de léducation a publié deux ouvrages pionniers dans ce domaine : A. CHERVEL, D. MANESSE : La Dictée. Les Français et lorthographe, 1873-1987. INRP et Calmann-Lévy, 1989, 287 p. ; M.M. COMPÈRE, D. PRALON-JULIA : Performances scolaires de collégiens sous lAncien Régime. Étude dexercices latins au collège Louis-le-Grand vers 1720. INRP et Publications de la Sorbonne, 1992, 266 p., ainsi que deux numéros spéciaux de la revue Histoire de léducation : P. CASPARD (Dir.) : Travaux délèves. Pour une histoire des performances scolaires et de leur évaluation, 1720-1830, 1990, 180 p. ; Id. : Travaux délèves. Pour une histoire des performances scolaires et de leur évaluation, XIXe-XXe siècles, 1992, 192 p. 25 Le fonds en question avait été trouvé aux Archives départementales de la Somme par B. Dancel, et exploité pour les seules copies dhistoire. Cest en rédaction, en dictée et en calcul que la DEP a fait repasser les épreuves à plusieurs milliers délèves. 26 P. CASPARD : " Histoire de léducation " in C. ÉTÉVÉ, P. CHAMPY (Dir.) : Dictionnaire encyclopédique de léducation et de la formation. Paris, 1994, pp. 497-499. 27 Un premier guide des entretiens réalisés a été publié par M. ALLAIRE et M.T. FRANK : Témoins et acteurs des politiques de léducation depuis la Libération. T. 1. Inventaire de cinquante entretiens. INRP, 1995, 200 p. Un second volume paraîtra en lan 2000. Sur lintérêt même de la constitution darchives orales dans lEnseignement, voir M.T. FRANK : " Pour une histoire orale de léducation en France depuis 1945 ". Histoire de léducation, janvier 1992, pp. 13-40. 28 G. CAPLAT (Dir.) : Les inspecteurs généraux de lInstruction publique. Dictionnaire biographique, par I. HAVELANGE, F. HUGUET, B. LEBEDEFF. INRP et CNRS, 1986, 702 p. ; Id. : LInspection générale de lInstruction publique au XXe siècle. Dictionnaire biographique des inspecteurs généraux et des inspecteurs de lAcadémie de Paris, 1914-1939. INRP et Économica, 1997, 690 p. Ces ouvrages sinscrivent dans la collection " Histoire biographique de lenseignement ", créée en 1985 par le Service dhistoire de léducation et le CNRS, et qui a surtout accueilli des dictionnaires de professeurs (parus à ce jour : les professeurs de la Faculté des lettres, de la Faculté de médecine et de la Faculté des sciences de Paris, du Collège de France et du Conservatoire national des Arts-et-Métiers). 29 J.N. LUC : La petite enfance à lécole, XIXe-XXe siècles. INRP et Économica, 1982, 392 p. A. CHERVEL : Les Auteurs français, latins et grecs au programme de lenseignement secondaire, de 1800 à nos jours. INRP et Publications de la Sorbonne, 1986, 396 p. T. CHARMASSON, A.M. LELORRAIN, Y. RIPA : Lenseignement technique de la Révolution à 1926. INRP et Économica, 1987, 784 p. T. CHARMASSON, A.M. LELORRAIN, Y. RIPA : Lenseignement agricole et vétérinaire de la Révolution à la Libération. INRP et Publications de la Sorbonne, 1992, 910 p. A. CHERVEL : Lenseignement du français à lécole primaire. Textes officiels, 1791-1995. INRP et Économica, 1992-1995, 3 vol., 368, 506 et 648 p. A. CHOPPIN : Les manuels scolaires en France de 1789 à nos jours. Textes officiels, 1791-1992. INRP et Publications de la Sorbonne, 1993, 598 p. B. BELHOSTE : Les Sciences dans lenseignement secondaire français. Textes officiels, 1789-1914. INRP et Économica, 1994, 767 p. Un recueil des textes fondamentaux sur lorganisation de lenseignement depuis la Révolution a été élaboré par M. ALLAIRE et M.T. FRANK : Les politiques de léducation en France de la maternelle au baccalauréat. Paris, La Documentation française, 1995, 926 p. 30 Ce programme et ses perspectives ont été présentés par A. CHOPPIN : " Lhistoire de lédition scolaire en France aux XIXe et XXe siècles : bilan et perspectives ". Annali di Storia dell educazione e delle istituzioni scolastiche, 4, 1997, pp. 9-32. Les répertoires sont constitués par disciplines. Sont parus à ce jour ceux de grec, ditalien, de latin, dallemand, despagnol et danglais ; est en préparation celui dhistoire. 31 Sur la question des rapports entre le local, le régional et le national, et des sources nécessaires aux recherches qui se mènent à ces trois niveaux, voir une première réflexion dans : " Recherches nationales, recherches régionales. Le Service dhistoire de léducation (INRP) et lhistoire de léducation dans le Nord ". Revue du Nord (Lille), juillet 1985, pp. 805-817, qui sattache à montrer lapport des grands instruments nationaux aux recherches régionales. Voir aussi G. BODÉ, Ph. SAVOIE (Dir.) : Loffre locale denseignement, XIXe-XXe siècles. Numéro spécial dHistoire de léducation, mai 1995, 246 p. et Ph. SAVOIE : " LÉtat et le local dans lhistoire éducative française ". Éducation et sociétés, 1998, n° 1, pp. 123-139. 32 M.M. COMPÈRE : " Les Collèges sous lAncien Régime : présentation dun instrument de travail ". Histoire de léducation, décembre 1981, pp. 1-27. M.M. COMPÈRE, D. JULIA : Les Collèges français, XVIe-XVIIIe siècles. Répertoire 1 : France du Midi, INRP et CNRS, 1984, 760 p. ; Répertoire 2 : France du Nord et de lOuest, INRP et CNRS, 1988, 712 p. Un volume consacré aux collèges de Paris est en préparation. 33 G. BODÉ : " Constitution dun atlas-répertoire des établissements denseignement technique de 1789 à 1945 ". Histoire de léducation, mai 1995, pp. 201-207. Les premiers répertoires départementaux à paraître seront ceux de la Corrèze, de la Moselle et du Var. 34 M. GRANDIÈRE (Dir.) : la formation des maîtres aux XIXe et XXe siècles (1829-1991). Guide de recherche sur les écoles normales de lAcadémie de Nantes. INRP et IUFM de lAcadémie de Nantes, 1998, 130 p. 35 Sur les principes de cette bibliographie, et lobservatoire quil constitue, voir W. FRIJHOFF : " Introduction ". Histoire de léducation, août 1979, pp. 3-9 ; M. SONNET : " Cinq années de Bibliographie dhistoire de léducation française. Repères pour un bilan historiographique ". Histoire de léducation, mai 1985, pp. 17-38. I. HAVELANGE : Suite du bilan précédent. Histoire de léducation, janvier 2001 (à paraître), ainsi que P. CASPARD : " Histoire et historiens de léducation en France ". Les dossiers de léducation (Toulouse), 1988, 14-15, pp. 9-29 ; ce dernier type de bilan a été périodiquement remanié et mis à jour à la demande de diverses revues ou publications françaises, espagnole, portugaise, italienne, russe, japonaise. 36 P. CASPARD-KARYDIS, A. CHAMBON et alii. : La Presse déducation et denseignement, XVIIIe siècle-1940. Répertoire analytique. Sous la dir. de P. CASPARD. INRP et CNRS, 1981-1990, 4 vol., 560, 688, 566 et 768 p. Lentreprise se poursuit, sous la dir. de P. Caspard-Karydis, pour la période 1940-1990. Le premier volume (A-D, soit 550 revues) de ce nouveau répertoire est sous presse. Sur les usages de ce répertoire pour une histoire totale de léducation et de lenseignement, voir P. CASPARD : " La presse déducation et denseignement du XVIIIe siècle à 1940. A propos dun répertoire ". Travaux de didactique du français langue étrangère (Montpellier), 1988, n° 20, pp. 75-82 ; Id. : " La presse déducation : portrait de famille ". Historiens et géographes, février 1993, pp. 89-97 ; Id. : " Presse pédagogique et formation continue des instituteurs (1815-1940) ". Recherche et formation, 1996, n° 23, pp. 105-117 (avec P. CASPARD-KARYDIS). 37 Sur ces différents points, voir les Rapports scientifiques cités supra. Il est peut-être à souligner que, pour un Service historique, la dimension internationale ne va pas de soi. Au XIXe siècle, la comparaison systématique avec les systèmes éducatifs étrangers faisait partie de la culture de décision de lÉtat : en témoigne la part de linternational dans les activités et les ressources du Musée pédagogique. Cette dimension sest ensuite estompée, jusque dans les années 1970. Aujourdhui, elle sexprime surtout dans un souci dharmoniser les filières et les diplômes, en liaison avec la construction de lEurope et certaines exigences de la mondialisation ; mais la culture historique a peu de part et peu de place dans ces préoccupations. Lactivité internationale du Service dhistoire de léducation sexerce donc quasi-exclusivement au plan des rapports interpersonnels, académiques et universitaires, la dimension comparée, notamment européenne, étant par ailleurs de plus en plus présente dans sa réflexion. Cf. les deux ouvrages récemment publiés : M.M. COMPÈRE : Lhistoire de léducation en Europe. Essai comparatif sur la façon dont elle sécrit, INRP et P. Lang, 1995, 310 p. et M.M. COMPÈRE (Dir.) : Histoire du temps scolaire en Europe, INRP et Économica, 1997, 392 p. Cf. aussi, au plan documentaire, les guides internationaux de la recherche que le Service dhistoire de léducation élabore pour le compte de lISCHE : P. CASPARD (Dir.) : Guide international de la recherche en histoire de léducation. International guide for research in the history of education. 1ère Éd. : INRP, 1990, 190 p. ; 2e Éd. : INRP et P. Lang, 1995, 280 p., ou les conventions passées par divers pays pour adopter les standards de la banque " Emmanuelle ". Enfin, la revue Histoire de léducation, éditée par le Service dhistoire de léducation depuis 1978, a un dimension internationale prononcée, tant par son contenu (articles et recensions) que par son lectorat (41 % de ses 650 abonnés sont étrangers, parmi lesquels lItalie vient nettement en tête, avec 42 abonnés en 1996). 38 La notion de " disciplines scolaires " ne recoupe que partiellement celle de " curriculum ", plutôt employée ailleurs, notamment dans les pays anglo-saxons. Sur le sens et les objectifs de cette histoire des disciplines, voir par exemple A. CHERVEL : " Lhistoire des disciplines scolaires. Réflexions sur un domaine de recherche ". Histoire de léducation, mai 1988, pp. 59-119, B. BELHOSTE : " Les caractères généraux de lenseignement secondaire scientifique de la fin de lAncien Régime à la Première Guerre mondiale ". Histoire de léducation, janvier 1989, pp. 3-45, ou M.M. COMPÈRE, A. CHERVEL (Dir.) : Les Humanités classiques, n° spécial dHistoire de léducation, mai 1997, 256 p. La bibliographie des publications des chercheurs du Service dhistoire de léducation sur ces questions est très abondante.
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