Revue Histoire de l'éducation - numéro 86

Histoire et nation en Europe centrale et orientale
XIXe - XXe siècle

Sommaire - Résumés

Contents - Summaries

Inhalt - Zusammenfassungen

 


 

 

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Sommaire - Résumés:

Les contributions à ce numéro traitent de la place et du rôle de l'histoire dans l'enseignement scolaire et universitaire des pays de l'Europe centrale et orientale, au moment où émergent les Nations modernes et où beaucoup d'entre elles se dotent, dans la conjoncture romantique et historiciste, de grands récits canoniques de l'histoire nationale. Issues du démembrement des trois grands Empires russe, austro-hongrois et ottoman, les nations ici étudiées - Pologne, Ukraine, Tchéquie, Roumanie et Bulgarie - témoignent de l'écart plus ou moins grand qui a pu séparer l'histoire-discipline, à prétention scientifique, et l'histoire nationale. La question posée est donc, aussi, celle du rôle de l'enseignement dans la transmission par l'histoire d'une conscience nationale, elle-même fréquemment forgée en dehors des cadres officiels pendant une période plus ou moins longue au cours du XIXe et parfois du XXe siècle.

Marie-Élizabeth DUCREUX : Nation, État, éducation. L’enseignement de l’histoire en Europe centrale et orientale. p.5

Daniel BEAUVOIS : La conscience historique polonaise au XIXe siècle, entre mythographie et historiographie, p. 37

Catherine B. CLAY : Le rôle de l’ethnologie universitaire dans le développement d’une nation ukrainienne dans l’Empire russe, 1830-1850, p.61

Marlène LARUELLE : L’enseignement de l’histoire à l’université Charles de Prague, 1882-1918, p.83

Mirela-Luminita MURGESCU : L’enseignement de l’histoire dans les écoles roumaines, 1831-1944, p.115

Dessislava LILOVA : L’histoire universelle à l’appui d’une culture nationale. L’expérience de l’Éveil bulgare au XIXe siècle, p.143

Liliana DEYANOVA : Les manuels après la bataille : les livres d’histoire nationale en Bulgarie après 1944 et après 1989, p.171

 

Contents - Summaries:

Marie-Élizabeth DUCREUX: Nation, State and Empire. History Teaching in Central and Eastern Europe

Daniel BEAUVOIS : The Polish historical conscience in the 19th century, between mythography and historiography

Catherine B. CLAY : The Place of Academic Ethnology in the Creation of a Ukrainian Nation in Imperial Russia, 1830-1850s

Marlène LARUELLE : History teaching at the Charles University of Prague from 1882 to 1918

Mirela-Luminita MURGESCU : Teaching history in Romanian schools (1831-1944)

Dessislava LILOVA : World history in support of a national culture. The experience of the Bulgarian awakening in the 19th century

Liliana DEYANOVA : Textbooks after battle: Bulgarian Textbooks of National History after 1944 and 1989

 

Inhalt - Zusammenfassungen:

Marie-Élizabeth DUCREUX : Nation – Staat – Erziehung: Zum Geschichtsunterricht in Mittel- und Osteuropa

Daniel BEAUVOIS : Historisches Bewußtsein in Polen im 19. Jahrhundert zwischen „Mythographie" und Historiographie

Catherine B. CLAY : Die Rolle der wissenschaftlichen Volkskunde für die Ausbildung einer ukrainischen Nation im russischen Reich zwischen 1830 und 1850

Marlène LARUELLE : Lehrinhalte des Geschichtsstudiums an der Prager Karlsuniversität zwischen 1882 und 1918

Mirela-Luminita MURGESCU : Geschichtsunterricht an rumänischen Schulen 1831 – 1944

Dessislava LILOVA : Allgemeine Geschichte und nationale Kultur: ein Gegensatzpaar? Die Erfahrung des bulgarischen Erwachens im 19. Jahrhundert

Liliana Deyanova : Nach den Kämpfen kommen die Bücher: Die Bücher zur nationalen Geschichte in Bulgarien nach 1944 und nach 1989

 

 

 

Résumés

Marie-Élizabeth Ducreux : Nation, État, éducation. L’enseignement de l’histoire en Europe centrale et orientale

Les nations, même en Europe centrale et orientale, où domine la conception de la nation basée sur la culture et sur la langue, sont toujours des créations politiques. Cet article s’interroge sur les rapports entre l’histoire, discipline d’enseignement dans les écoles primaires, les lycées et les universités des pays de l’Europe centrale et balkanique au XIXe siècle, et l’histoire qui, au même moment, structure la mise en récit des nations modernes en révélant le " génie propre " de chacune d’elle. Il met l’accent sur la dimension multiethnique et multilinguistique des pays concernés. Ceux-ci, sauf pour les nouveaux États balkaniques institués entre 1819 et 1878 et dans le cas particulier d’une Hongrie intérieurement autonome après le Compromis austro-hongrois de 1867, restent englobés dans le cadre des Empires russe, autrichien et dans la Prusse, et ont par conséquent été soumis à leurs politiques scolaires. Ce qui n’empêche pas la constitution d’histoires nationales savantes et universitaires, dont les liens avec les usages identitaires et politiques du passé sont complexes.

 

Daniel BEAUVOIS : La conscience historique polonaise au XIXe siècle, entre mythographie et historiographie

La période étudiée ici est celle de la longue disparition de l’État polonais, de la fin du XVIIIe siècle au début du XXe. Les discours sur l’histoire furent toujours des axes essentiels de la survie puis de la résurrection de cet État qui fut plurinational (Polonais, Lithuaniens, Ruthènes, Juifs, etc.) pendant cinq siècles, avant d’envisager une nation monoethnique, finalement imposée de l’extérieur en 1945.

Cette étude donne à mesurer l’immense évolution qui sépare l’historiographe du dernier roi de Pologne des thèses universitaires d’histoire, rédigées à Cracovie autour de 1900. Entre ces deux termes, la Pologne passa de la conception " éclairée " d’une histoire-thesaurus, ou d’une histoire-chronique, à une histoire objet d’un enseignement secondaire, analytique et comparative, intégrée aux divers aspects de la réflexion politique et instrumentalisée en fonction des besoins de la consolidation nationale.

Les recommandations pédagogiques, les contenus des programmes, les grands livres, les institutions officielles et officieuses (rôle de l’émigration), sont les principaux champs qui ont permis cette tentative de reconstruction d’une conscience qui appartient déjà, elle-même, à l’histoire ; ils donnent aussi à saisir ses fréquentes dérives ou ce qui est resté, se figeant parfois en axiomes qui attendent à leur tour d’être effacés.

 

Catherine B. CLAY : Le rôle de l’ethnologie universitaire dans le développement d’une nation ukrainienne dans l’Empire russe, 1830-1850

Des travaux récents d’histoire de l’éducation ont démontré le rôle des disciplines académiques dans la croissance du nationalisme en Finlande et dans la partie de la Pologne sous contrôle russe.

En s’inspirant de cette démarche, on a tenté d’analyser la façon dont les travaux engagés dans différentes disciplines académiques dans les universités des régions ukrainiennes ont engendré sur place, à partir de 1830 et 1840, des mouvements de romantisme culturel qui se sont transformés plus tard, vers 1850 et 1860, en une quête du nationalisme. C’est en reliant l’université à la campagne, par des enquêtes de terrain variées, que deux générations d’universitaires de Kiev et de Kharkov ont posé les axes d’une conceptualisation de la nation ukrainienne. L’étude du nationalisme ukrainien doit donc être résolument située dans ce contexte universitaire.

L’article évoque plus particulièrement une double relation : celle des intellectuels au peuple (narod) et à la " nation " ukrainienne ; leur relation à l’État impérial, en tant qu’élite indigène engagée dans l’élaboration ou le maintien d’une ethnicité dans un contexte colonial, en liaison avec ou au contraire contre d’autres peuples assujettis à l’Empire russe ou aux Empires voisins. La définition d’un caractère spécifique à la nation ukrainienne est aussi le résultat de leurs activités : une nation paysanne possédant sa propre histoire.

 

Marlène LARUELLE : L’enseignement de l’histoire à l’université Charles de Prague, 1882-1918

Cet article s’interroge sur l’évolution de l’enseignement de l’histoire à l’université Charles de Prague, de sa partition germano-tchèque en 1882 à la Première Guerre mondiale. Trois thèmes y sont abordés :

1. Les enjeux de la partition et la compétition qui se crée entre les universités tchèque et allemande, compétition qui sera gagnée par la première au détriment de la seconde. Cette division nationale entraîne dans son sillage une diversification des méthodes historiques et des thèmes de prédilection de l’enseignement comme des sujets de thèse soutenus.

2. L’institutionnalisation de la discipline historique à l’université tchèque, prise en charge par l’école de Jaroslav Goll et ses plus brillants représentants comme Josef Pekar× : systématisation des chaires et des cursus, développement de la technique du séminaire, maîtrise de tout le champ de l’histoire nationale, orientation des doctorants vers l’histoire religieuse et l’histoire médiévale afin de cerner le fait hussite, etc.

3. L’école de Jaroslav Goll réussit également à donner au milieu historique académique une visibilité au sein de la société tchèque, au travers du " Club historique " : ancienne association estudiantine, le Club est repris en main par les universitaires et devient alors le corps professionnel des historiens, regroupant tant les universitaires que les étudiants et les professeurs du secondaire, au service de la promotion d’un discours historique centré sur la " nation ".

 

Mirela-Luminita MURGESCU : L’enseignement de l’histoire dans les écoles roumaines (1831-1944)

L’histoire ne devient en pays roumains l’une des principales disciplines scolaires que progressivement au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle. Le système qui émerge inclut l’enseignement de l’histoire roumaine dans les dernières classes élémentaires et celui de l’histoire universelle, suivi d’un abrégé de l’histoire nationale dans les lycées et dans les écoles supérieures (de la neuvième à la douzième classe). Pendant la deuxième moitié du XIXe siècle, on note un déplacement significatif des périodes mises en valeur dans l’enseignement : l’histoire ancienne perd du terrain au profit de l’histoire médiévale et moderne, en accord avec l’accroissement constant de l’importance donnée à l’histoire nationale. À partir des années 1860, le tournant est pris vers une utilisation de l’histoire avant tout comme un instrument de modelage de l’identité nationale du peuple. Il s’impose de façon dominante à la fin du XIXe siècle, et n’est pas remis en cause jusqu’à la Seconde Guerre mondiale (au moins).

 

Dessislava LILOVA : L’histoire universelle à l’appui d’une culture nationale. L’expérience de l’Éveil bulgare du XIXe siècle

L’article est basé sur l’analyse de dix livres d’histoire universelle utilisés dans les écoles bulgares de 1830 à la formation du premier État bulgare en 1878. La première partie traite des deux manuels les plus populaires, ceux d’A. L. Schlözer, traduits deux fois en bulgare par Tcholakov et Blaskov, qui dominent l’enseignement de l’histoire dans les écoles jusque vers 1870. Ces manuels d’histoire universelle sont utilisés comme un outil de légitimation de la nature hybride de l’identité bulgare, qui ne recoupe exactement ni les normes positives, ni les normes négatives définissant la civilisation. La seconde partie de cette étude est centrée sur les effets de l’édification spécifique du système d’éducation nationale au cours du XIXe siècle, marqué à la fois par la faiblesse du financement et l’absence de contrôle du curriculum par l’État ottoman et l’Église orthodoxe. Au lieu d’un " environnement standardisé et de mise en circulation d’idées unificatrices " (Gellner), le terrain est ainsi occupé par un régime libéral tolérant, jusqu’à la fin du XIXe siècle, des projets idéologiquement divers. Seconde particularité, l’enseignement est presque intégralement dispensé à travers des manuels traduits. Les dix livres d’histoire étudiés donnent une bonne idée des modalités par lesquelles les standards d’instruction européens en vigueur de la fin du XVIIIe siècle au milieu du XIXe siècle opèrent encore sur le sol bulgare.

 

Liliana DEYANOVA : Les manuels après la bataille : les livres d’histoire nationale en Bulgarie après 1944 et après 1989

L’article analyse les manuels communistes d’histoire dans le contexte de ce que Bernard Guenée définit comme une " culture historique ", et les différents " points chauds " de l’histoire bulgare, à partir de la mise en cause et de la problématisation de l’idée qu’ils seraient dominés par la structure méta-narrative de l’internationalisme, plutôt que du nationalisme. Il s’articule autour des résultats de deux recherches collectives. L’une prend pour objet cinq réécritures successives des manuels officiels d’histoire en 1929, 1946, 1954, 1982 et 1993. L’autre traite des usages de l’histoire dans les médias et les manuels scolaires entre 1989 et 1995, et y repère à l’œuvre deux histoires opposées de la Bulgarie : le récit communiste des lieux communs de la mémoire nationale, et celui de l’opposition. La guerre civile des mémoires et leur usage politique sont examinés autour des thèmes du Tribunal populaire de 1945, véritable ligne de fracture pour les Bulgares après 1989, de la réduction de l’identité nationale à l’identité ethnique. Les manuels d’histoire de la période communiste, replacés dans un contexte historiographique de plus longue durée, se révèlent ainsi tributaires des catégories de l’histoire nationale établies par l’historiographie du début du XXe siècle. Ils restent fidèles à un patriotisme bien éloigné de ce que Habermas appelle " le patriotisme de la constitution ".

 

Summaries

Marie-Élizabeth DUCREUX: Nation, State and Empire. History Teaching in Central and Eastern Europe

Nations have always been conscious political creations, even in the Central and Eastern Europe, where the concept of nations based on language and culture were dominating in the XIXth century. This paper raised the question of the relationship between History as an academic and scholar discipline and the great national "narratives" of the XIXe century. It emphasizes multiethnical and multilingual dimensions in the concerned countries of East Central Europe. Most of them, with the exception of the new Balkan states created between 1819 and 1878 and the particular case of Hungary, which gained internal autonomy after the Compromise of 1867, were still part of the Russian or Austrian Empires, or of Prussia, and hence submitted to the schooling policies of the ruling powers. However, it didn’t prevent the constitution of professional national history, whose links with identity and political claims are complicated.

 

Daniel BEAUVOIS : The Polish historical conscience in the 19th century, between mythography and historiography

The period under scrutiny here is the slow disappearance of the Polish State stretching from the end of the 18th century to the mi-20th century. The views on history essentially focused on the survival and then the resurrection of the State which had been multinational for five centuries (Poles, Lithuanians, Ruthenes, Jews, etc.) before being considered as a monoethnic country dictated to the nation by outside forces in 1945.

This study enables to asses the huge evolution which ranger from the historiographer of the last king of Poland to doctoral theses in history written in Cracow around 1900. Between the two, Poland switched from the enlightened notion of a history thesaurus or a history chronicle to a history considered as a teaching subject, both analytical and comparative, which fit into the various aspects of the political thinking and was exploited according to the needs of the national consolidation.

Teaching recommendations, the contents of the syllabuses, great books, official institutions as well as unofficial ones (role of emigration) were the major fields that allowed this political awareness (already belonging to history) to rebuild itself. It also offered an opportunity to understand the frequent changes of awareness or what is left of them, turning them into axioms waiting to be erased.

 

Catherine B. CLAY : The Place of Academic Ethnology in the Creation of a Ukrainian Nation in Imperial Russia, 1830-1850s

In the past decade, work in the history of education established the role of academic disciplines in the growth of nationalism in Russian-controlled Finland and Poland, and provide the present work a theoretical approach.

The present chapter argues that work in academic disciplines in Ukrainian universities spawned cultural romantic movements in the 1830s and 1840s that became

pursuits of the Ukrainian nation by the 1850s and 1860s. Linking university and countryside in diverse investigations, two generations of academics in Kyiv and Kharkiv universities conceptualized a Ukrainian nation. The study of Ukrainian nationalism, and the construction of nationhood in the 19th century, must be placed firmly into this university context.

We show two contexts shaping their work: 1) the relation of the intellectuals to the people (narod) and the Ukrainian "nation"; 2) their relation to an imperial state, as an indigenous elite attempting to construct or maintain ethnicity in a colonial context; and in relation or counterweight to other subordinate peoples of the Russian empire or neighboring empires. The result of their work was the special character of the Ukrainian nation as they conceptualized it: a peasant-oriented nation, with a distinct history.

 

Marlène LARUELLE : History teaching at the Charles University of Prague from 1882 to 1918

The article delves into the evolution of history teaching at the Charles University of Prague stretching from the German-Czech partition in 1882 to WWI. Three themes are dealt with:

1. The stakes of the German-Czech partition and emerging competition between Czech and German universities which was eventually gained by the former. This national division brought in its wake a diversification of both historical methods and the preferred subjects of the teaching profession – such as subjects for doctoral theses.

1. The institutionalization of history as a teaching subject at Czech Universities,

promoted by Jaroslav Goll and his most brilliant representatives such as Josef Pekar×; the systematization of chairs and degree courses, the development of the seminar technique, the control of the whole field of national history, the guidance of doctoral students on religious and medieval history towards the Hussite movement.

3. The Jaroslav Goll school also succeeded in giving academic historian circles a greater insight into Czech society through the "historic Club". A former student association, the Club was taken over by academics and then became the professional body of historians which grouped together academics, students and secondary school teachers so as to promote a national view of history.

 

Mirela-Luminita MURGESCU : Teaching history in Romanian schools (1831-1944)

History in Romania only established itself as one of the main school subjects gradually during the second half of the XIXth century. The emerging system included the teaching of Romanian history in the final grades of elementary schools and that of World history followed by a brief course in Romanian history in secondary schools (from the 5th to the 8th grade) and higher education (from the 9th to the 12th grade). During the second half of the XIXth century a significant shift in the periods highlighted in history teaching tool place: ancient history lost ground to medieval and modern

history in line with the growing emphasis laid on national history. From the 1860’s and the 1870’s onwards there was a trend towards using history first and foremost as a tool to shape the national identity of the people. This prevailed at the end of the XIXth century and remained undisputed at least until WWII.

 

Dessislava LILOVA : World history in support of a national culture. The experience of the Bulgarian awakening in the 19th century

This article is based on a survey of the ten books of world history used throughout Bulgarian schools from 1830 to the instauration of the first sovereign state in 1878. The first part deals with the two most popular textbooks – those of Schlözer, translated twice into Bulgarian by Tcholakov and Blaskov and which dominated history teaching in schools until the 1870’s. These textbooks of world history were used as a tool to legitimate the hybrid nature of the Bulgarian identity underlining neither the positive nor the negative attribute of their civilization.

The second part of the study focuses on the effects of the specific construction of the educational system during the 19th century. It was marked by poor financing and a lack of control of the curricula by both the Ottoman State and the Orthodox Church. Instead of offering "a standardized environment with a unified notion currency" (Gellner) the system was taken over by a liberal regime which tolerated ideologically diverse projects until the end of the 19th century. The second characteristic is that

teaching was almost fully provided for through translated textbooks. The ten history books under scrutiny give an overview of the ways in which European teaching standards will prevailed on Bulgarian soil from the end of the 18th to the mid-19th century.

 

Liliana DEYANOVA : Textbooks after battle: Bulgarian Textbooks of National History after 1944 and 1989

The article analyzes the communist history textbooks – in a context defined by Bernard Guénée as being "historical culture" – and the different "hotbeds of history" (M. Ferro) to challenge (or at least problematize) the notion according to which the "international" rather than the "national" meta-narrative prevails in them. It hinges on the findings of two team-studies. One of them deals with five successive rewritings of official history textbooks in 1929, 1946, 1954, 1982 and 1993. The other one focuses on how history was used in the media and textbook narratives of history between 1989 and 1995, and includes two opposite histories of Bulgaria: a communist narrative of the commonplaces of national memory and the narrative of the opposition. The civil war of memories and their political use are scrutinized through two themes: that of "People’s court of 1945 – viewed as a watershed event by the Bulgarians after 1989 and that of the reduction of national identity to ethnic identity (the political Other is perceived as an ethnic Other; the communist and fascist periods are both linkened to "Turkish bondage" depending on which side you are on). History textbooks of the communist age studied within a wider length of time prove to have much in common with the pre-communist national meta-narrative of the beginning of the 20th century. They remain faithful to a patriotism far removed from what Habermas calls "patriotism of the constitution".

 

Zusammenfassungen

Marie-Élizabeth DUCREUX : Nation – Staat – Erziehung: Zum Geschichtsunterricht in Mittel- und Osteuropa

Nationen sind in erster Linie politische Konstrukte ; und das gilt auch für Mittel- und Osteuropa, wo das Bild der Nation eng mit einem bestimmten Sprach- und Kulturbegriff verknüpft ist. Der Beitrag untersucht die Lerninhalte des Schulfachs Geschichte an Grundschulen, Gymnasien und Universitäten in Mitteleuropa und in den Ländern des Balkans im 19. Jahrhundert vorwiegend unter dem Blickwinkel der Instrumentalisierung eines bestimmten Geschichtsbegriffs zur Profilierung eines modernen Nationalgedankens und eines jeweils eigenen Genius jeder einzelnen Nation. Dabei gilt das Augenmerk vor allem der pluriethnischen und multilingualen Struktur der betreffenden Länder. Wenn man von den neuen, zwischen 1819 und 1878 errichteten Balkanstaaten absieht und auch den Sonderfall Ungarns ausklammert, das nach dem österreichisch-ungarischen Abkommen von 1867 eine innere Autonomie genoss, dann gehörten alle diese Länder politisch entweder zum russischen oder österreichischen Reich bzw. zu Preußen und blieben daher an deren Schulpolitik gebunden. Der Ausbildung einer jeweils eigenen wissenschaftlich fundierten Nationalgeschichte, die in komplizierter Verschachtelung Vergangenes politisch instrumentalisierte und damit zur Identitätsbildung beitrug, tat dies keinen Abbruch.

 

Daniel BEAUVOIS : Historisches Bewußtsein in Polen im 19. Jahrhundert zwischen „Mythographie" und Historiographie

In den untersuchten Zeitraum fällt die langsame Auflösung des polnischen Staates zwischen dem ausgehenden 18. und dem beginnenden 20. Jahrhundert. Über fünf Jahrhunderte waren gerade Reflexionen über Geschichte die wichtigsten Achsen, mit deren Hilfe dieses gemischethnisch strukturierte politische Gebilde (Polen, Litauer, Ruthenen, Juden, usw.) am Leben erhalten, ja wiederbelebt werden konnte, bis schließlich die Idee eines Einvölkerstaates aufkeimte, die schließlich nach 1945 von außen auferlegt wurde.

Der Beitrag stellt die gewaltige Entwicklung dar, die den Geschichtsschreiber des letzten polnischen Königs von den Doktorarbeiten trennt, die im Fach Geschichte an der Universität Krakau um 1900 verfaßt und angenommen wurden. Zwischen diesen beiden Polen entwickelte sich Polen vom „aufgeklärten" Konzept einer chronikartigen Ereignisgeschichte weg zu einem analytischen, komparatistisch orientierten Geschichtskonzept, das in erster Linie der schulischen Bildung zu Gute kommen sollte und das auf den unterschiedlichsten Ebenen den Erfordernissen politischen Gestaltungswillens und nationaler Konsolidierung angepaßt wurde. Durch pädagogische Empfehlungen, durch die Gestaltung der Lehrpläne, durch große Bücher, offizielle und inoffizielle Institutionen (besonders solche der Emigration) versuchte man ein Bewußtsein für diese Ziele zu schaffen, das seinerseits schon wieder historisch geworden ist. Auch die insgesamt recht häufigen Entgleisungen sollen dargestellt werden – oder was davon geblieben ist –, die sich häufig genug in Axiomen abbilden, die nur allzu bald Geschichte werden müssen.

 

Catherine B. CLAY : Die Rolle der wissenschaftlichen Volkskunde für die Ausbildung einer ukrainischen Nation im russischen Reich zwischen 1830 und 1850

Jüngere Arbeiten zur Erziehungsgeschichte haben die Bedeutung der sich ausbildenden akademischen Disziplinen für die Entwicklung eines Nationalgefühls in Finnland und in den unter russischer Oberherrschaft stehenden Teilen Polens heraustellen können. Unter Rückbezug auf diese methodischen Vorgaben versucht der Beitrag der Frage nachzuspüren, ob und in welcher Weise Vertreter unterschiedlicher akademischer Disziplinen an den Universitäten der Ukraine seit etwa 1830/40 zur Ausbildung einer lokalen „Kulturromantik" beigetragen haben, aus der sich später, um 1850/60, eine nationalistische Bewegung entwickeln konnte.

Es zeigt sich, daß die Wiege einer solchen Idee einer ukrainischen Nation in der Tat eine akademische ist und im wesentlichen auf entsprechende Bestrebungen zweier Generationen von Hochschullehrern an den Universitäten Kiew und Kharkov zurückgeht, denen es durch und wiederholte Zuhilfenahme des Instruments der Enquête gelang, die ukrainische Nation zu Konzeptualisieren.

Im besonderen stellt der Beitrag zwei Verbindungslinien heraus: eine dieser Linien führt von den Intellektuellen zum Volk (narod), eine andere von diesen zur ukrainischen „Nation". Im Blickfeld stehen die Beziehungen zwischen imperialem Staat und diesen örtlichen Eliten, denen es um die Ausbildung bzw. den Fortbestand eines ethnischen Selbstverständnisses in einem kolonialistisch geprägten Umfeld ging. Dabei wurden zu anderen vom russischen oder benachbarten Reichen unterworfenen Völkern zum Teil Verbindungen gesucht, zum Teil wurde aber auch eine deutliche Abgrenzung gezogen. Daß so ein speziell der ukrainischen Nation eigener ‚Nationalcharakter‘ allmählich Gestalt annehmen konnte, ist vor allem den Aktivitäten dieser Gruppen zu verdanken: so entsteht das Bild einer bäuerlichen Nation, die auf eine ihr eigene Geschichte zurückblicken kann.

 

Marlène LARUELLE : Lehrinhalte des Geschichtsstudiums an der Prager Karlsuniversität zwischen 1882 und 1918

Der Beitrag untersucht die Entwicklung der Lehrinhalte des Geschichtsstudiums an der Karlsuniversität von ihrer Teilung in einen deutschen und einen tschechischen Zweig im Jahr 1882 bis zum ersten Weltkrieg. Dabei stehen drei Themenbereiche im Vordergrund:

1. Die Hintergründe der Teilung und die durch sie bedingte Konkurrenz zwischen deutscher und tschechischer Universität, wobei letztere auf Kosten der ersteren zunehmend an Bedeutung gewinnt. Wissenschaftsgeschichtlich zieht diese Teilung nach nationalen Gesichtspunkten gerade innerhalb der Geschichtswissenschaften eine Auseinanderentwicklung der Analysemethoden und der gewählten Untersuchungs-gegenstände nach sich, wie sich nicht zuletzt anhand der vergebenen Doktorarbeiten deutlich machen läßt.

2. Die Institutionalisierung der Geschichtswissenschaften als universitäre Disziplin an der tschechischen Universität, die vor allem mit der Schule um Jaroslav Goll zu verbinden ist; als einer der bekanntesten Vertreter dieser Schule gilt Josef Pekar×. Diskutiert und umgesetzt werden: gezielte und themenorientierte Besetzung von Lehrstühlen zur Abdeckung des gesamten Spektrums der nationalen Geschichte, Entwicklung einer Studienordnung, Einführung von Seminaren als tragenden Gestaltungselementen im Bereich der Lehre, Gewinnung von Doktoranden für mediävistische und für kirchengeschichtliche Themen mit besonderem Schwerpunkt auf dem Phänomen der Hussiten.

3. Die besondere Bedeutung der Schule um Jaroslav Goll liegt auch darin, daß sie es verstand, ihre Anliegen nach außen zu tragen so von der tschechischen Gesellschaft in besonderer Weise wahrgenommen wurde. Hierzu diente der sogenannte „Historische Club", eine ehemalige Studentenvereinigung, deren Schlüsselpositionen in der Folge von Hochsschullehrern übernommen wurden. Der Club wurde zum Repräsentation-sorgan für akademisch ausgebildete Historiker; er vereinte in seinen Reihen Studenten, Gymnasiallehrer und Hochschullehrer und wurde so zum idealen Sprachrohr eines auf die Idee der Nation hin zentrierten historischen Diskurses.

 

Mirela-Luminita MURGESCU : Geschichtsunterricht an rumänischen Schulen 1831 – 1944

Als eigene Disziplin setzt sich das Fach „Geschichte" in rumänischen Schulen erst während der zweiten Hälfte des 19. Jahrhunderts durch, wobei es sich allmählich als Prinzip etabliert, daß die rumänische Geschichte in den letzten Klassen der Elemantarschule vermittelt wird, während im Gymnasium und in den Oberschulen (von der 9. bis zur 12. Klasse) die allgemeine Geschichte sowie eine kurze Vertiefung der nationalen Geschichte auf dem Programm stehen. In der zweiten Hälfte des 19. Jahrhunderts läßt sich eine zweifellos bedeutsame Umorientierung hinsichtlich der als besonders wichtig erachteten Epochen feststellen. Insbesondere verliert die alte Geschichte zu Gunsten der mittelalterlichen und neueren Geschichte an Gewicht, wobei gleichzeitig auch die nationale Geschichte immer stärker herausgestellt wird. Von etwa 1860/70 ab wird der Geschichtsunterricht dann ganz zum Instrument der Ausformung von Volksgedanken und nationaler Identität. Diese Richtung setzt sich am Ende des 19. Jahrhunderts mit Macht durch und wird mindestens bis zum zweiten Weltkrieg nicht mehr in Frage gestellt.

 

Dessislava LILOVA : Allgemeine Geschichte und nationale Kultur: ein Gegensatzpaar? Die Erfahrung des bulgarischen Erwachens im 19. Jahrhundert

Der Beitrag basiert auf der Analyse von zehn Lehrbüchern zur allgemeinen Geschichte, die in bulgarischen Schulen von 1830 bis zur Bildung des ersten bulgarischen Staates 1878 verwendet wurden, wobei das Augenmerk zunächst auf das wichtigste Werk gerichtet wird, nämlich das Buch von A. L. Schlözer in den beiden bulgarischen Übersetzungen von Tcholakov und Blaskov. Dieses Werk wird in bulgarischen Schulen als Werkzeug zur Legitimation des hybriden Charakters der bulgarischen Identität instrumentalisiert, die weder die positiven noch die negativen Normen des zivilisatorischen Erbes exakt erfüllt. In der Folge werden die Ausbildung des staatlichen Schulsystems im Laufe des 19. Jahrhunderts und ihre Wirkungen analysiert. Dabei läßt sich zum einen die nur schwache Finanzierung durch den ottomanischen Staat und die orthodoxe Kirche herausheben; zum anderen muß auf die fehlende Kontrolle der Lehrpläne hingewiesen werden. Statt einer „standardisierten Umgebung mit Blick auf den Einheitsgedanken" (Gellner) finden wir deshalb bis zum Ende des 19. Jahrhunderts ein liberales und tolerantes Regime, das Erziehungsprojekte der unterschiedlichsten ideologischen Ausrichtung zuläßt. Eine zweite Besonderheit liegt sicherlich darin, daß der Unterricht fast ausschließlich mit Hilfe aus anderen Sprachen übersetzter Schulbücher gestaltet wird. Die zehn untersuchten Schulbücher werfen einen guten Blick auf die Art und Weise, wie die europäischen Bildungsstandards vom Ende des 18. bis zur Mitte des 19. Jahrhunderts auf bulgarischem Boden vermittelt wurden.

 

Liliana Deyanova : Nach den Kämpfen kommen die Bücher: Die Bücher zur nationalen Geschichte in Bulgarien nach 1944 und nach 1989

Auf der Basis des von Bernard Guenée eingeführten Konzepts von ‚Geschichtskultur‘ analysiert der Beitrag die kommunistischen Geschichtsbücher mit Blick auf die verschiedenen „wunden Punkte" der bulgarischen Geschichte. Dabei soll vor allem dem gleichsam zur communis opinio gewordenen Gedanken nachgegangen werden, diese Bücher seien in ihrer metanarrativen Struktur dem Internationalismus, nicht dem Nationalismus verpflichtet. Zugrunde liegen zwei vgeleitete Forschungsprojekte : eines bezieht sich auf fünf in den Jahren 1929, 1946, 1954, 1982 und 1993 erfolgte Neubearbeitungen von offiziellen Schulbüchern. Das andere behandelt den Umgang mit Geschichte in den Medien und in den Schulbüchern zwischen 1989 und 1995 und macht deutlich, daß man in Bulgarien mit zwei ganz unterschiedlichen Darstellungen von Geschichte zu rechnen hat: auf der einen Seite steht die kommunistische Wiedergabe von Gemeinplätzen aus der nationalen Geschichte, auf der anderen Seite steht das Geschichtsbild der Opposition. Der Bürgerkrieg um das Gedächtnis der Nation und seine politische Instrumentalisierung wird anhand der Behandlung des Volkstribunals von 1945 dargestellt. Dieses ist nach 1989 zu einer regelrechten Bruchlinie für die Reduzierung nationaler Identität auf ethnische Zugehörigkeit geworden, indem „das Andere" politisch immer wieder als das „ethnisch Fremde" wahrgenommen wird. Je nach politischem Lager wird nicht nur das kommunistische Regime, sondern werden faschistische und kommunistische Zeit gleichermaßen mit dem „türkischen Joch" gleichgesetzt. Wenn man die Geschichtsbücher der kommunistischen Zeit über einen längeren Zeitraum betrachtet, wird deutlich, daß diese durchaus den Kategorien eines nationalen Geschichtsbildes verpflichtet sind, das schon zu Beginn des 20. Jahrhunderts entwickelt wurde. Sie halten an einem Patriotismus fest, der weit entfernt ist von dem, was Habermas einmal als den „Patriotismus der Verfassung" bezeichnet hat.

 

Traductions anglaises : Élizabeth Purdue ;

traductions allemandes : Gérard Bodé.


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