Cette recherche, qui touche actuellement à sa fin, prolonge le travail commencé par une équipe plus importante dirigée par Thérèse Charmasson, et qui avait abouti, en 1992, à la publication dun volume sur lenseignement agricole, de la Révolution à la Libération. Le but en est de réaliser un recueil de textes officiels commentés pour la période 1944-1986, afin de compléter le premier ouvrage publié par léquipe, et de cerner ainsi lévolution des formations agricoles quant à leurs niveaux, à leurs contenus, aux publics visés et aux enseignants. |
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La ferme-école de Domfront (Orne) |
Si létude des établissements
denseignement supérieur, publics ou privés, na guère posé de problème,
car de nombreux textes officiels, publiés régulièrement, concernent leur personnel,
leurs locaux, leurs étudiants et leurs examens, il a été en revanche plus difficile de
saisir lévolution des formations du " premier niveau " (avant
1960) ou de niveau secondaire, et de se repérer dans le maquis des institutions
complémentaires ou concurrentes, publiques ou privées, qui ont connu des mutations très
diverses au cours du dernier demi-siècle ; en effet, les sources émanant de la profession
agricole (syndicats agricoles, associations gestionnaires détablissements,
unions de parents délèves) ne sont pas toujours accessibles.
On a cependant pu dégager les grandes lignes dune évolution originale, très
différente de celles de lenseignement général et de lenseignement
technique, quoique dépendant de ceux-ci. En effet, lenseignement agricole est
surtout marqué par les transformations de lagriculture après la Guerre, mais aussi
par les institutions et le contexte politique, car les formations dispensées aux
agriculteurs, quelles relèvent de lÉtat, du privé ou de la profession
agricole, sont à linterface du monde politique (dans lequel les ruraux jouent un
rôle plus important que leur nombre ne pourrait le faire penser), des institutions
(ministère de lAgriculture, ministère de lÉducation nationale) et du
" monde paysan " ; de plus, les différents acteurs
(législateur, théoriciens, enseignants) tentent toujours dutiliser
lenseignement agricole pour agir sur le monde agricole lui-même (modernisation,
adaptation au marché, à la réglementation européenne, etc.).
Le dépouillement et l'analyse d'environ 1 500 textes officiels permettent de
conclure à la périodisation suivante.
Durant la IVe République, lenseignement agricole demeure sous le régime
déterminé par les lois de Vichy ; le poids de lenseignement privé croît, du
fait dune législation favorable (lois Marie et Barangé) et de la réglementation
concernant les allocations familiales, qui ne sont versées que si lenfant poursuit
une formation ; celle-ci peut être dispensée " en alternance "
par les maisons familiales, mais aussi par des instituteurs post-scolaires agricoles.
Cependant, jusquen 1960, lenseignement public résiste bien : en 1958,
sur les 165 000 élèves de lenseignement agricole du premier niveau,
65 000 seulement relèvent de lenseignement privé (dont 16 000 stagiaires
dans les maisons familiales et 35 000 élèves des cours par correspondance privés,
contre 20 000 dans les cours par correspondance publics). Durant toute cette
période, les hommes politiques affirment quune réforme profonde de
lenseignement agricole est nécessaire, mais aucun projet législatif ne peut
aboutir.
Dès le début de la Ve République, lenseignement agricole passe sous le contrôle
du ministère de lAgriculture, tandis que lemprise de " la
profession " ne cesse de saccroître, et que les effectifs de
lenseignement privé augmentent plus vite que ceux de lenseignement public.
Cest que la formation est souvent le seul domaine où il est possible au
gouvernement de répondre positivement aux revendications des organisations
professionnelles agricoles ; cela profite généralement aux établissements
denseignement agricole privés, protégés par la profession. Les lois Debré-Pisani
(1960) mettent lenseignement agricole en harmonie avec les autres formations, mais
retirent tout pouvoir à lÉducation nationale ; elles sont complétées par
diverses dispositions dont la plus importante est léquivalent agricole de la loi
Guermeur (1978). À cette époque, la part des enfants dagriculteurs dans les
effectifs diminue, comme le nombre des agriculteurs lui-même, et lenseignement
secondaire agricole doit proposer des formations où le tertiaire domine. Quant à
lenseignement supérieur agronomique ou vétérinaire, il renforce ses liens avec la
recherche et devient un enseignement scientifique de très haut niveau, formant des
chercheurs et des ingénieurs plus que des exploitants.
En 1984, les lois Rocard reconnaissent et institutionnalisent la prépondérance de la
profession agricole et des établissements privés dans lenseignement agricole mais,
alors que les établissements publics sont gérés au niveau régional, la tutelle des
établissements privés est directement confiée à ladministration centrale du
ministère de lAgriculture. Léquilibre entre enseignement public et
enseignement privé semble enfin réalisé, mais il reste à voir comment cette loi est
appliquée.
Ce travail pourra être prolongé et approfondi par lanalyse de la façon dont ont
été prises les décisions en matière denseignement agricole. On envisage donc, à
cet effet, de constituer des archives orales en recueillant les témoignages de
professionnels, syndicalistes, hommes politiques, ou enseignants. Une articulation sera
ainsi établie avec la recherche, évoquée infraD, sur la prise de décision en
Éducation.
in Rapport scientifique (1992-1996). - Service d'histoire de
l'éducation, URA 1397 du CNRS. - Paris : CNRS ; INRP, 1996. - 159 p.
L'activité du chercheur s'est réorientée, depuis le début de 1997, vers
l'organisation d'une série de manifestations destinées à commémorer le
cent-cinquantenaire de l'enseignement agricole, parmi lesquelles un colloque historique
(cf. infra) et d'un atlas et de répertoires des établissements agricoles, publics
et privés. Les répertoires ont paru en octobre 1998 ; suivront, en janvier 1999
quatre atlas (un par famille d'établissements). Ces ouvrages prendront en compte le
passé des établissements actuels et leur patrimoine, ainsi que les établissements
disparus. Les premiers résultats sont très encourageants, car, alors qu'une dizaine
d'établissements seulement avait répondu à une enquête du même genre lancée en 1984
par la mission des Archives, le taux de réponses avoisine actuellement (juin 1998)
80 %.
in Rapport scientifique (1996-1998). - Service d'histoire de
l'éducation, URA 1397 du CNRS. - Paris : CNRS; INRP, 1998. - 111 p.
Publication :
- CHARMASSON Th. (dir.) ; LELORRAIN A.-M., RIPA Y.,
LEnseignement agricole et vétérinaire de la Révolution à la Libération. Paris,
INRP et Publications de la Sorbonne, 1992, CXLV + 745 p. Notice
| Voir aussi : | L'enseignement technique de 1789 à nos jours |
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