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Les agrégés de l'enseignement secondaire
Répertoire 1809-1950

André Chervel

 

 

Présentation

Les agrégés nommés avant le concours entre 1809 et 1821

Les lauréats des concours académiques (1821-1829)

Les lauréats des concours nationaux (1830-1950)

Voir aussi: Les candidats aux trois concours pour l'agrégation de l'Université de Paris (1766-1791)

 

PRÉSENTATION

Grâce au triple concours d'agrégation (grammaire, belles-lettres, philosophie) qui avait été créé en 1766, l'université de Paris de l'Ancien régime avait recruté jusqu'en 1790 206 agrégés 1. Quelques-uns d'entre eux retrouvent une fonction, parfois éminente, dans les cercles dirigeants de l'Université napoléonienne, et c'est essentiellement à eux 2 qu'on doit le rétablissement d'abord de la catégorie des agrégés (1809), puis du concours de l'agrégation (1821). Constituée en 1809 sur le modèle que lui offrait l'université de Paris du XVIIIe siècle, la catégorie des agrégés mettait à la disposition de l'Université impériale un volant de suppléants destinés à remplacer, provisoirement ou définitivement, les professeurs titulaires ou à assurer la charge de l'enseignement d'une deuxième division lorsque l'affluence des élèves obligeait le proviseur à dédoubler la classe du professeur. Les agrégés étaient des titulaires-remplaçants qui percevaient, à ce seul titre, un « traitement d'agrégé » de 400 F . même lorsqu'ils n'étaient pas chargés d'une classe. A ce traitement s'ajoutait évidemment la rémunération qu'ils recevaient lorsqu'ils suppléaient un professeur ou lorsqu'ils avaient la charge d'une deuxième « division » d'une classe dédoublée. La règle posée dès 1810 voulait également que tous les nouveaux professeurs fussent choisis à l'intérieur de la catégorie des agrégés, ce qui assurait à celle-ci un brillant avenir puisqu'elle était la condition pour le recrutement des professeurs de lycée 3.

 

Les « agrégés d'avant le concours » (1809-1821) 4

La mise en place de l'enseignement secondaire sous Napoléon trouve son point de départ avec la création des lycées en 1802 et la création d'un corps professoral de quelque deux cents fonctionnaires qui font l'objet de la « première nomination des professeurs des lycées ». Reste à réglementer le recrutement ultérieur des professeurs qui remplaceront les premiers ou qui viendront occuper les chaires en cas de dédoublement des classes. Le décret du 17 mars 1808 qui organise l'Université rétablit donc la catégorie des « agrégés » et d ès le 14 décembre 1809, sept agrégés sont nommés pour enseigner en classe de « première année de grammaire » (la cinquième) dans des lycées de province (dont l'un à Bruxelles). Le 19 janvier 1810, le grand Maître, pressé par la nécessité, publie un « Statut concernant les agrégés-professeurs des lycées » qui transforme en agrégés tous les professeurs supplémentaires qui ont été recrutés pour assurer dans les lycées le service d'une classe dédoublée. C'est en particulier le cas des 21 professeurs « supplémentaires » ou « suppléants » (Thiel, Grandhaie, Jossaud, etc.), qui avaient été nommés le 14 décembre 1809 en même temps que les cinq premiers « agrégés ».

Le 12 octobre 1810, Fontanes ordonne à tous les chefs d'institution et de pension d'envoyer au lycée ou au collège de la ville où ils sont établis ceux de leurs élèves qui sont en état de suivre les cours. La date fixée pour l'entrée de ces nouveaux élèves, tous externes, dans les lycées est le 1er janvier 1811 et l'on s'attend à un afflux d'élèves à partir de cette date. Il faudra donc dédoubler les classes en créant des divisions et préparer immédiatement la nomination de nouveaux agrégés dans les établissements à partir de janvier 1811. L a direction de l'enseignement secondaire est donc amenée à nommer tous les ans par arrêté des promotions d'agrégés.

Ces « agrégés d'avant le concours », comme on les appellera plus tard, sont nommés agrégés dans un lycée (« collège royal » à partir de 1815) déterminé : ils ne sont « agrégés » que dans ce lycée. C'est ce qui les distingue des lauréats des concours de l'agrégation qui débuteront en 1821. On mentionnera donc dans les listes qui suivent l'établissement dans lequel ils sont nommés. En 1810, les agrégés enseignent dans les quatre disciplines traditionnelles des collèges classiques, la grammaire, les humanités, la rhétorique et les sciences. Viennent s'y ajouter dans les années suivantes la philosophie, l'histoire, les mathématiques et la physique (par dédoublement des « sciences »). Mais la discipline qu'ils sont chargés d'enseigner semble longtemps moins importante pour l'administration que la mention de l'établissement. L'agrégé (comme le professeur d'ailleurs) est nommé par arrêté dans une classe de l'établissement, la « première année de grammaire » par exemple (nom de la classe de cinquième sous Napoléon) : il sera donc dans ce cas chargé de l'enseignement de la grammaire. Mais le proviseur a souvent besoin d'un professeur suppléant qui puisse assurer d'autres remplacements et l'arrêté de nomination fait parfois état de la polyvalence de l'agrégé qui peut être appelé à remplacer des professeurs aussi bien dans les classes d'humanités (troisième et seconde) que dans les classes de grammaire (cinquième et quatrième). Même le passage des lettres aux sciences n'est pas inconnu. Les notions d'« agrégation de grammaire », « de philosophie », ou « de physique » n'ont donc pas grand sens pendant toute cette période.

A partir de 1812, l'École normale qui a été créée en 1809 et a ouvert ses portes l'année suivante commence à livrer à l'Université ses premiers enseignants. Le nom des agrégés qui ont préalablement été reçus à l'École normale sera ici précédé d'un astérisque. Mais le premier recrutement des élèves de l'École normale qui s'est opéré au cours de l'année 1809 n'a pas été suivi immédiatement de l'ouverture de l'École. L'examen des candidats a été mené par les inspecteurs généraux qui interrogent l'un après l'autre des élèves ou des maîtres d'étude dans tous les établissements de l'Empire et qui au terme de leurs tournées dressent la liste des « reçus » sans se préoccuper d'en limiter le nombre total. Tous ces lauréats reçoivent ensuite du Grand Maître une lettre les informant de leur succès ; mais lorsque l'École ouvre enfin quelques mois plus tard, il apparaît que tous les « reçus » ne pourront pas y être « admis », et que le nombre des lauréats « reçus mais non admis » (comme on les appelle alors) est considérable. On distinguera donc dans les listes qui suivent les élèves reçus et admis, qui ont donc bénéficié des cours donnés à l'École (un astérisque), et les candidats qui ont été « reçus » mais n'ont pas été appelés au moment où l'École a ouvert ses portes et qui tiennent cependant, quand ils établissent leur dossier de retraite, à faire reconnaître par l'administration leur titre de normaliens. Leur nom sera précédé d'un astérisque mis entre parenthèses.

A leur sortie de l'École, les élèves sont immédiatement nommés dans des postes comme suppléants et, s'ils ne sont pas rapidement nommés professeurs, ils ne tardent pas à recevoir le titre d'agrégé. Mais bien d'autres fonctionnaires non titulaires, recrutés par les chefs d'établissement de Paris ou de province, obtiennent également le titre au bout de quelques années d'enseignement. S'ils sont en charge d'une deuxième division là où il a fallu dédoubler une classe, on les appelle « agrégés professeurs », titre qui sera plus tard remplacé par « agrégé divisionnaire ». À l'époque où la sixième n'a pas encore été intégrée au cursus régulier des études qui commence à la cinquième, c'est à un agrégé qu'on confie cette classe (statut du 28 septembre 1814), en attendant que soit instituée la fonction de « professeur de sixième » (arrêté du 12 octobre 1818). Mais l'agrégé peut encore être chargé des classes élémentaires ou même de la suppléance des maîtres d'étude : il est alors « agrégé maître d'étude ».

L'agrégé est en attente d'une titularisation comme professeur, qui peut survenir rapidement. Il disparaît alors immédiatement de la liste des agrégés, et ne fera plus état de ce titre : le professeur ne se donne jamais comme « professeur agrégé ». Au lycée de Toulouse, le maître d'étude Labarthe a été nommé agrégé professeur de « première année de grammaire » le 10 avril 1810 ; et il devient professeur de la même classe par arrêté du 6 octobre de la même année. Mais les traitements parisiens étant nettement supérieurs à ceux de la province, il n'est pas rare que des professeurs provinciaux préfèrent redevenir agrégés à Paris, c'est-à-dire suppléants ou « divisionnaires », même s'il n'y a pour eux aucun espoir de titularisation comme professeurs. On assiste donc à cette situation particulière de certains agrégés qui peuvent redevenir agrégés après avoir été titularisés professeurs en province. C'est le cas, par exemple, de Vincent Largé qui, agrégé au collège royal de Toulouse, y devient professeur (arrêté du 8 octobre 1816), avant de se retrouver « agrégé chargé jusqu'à nouvel ordre de la division de sixième » (arrêté du 30 décembre 1818) au collège royal de Bourbon (plus tard lycée Condorcet) parce qu'il a voulu rentrer à Paris. Comme il n'était pas question dans ce répertoire de suivre une à une les carrières des agrégés, on se contentera de la première nomination comme agrégé, c'est-à-dire de l'entrée dans la catégorie.

Établir la liste exacte des maîtres qui ont été « nommés » agrégés entre 1809 et 1821 pose un certain nombre de problèmes. Quand le recrutement se fera sur concours, à partir de 1821, l'historien dispose de l'abondante documentation des concours d'agrégation 5, souvent complétée par l'établissement de catalogues rétrospectifs de lauréats ; et, à quelques exceptions près, il est toujours en mesure de déterminer exactement les listes de reçus. Pour la période de douze ans qui précède le concours, les sources primaires sont constituées par les arrêtés de nomination pris par la direction de l'Université : mais elles font défaut dans une grande partie des cas. Il faut alors se rabattre sur des sources secondaires, dont certaines sont proches de ces sources primaires, alors que d'autres le sont beaucoup moins. Il s'agit par exemple des états de traitement des agrégés, ou des arrêtés qui mentionnent la qualité d'agrégé pour tel fonctionnaire, ou des dossiers de retraite des personnels, ou de la documentation conservée sur les établissements où ils ont été nommés ; ou encore du témoignage apporté par les Almanachs de l'Université. Dans bien des cas, la source ne donne qu'une partie des informations recherchées. Une des sources les plus fréquentes est celle qui nous apprend qu'un agrégé (dont on ignore la date de nomination comme agrégé) a été nommé professeur. Au collège royal de Poitiers, par exemple, « M. Valentin, agrégé, est nommé professeur de cinquième en remplacement de M. Martineau qui passe au collège de Saintes » 6. On ignore la date de nomination comme agrégé de ce Valentin qui doit évidemment apparaître dans nos listes sans qu'on sache exactement à quelle date.

On distinguera donc pour chaque nom l'indication « nommé agrégé », qui précise que le fonctionnaire a été nommé au cours de l'année où apparaît son nom, et d'autre part la simple mention « agrégé » qui signale seulement que l'année dans laquelle il est classé est la première où il soit mentionné comme agrégé dans un texte officiel qui a pu être consulté. Le nom est suivi, entre parenthèses, du prénom (ou des prénoms) chaque fois qu'il a été retrouvé. La forme même du nom est sujette à de fréquentes variations. On donne ici entre crochets les principales variantes. Il y a dans ces listes quatre couples d'homonymes (Dubois, Guillard, Pichon, Vincent) : ils sont distingués par l'addition d'un chiffre en exposant. Les agrégés sont à peu près toujours nommés dans un lycée (ou dans un collège royal) ; on se contente ici de mentionner le nom de la ville, sauf pour les établissements parisiens, lesquels changent d'ailleurs presque tous d'appellation en 1815. Enfin, deux fonctionnaires sont mentionnés comme agrégés dans des états de 1824 et 1825, alors qu'ils ne sont pas lauréats des concours qui ont été ouverts depuis 1821 : on ne peut que supposer qu'ils ont été « nommés », donc avant 1821, mais à une date indéterminée.

Au total, la liste des agrégés qui ont été « nommés » entre 1809 et 1821 comporte 306 noms.

 

Agrégation académique (1821-1829) et concours national de l'agrégation (1830-1950)

Le Statut concernant les agrégés des collèges du 6 février 1821 fixe les modalités des « concours pour l'agrégation ». Il décide que l'accès à la catégorie des agrégés sera désormais exclusivement obtenu par concours, et que la qualité d'agrégé est, à partir du 1er janvier 1822, indispensable pour une nomination comme professeur dans les collèges royaux. De fait, le Conseil royal cesse dès l'année 1821 de nommer des agrégés, à quelques exceptions près au moment de la rentrée des classes de septembre. Les premiers concours, en lettres, en grammaire et en sciences, s'ouvrent au mois de septembre de la même année. Un concours d'agrégation pour la philosophie est créé en 1825 dans l'académie de Paris, et il sera ouvert à nouveau en 1827. Il deviendra ensuite annuel à partir de 1830.

Les concours pour l'agrégation qui s'ouvrent en 1821 inaugurent une série de concours annuels qui n'a été interrompue, depuis cette date, qu'en 1852 et en 1870. A partir de 1822 et jusqu'au décret de 1972 7 qui ouvre un système de promotion interne, soit pendant un siècle et demi, aucune nomination d'agrégé n'a eu lieu en dehors de ce cadre. De 1821 à 1829, ces concours sont organisés sous la responsabilité des recteurs dans les académies qui en ont fait la demande et qui ont obtenu l'accord du Conseil royal. Il peut donc y avoir la même année plusieurs concours, et donc plusieurs jurys, nommés par les recteurs, pour chacun des concours d'agrégation. Les concours d'agrégation sont des concours « internes », réservés aux personnels en fonction dans l'instruction publique : Auguste Comte, qui tente en 1828 de présenter sa candidature, se voit refouler malgré une démarche auprès du ministre. Les concours académiques qui ont lieu pendant neuf ans constituent donc la transition entre l'agrégation par nomination et le recrutement par concours national ; transition également entre une agrégation qui nommait le fonctionnaire dans un lycée et un concours qui ouvre au lauréat la totalité des établissements français d'instruction secondaire publique. Car les lauréats des concours académiques sont mis à la disposition du recteur de l'académie ; et leur titre n'est en principe valable qu'à l'intérieur du ressort académique.

En 1830 l 'agrégation devient un concours national organisé par la direction de l'enseignement secondaire et dont toutes les épreuves, écrites et orales, se déroulent dans la capitale. Plus tard les épreuves écrites seront décentralisées ; et ce sera également le cas pour les épreuves orales pendant la Seconde Guerre mondiale. Les listes des lauréats seront données ci-dessous dans l'ordre chronologique, et présentées, pour chacune des années où se sont déroulés les concours, dans l'ordre suivant 8 :

- agrégations dites « de l'enseignement secondaire classique » : philosophie, lettres, grammaire, histoire et géographie, histoire, géographie, sciences, mathématiques, physique, sciences naturelles ;

- agrégations des langues vivantes (à partir de 1849) : allemand, anglais, arabe, espagnol, italien, russe ;

- agrégations de l'enseignement secondaire spécial (de 1866 à 1893) : littérature et économie, mathématiques, sciences physiques et naturelles ;

- agrégations de l'enseignement secondaire des jeunes filles (à partir de 1883) : lettres, grammaire, histoire, sciences, mathématiques, physique.

 

Les listes de lauréats

Au terme des opérations de chaque concours, le président du jury adresse au ministre, après les avoir classés dans l'ordre du mérite, la liste des candidats qu'il estime dignes du titre, et le ministre prend alors un arrêté qui institue les nouveaux agrégés. La documentation conservée sur les concours d'agrégation et sur l'établissement des listes de lauréats est lacunaire, et il n'est pas fréquent qu'on dispose à la fois de la liste établie par le jury et de celle qu'a promulguée l'arrêté ministériel. Les arrêtés ministériels eux-mêmes ne sont en général accessibles qu'à travers leur publication dans un bulletin officiel. Deux exceptions notables : les cartons F/17/7109/57 et F/17/13962 des Archives nationales contiennent la plupart des arrêtés portant les listes de lauréats pour les concours qui ont eu lieu respectivement de 1881 à 1886 (arrêtés manuscrits), et de 1927 à 1944 (sous forme dactylographiée). Lorsque les deux listes (celle du jury et celle du ministère) sont disponibles, on constate parfois des écarts de l'une à l'autre. Ainsi, lors des premiers concours d'agrégation par exemple, le Conseil royal de l'Instruction publique, sans remettre en cause le classement des candidats opéré par les jurys, décide après coup du nombre de ceux qui seront portés sur la liste qu'il honorera du titre d'agrégés. En 1822, par exemple, il réduit considérablement la liste qui lui est soumise par le jury de grammaire. Les protestations du jury contre ce qu'il estime être une mise en cause de ses compétences inciteront le Conseil royal à fixer à l'avance le nombre des postes mis au concours. Il n'y aura plus désormais, semble-t-il, de dissensions affichées entre le jury et le ministère sur la longueur de la liste des reçus. Il arrive au contraire fréquemment que le jury remercie le ministère d'avoir accepté la nomination d'agrégés en sus du nombre des postes initialement fixé.

Mais il semble que le ministère ait parfois introduit quelques modifications à l'intérieur de la liste qui lui est soumise par le jury. Au concours de philosophie de 1843, le jury classe Ferrari et Vapereau troisièmes ex aequo, sur quatre reçus 9; mais le ministre maintient Vapereau au troisième rang et place Ferrari en quatrième position, peut-être parce qu'il lui tient rigueur des incidents qu'il a suscités quelques années plus tôt lorsqu'il enseignait à la faculté des lettres de Strasbourg. A moins que, autre hypothèse fortement appuyée par les listes elles-mêmes, le ministère ait longtemps répugné à la pratique des ex aequo, estimant qu'elle constitue une solution de facilité pour les jurys. Et de fait, à part l'agrégation de philosophie qui en fait un usage modéré, en général pour éviter d'avoir à départager les deux meilleurs candidats, elle est à peu près inconnue des autres concours avant 1874. Il n'est donc pas interdit de penser que les ex aequo des listes transmises par les présidents de jurys ont pu être annulés par les arrêtés ministériels, qui, dans ce cas, classeraient le second ex aequo à un rang derrière le premier.

Plus grave, la transformation opérée dans les bureaux du ministère sur la liste des lauréats de l'agrégation des lettres de 1885. Pour la première fois depuis vingt-trois ans, le premier de la liste publiée par l'arrêté officiel n'est pas un normalien. Il s'agit d'Henri Ouvré, le fils du recteur de Bordeaux. Son nom est immédiatement suivi des noms de six élèves de l'École normale. Mais le registre de l'École consacré aux résultats des concours contient une indication dont on ne trouve nulle trace ailleurs : « Sur le cas de M. Ouvré, le jury s'est déclaré stupéfait ! M. Ouvré était le 5e admissible » 10 (c'est-à-dire « admis par le jury »). Il y a eu apparemment dans les bureaux du ministère manipulation de la liste établie par le jury. Il n'est pas interdit de penser que l'administration a pu en d'autres circonstances intervenir sur l'ordre de classement des lauréats.

Dans les concours du XXe siècle, les jurys sont parfois invités à examiner et à classer des candidats qui ne se destinent pas à la fonction publique française, ou plutôt métropolitaine. L'agrégation d'arabe, créée en 1907, se double en 1929 d'une agrégation « indigène », réservée à la Tunisie et au Maroc, et dont les opérations sont menées par le même jury. Ainsi, le nom de Mohamed Mzali, lauréat du concours en 1935, est rayé dans l'arrêté ministériel dactylographié. De même, un certain nombre de candidats vietnamiens sont reçus aux concours d'agrégation « à titre colonial » et, bien qu'ils soient classés à leur rang avec leurs concurrents dans la liste des lauréats, leur nom n'apparaît pas, ou est rayé dans l'arrêté officiel. C'est le cas de Pham Duy Khiem, classé « 13e bis » au concours de grammaire de 1935, de Hoang classé à titre colonial « 10e bis » au concours de mathématiques de 1936, de Daniel Pham Tinh-Quat au concours de mathématiques de 1937 et de Nguy-Nhu au concours de physique de 1938. Au concours de philosophie de 1943, Tran Duc (Thao) est classé premier (ex aequo) « hors rang ». Il arrive que certains lauréats non français soient également portés sur les listes, soit à leur rang, soit en surnombre, « à titre étranger ».

Dans le cas d'une candidate à l'agrégation de grammaire de 1938, l 'appartenance à l'enseignement confessionnel, constatée sans doute trop tard pour interdire la candidature, oblige le ministère à une intervention inhabituelle. Françoise Delmond est classée 26e sur 42 par le jury, mais un billet manuscrit agrafé sur le document porte : « Inscrire à l'encre rouge le nom de Mlle Delmond parmi les admissibles et les admis définitifs de l'agrégation de grammaire, et indiquer dans la colonne Observations que l'intéressée n'a pas été instituée agrégée par arrêté du 15 octobre 1938 ». Et de fait, dans l'arrêté ministériel conservé sous forme dactylographiée 11, son nom est rayé à l'encre rouge, avec une mention manuscrite portée au crayon : « professeur à l'institution Sainte-Marie (Mme Daniélou) ».

L'agrégation est définie dès le départ comme un concours et les jurys ont pour mission de classer les lauréats du premier (quelquefois placé « hors ligne », quand il suscite un enthousiasme particulier dans le jury) au dernier. Le ministère leur demande même, à certaines époques, de classer également les candidats ajournés, pour être en mesure de choisir parmi eux les professeurs des collèges communaux ; c'est-à-dire qu'il y a alors concours, non seulement au-dessus, mais aussi au-dessous du seuil d'admission. Les listes de lauréats sont présentées ici, comme elles l'ont été à l'époque, dans l'ordre du mérite. La réforme Fortoul de 1852 transforme provisoirement l'agrégation en examen, ce qui autorise les jurys à choisir librement le nombre des lauréats. Mais les résultats continuent à être donnés dans l'ordre du mérite.

Pour la plupart des concours de l'année 1914, la moitié des listes officielles de lauréats sont cependant publiées dans l'ordre alphabétique. La déclaration de guerre du 2 août interrompt le déroulement des épreuves alors que quatre concours seulement sont déjà achevés à cette date (sciences naturelles, arabe, espagnol, italien). Si le déroulement des concours féminins se poursuit jusqu'à son terme normal, un arrêté du 26 décembre 1914 décide que sont reçus à l'agrégation tous les admissibles des huit concours qui ont été interrompus par la guerre, et il donne les résultats dans l'ordre alphabétique. Dans un autre cas, et bien que le jury ait, cette année-là, normalement classé les candidats dans l'ordre du mérite, il a fallu se contenter ici de l'ordre alphabétique. Il s'agit du concours d'agrégation de grammaire de 1827 de l'académie d'Amiens et dont les résultats n'ont été ni publiés ni retrouvés aux Archives nationales. Par un document datant de 1835, on connaît les noms des trois candidats qui ont été reçus, mais on ne sait pas dans quel ordre ils l'ont été.

A plusieurs reprises au cours de l'histoire du concours, les jurys sont amenés à dresser non pas une, mais deux, voire trois, quatre et même cinq listes de lauréats pour le même concours, chacune étant établie dans l'ordre du mérite. Cette pratique commence à se répandre à la fin du XIXe siècle dans les concours d'anglais et d'allemand auxquels les jeunes filles sont admises depuis 1883. Les quelques candidates qui réussissent à franchir la barre au cours des premières années sont classées avec leurs concurrents masculins. Mais, à partir de 1891, le jury d'anglais, imité un peu plus tard par celui d'allemand, préfère donner deux listes distinctes. On les présentera ici de la même façon, les deux listes étant séparées par une barre oblique (slash). D'autres jurys seront également amenés ultérieurement à distinguer les listes de lauréats et de lauréates. Mais une imprécision subsiste parfois dans les textes officiels. Tantôt les jeunes gens et les jeunes filles candidats au même concours font l'objet d'un classement unique, tantôt ils sont classés dans deux listes différentes, nettement distinguées par la typographie du document ministériel. Il y a probablement un troisième cas de figure où plus rien n'indique qu'on ait affaire à deux classements différents, et où cependant la ou les jeunes filles sont classées après (ou avant) tous les jeunes gens, sans que les noms des uns et des autres soient précédés du numéro de leur rang, ce qui interdit toute certitude sur l'exactitude du classement.

Les périodes de guerre ou d'après-guerre suscitent de nouvelles catégories de candidats, qui bénéficient de traitements particuliers, et que les jurys doivent parfois classer dans des listes distinctes : mutilés et réformés, Alsaciens-Lorrains (après la victoire de 1918), victimes de la guerre, candidats sous les drapeaux, anciens prisonniers, anciens admissibles ont droit à des classements spéciaux, lesquels se dédoublent parfois eux-mêmes en sous-classements, dans une organisation générale du concours complexe et variable suivant les ordres d'agrégation et suivant les années. C'est particulièrement le cas à partir de 1919, lorsque les concours masculins sont ouverts à nouveau après quatre ans d'interruption. Les différentes catégories de candidats se croisent dans une architecture du concours qui ne cesse d'évoluer jusqu'en 1929. Telle année, par exemple, on distingue les anciens admissibles à la fois dans le classement normal, et dans le classement spécial. Ou encore, le classement par sexe est pratiqué à la fois dans le classement normal et dans celui des Alsaciens-Lorrains. Mais dans bien des cas, apparemment, les lauréats qui sont listés dans les différents classements ont passé les mêmes épreuves et, dans un premier temps, ont été classés dans une liste unique avant d'être reversés dans leur série. Par exemple, au concours de sciences naturelles de 1922, les lauréats du classement normal et ceux du concours spécial ont d'abord reçu, tous ensemble, un « ordre de mérite » qui est le suivant : 1. Prévost, 2. Roy, 3. Caridroit, 4. Guillaume, 5. Cumia, avant d'être répartis en classement normal (Prévost, Roy, Cumia) et classement spécial (Caridroit, Guillaume).

De 1939 à 1943, une série d'arrêtés oblige les jurys à pratiquer des classements spéciaux en faveur des candidats rappelés ou maintenus sous les drapeaux (arrêté du 30 mai 1939), des candidats qui ont été mobilisés (arrêté du 30 juin 1941), des prisonniers de guerre libérés (arrêté du 1er février 1942), des prisonniers dont la captivité a duré au moins six mois ou des candidats qui sont restés sous les drapeaux pendant plus de deux ans (arrêté du 12 avril 1943). Sous la Quatrième République , la politique de diffusion de la culture française au sein de l'« Union française » amène le ministère à allonger les listes d'agrégés de quelques lauréats supplémentaires destinés aux anciennes colonies. Comme les lauréats dont les noms figurent dans ces classements spéciaux ont, en général, subi les mêmes épreuves que ceux du classement normal, il arrive que leur nom figure à l'intérieur du classement normal au rang qui est le leur dans l'ordre du mérite, avec une mention du type « hors rang », ou « classement spécial », etc. A deux reprises, en 1919 et en 1945, les exigences particulières de l'après-guerre et le grand nombre des candidats relevant de certaines des catégories spéciales signalées ci-dessus obligent le ministère à doubler le concours normal de l'année d'un concours « spécial » qui a lieu à une autre date.

Cas de figure qui se produit à plusieurs reprises : le jury n'a retenu aucun candidat, et le ministère n'a donc aucune liste à publier. On portera ici dans ce cas la mention "(néant)", qui signifie qu'il y a bien eu concours, et que l'issue a été négative pour tous les candidats. En revanche, si un concours d'agrégation n'a pas eu lieu, il n'apparaît pas dans le présent répertoire. C'est ce qui se produit pour les concours masculins des années de guerre (1915-1918, 1940). C'est également ce qui se produit assez fréquemment pour l'agrégation d'arabe, dont le concours n'est pas ouvert tous les ans, ce qui est en contravention avec le règlement général des concours d'agrégation.

 

Les sources

Dans leur majorité, les listes de lauréats des concours présentées ci-dessous ont pu être collationnées sur plusieurs sources. Parmi les nombreuses sources qui ont été consultées, voici celles qui donnent sur notre sujet les informations les plus régulières, les plus riches, les plus solides ou les moins lacunaires :

1821-1851 Archives nationales (AJ/61/192)
1821-1897 Archives nationales (F/17/7040 à 7116)
1827-1829 Le Lycée, journal général de l'instruction
1831-1849 Bulletin universitaire
1842-1903 Archives nationales (AJ/16/43 à 49)
1850-1923 Bulletin administratif du Ministère de l'Instruction publique
1881-1886 Archives nationales (F/17/7109/57)
1892-1950 Revue universitaire
1920-1948 Les Agrégées
1920-1950 L'Agrégation
1922-1943 L'Information universitaire
1923-1943 Archives nationales (AJ/61/192)
1927-1946 Archives nationales (F/17/13962-13963)
1942-1943 Archives nationales (F/17/13972)
1944-1950 Archives contemporaines (F/17bis/32784-32785)
1946-1947 L'Éducation nationale

Toutes les sources donnent, en règle très générale, les mêmes listes de lauréats. Dans un petit nombre de cas, nos sources imprimées présentent des divergences qui s'expliquent par des négligences ou des oublis dans la rédaction, dans l'impression ou dans la mise en page. Par exemple, la Revue universitaire donne en 1905 une liste tronquée des lauréats du concours de mathématiques : seuls apparaissent les huit premiers, les six derniers ayant été oubliés 12. On s'est chaque fois attaché à donner les listes complètes et à rectifier les erreurs. Mais la fixation exacte du patronyme et des prénoms pose de nombreux problèmes.

 

L'identité des lauréats : les patronymes

Pour les dix premières années du concours, la plupart des listes de lauréats ne nous sont connues que par les rapports de jurys conservés aux Archives nationales. Il est même plusieurs concours de cette période pour lesquels on ne dispose que de la liste des candidats, mais pas de celle des lauréats. Il a été cependant possible de les rétablir toutes grâce aux listes globales d'agrégés qui ont été publiées par les soins du ministère au cours des années suivantes. Ainsi, le Manuel des aspirants au professorat, ou Recueil de tous les documents officiels relatifs aux examens et aux concours pour l'enseignement secondaire, École normale ; baccalauréat, licence, doctorat, agrégation (Paris, Dupont, 1835) donne la liste des agrégés reçus de 1821 à 1834 ; et l' Almanach de l'Université royale de 1843 donne la « Liste générale des agrégés depuis l'établissement du concours avec leur date de nomination. » À partir de 1831, les résultats des épreuves sont publiés d'une façon à peu près régulière par des périodiques officiels ou officieux, mais le recours aux cartons des archives reste encore indispensable pendant de nombreuses années pour quelques concours. Certains périodiques pédagogiques et, plus tard, à partir de la fin du XIXe siècle, les bulletins des associations de spécialistes ( Bulletin de l'Association des professeurs de mathématiques , Revue de l'enseignement des langues vivantes , Revue des études italiennes , L'Enseignement secondaire des jeunes filles , etc.), puis les organes des deux sociétés des agrégés donnent généralement ces listes.

Toutes les sources disponibles repérées aux Archives nationales ont évidemment été exploitées. Dans une grosse majorité des cas, les listes de lauréats proviennent de plusieurs sources manuscrites et imprimées ; et faute de toujours disposer des arrêtés officiels, force est, bien souvent, de sélectionner parmi les sources celle qui est présumée donner les informations les plus sûres. Aussi bien, la source officielle, à supposer même qu'elle ne comporte pas d'erreur sur le nom et les prénoms qu'a déclarés le lauréat au moment de son inscription au concours, ne renseigne souvent qu'insuffisamment sur son identité. Car nombreux sont les lauréats, en particulier ceux qui sont restés célèbres à des titres divers, qu'on ne peut livrer au lecteur sous le patronyme dont ils font état au moment où ils passent le concours, comme on le verra ci-dessous pour Jules Suisse, Louis Farigoule, Claude Lévi, Louis Poirier ou Louis Laffitte, et bien d'autres.

Pour chaque concours, si les différentes sources donnent presque toujours des listes identiques, elles divergent en revanche très fréquemment sur les prénoms et même sur les noms, au point que dans certains cas extrêmes il serait difficile d'identifier un lauréat si son nom n'était pas localisé au même rang dans les listes fournies par les deux sources. L' Almanach de l'Université de 1843 donne, dans sa liste rétrospective des agrégés, un certain « Audibert » comme premier des deux reçus à l'agrégation de grammaire de Poitiers de 1828 : il s'agit, en réalité d' « Audinet ». A l'agrégation d'allemand de 1924, le nom du candidat reçu troisième au classement spécial se présente sous la forme « Ricci » dans la liste publiée par la Revue Universitaire , et sous la forme « Rieu » dans la Revue de l'enseignement des langues vivantes . Ces deux exemples, choisis à un siècle de distance, sont loin d'être des exceptions. En 1925, trois des sept lauréates de l'agrégation féminine d'histoire apparaissent ici ( Bulletin de la Société des professeurs d'histoire et géographie ) sous la forme Foreville (3e), Porché (3e ex aequo) et Samorin (7e), et là ( Revue Universitaire ) sous la forme Toreville, Pouge et Sabourin. On prend ici la mesure des divergences que les différents périodiques spécialisés peuvent introduire en recopiant des listes de noms.

Ces divergences orthographiques concernent des centaines de patronymes de nos listes. Comme la source officielle est la plupart du temps introuvable (aussi bien, même les arrêtés officiels multiplient les fautes sur les noms et les prénoms), la critique des sources devrait, en bonne méthode philologique, obliger l'historien à entrer dans la voie d'une « édition critique ». On y a évidemment renoncé et, dans tous les cas de figure, même les plus douteux, on a choisi comme forme unique celle qui paraissait la plus sûre ou la plus vraisemblable, les critères retenus portant sur la fiabilité des sources. Ainsi, pour les anciens élèves des écoles normales supérieures, on a régulièrement privilégié les témoignages émanant de l'école (par exemple les différentes listes rétrospectives de noms des élèves) par rapport à celles du concours d'agrégation. Ou encore, on a systématiquement déclassé au dernier rang de nos sources certains périodiques visiblement peu scrupuleux sur l'intégrité des noms qu'ils ont à présenter, comme celui qui donne Corenier au lieu de Grenier, ou celui qui remplace Schveitzer par Sitweitzer.

L'indifférence des époques anciennes à l'intégrité orthographique des noms propres est connue. L'enregistrement des patronymes par les fonctionnaires de l'état civil a été longtemps aléatoire. Il explique un bon nombre des divergences qui ont été rencontrées dans cette recherche, par exemple le fait que l'écrivain Jules Vallès ne porte pas exactement le même nom que son père Jean-Louis Vallez, agrégé de grammaire de 1847. Mais elle n'est pas la seule cause des difficultés qu'on éprouve à établir un répertoire exact de ces 15.727 noms propres puisque de nombreuses incertitudes continuent à régner jusqu'après la Seconde Guerre mondiale. Notons que, de ce point de vue, les documents manuscrits originaux conservés aux Archives (procès-verbaux, rapports, registres de l'École normale, listes de candidats, d'admissibles ou d'admis) ne sont guère plus dignes de confiance que l'imprimé, le même nom de personne étant couramment écrit de plusieurs façons différentes dans le même texte, voire la même phrase.

À ces problèmes de transmission graphique, ou de transcription, s'ajoutent des usages anciens ou plus récents concernant les noms et les prénoms, ou des cas de figure particuliers. Un lauréat de 1831 écrit son nom tantôt Delaunay, tantôt Dlonet. Un des trois lauréats de philosophie de 1832, Lafaist, réorthographie ultérieurement son patronyme en Lafaye, nom sous lequel il publiera un célèbre dictionnaire de synonymes. Jules Simon, qui sera président du conseil, est reçu à l'agrégation en 1836 sous le nom de Jules Suisse, dit Simon-Suisse. Le candidat reçu premier au concours d'agrégation de philosophie en 1843 s'appelle Kastus, ancien élève de l'École normale ; mais il obtient en 1850, par décision notariale, de porter enfin le nom de son père au lieu de celui de son beau-frère (!), et il sera connu ultérieurement sous le nom de Waddington-Kastus 13, ou de Waddington, qui n'apparaît jamais dans la documentation du concours. Le philosophe Frédéric Rauh est appelé Rauch dans tous les documents d'archive, y compris dans la liste de lauréats, concernant l'agrégation qu'il passe en 1885. Et l'on pourrait multiplier les exemples, jusqu'en plein XXe siècle : Claude Lévi reçu au concours de philosophie de 1931 est évidemment Claude Lévi-Strauss. Plusieurs lauréats mentionnés dans ces listes se sont fait connaître ultérieurement sous un autre nom ou avec un autre prénom. Leur nom de plume figurera entre parenthèses avec le signe "égale". Il n'était pas inutile en effet de signaler qu'Émile Chartier (agrégé de philosophie en 1892), Louis Farigoule (philosophie, 1909), Henri Petiot (histoire et géographie, 1922), Léonie Gauclère (philosophie, 1931), Louis Poirier (histoire et géographie, 1934) et Louis Laffitte (anglais, 1943) sont plus connus sous les noms d'Alain, de Jules Romains, de Daniel-Rops, de Yassu Gauclère, de Julien Gracq et de Jean-Louis Curtis.

 

L'identité des lauréats : les prénoms

Les prénoms posent un problème d'une tout autre dimension. Une partie importante des listes publiées ne donnent que les noms des lauréats, sans mentionner le moindre prénom ; telle est longtemps en effet la pratique des arrêtés ministériels. Une autre partie de ces listes donnent pour chaque lauréat tous les prénoms de son état civil (parfois jusqu'à six prénoms), sans jamais signaler le prénom d'usage. Enfin, même les listes qui donnent un seul prénom pour chaque lauréat ne sélectionnent pas toujours celui qui sera le prénom d'usage. Le croisement de ces différentes listes de lauréats avec d'autres séries a permis de combler un grand nombre de lacunes et de corriger une bonne partie des erreurs de la première édition. Mais malgré nos recherches, des centaines de nos lauréats sont encore dépourvus de prénoms. Depuis la première édition du présent répertoire ( Les Lauréats des concours d'agrégation de l'enseignement secondaire (1821-1950) , Paris, INRP, 1993, 151 p.), les additions et les modifications qui ont été apportées pour les prénoms, les corrections introduites pour des dizaines de patronymes, et l'amélioration des indications complémentaires qui avaient été jugées utiles (anciens élèves des grandes écoles, nom de femme mariée, cf. ci-dessous) concernent plus de la moitié du total des lauréats. Ont été essentiellement utilisés pour ces différents collationnements des répertoires d'élèves des écoles normales supérieures, de fonctionnaires de l'enseignement secondaire ou de membres de l'enseignement supérieur. Des dizaines d'autres sources ont également été mises à contribution, et ont permis de repérer les prénoms usuels, et/ou de corriger une partie des erreurs initiales. Pour ne citer que les principales, mentionnons :

- Archives des lycées : proviseurs et censeurs, 1802-1893 (par Ch. Fierville, Paris, Firmin-Didot, 1894) ;
- [Université de Nancy] Cinquantenaire des facultés des sciences et des lettres, 1854-1904 (Nancy, 1905) ;
- Le Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire de Ferdinand Buisson , Répertoire biographique des auteurs , établi par Patrick Dubois, avec la collaboration d'Annie Bruter, Paris, INRP, Service d'histoire de l'éducation, 2002, 202 p. ;
- Les Professeurs du Collège de France, 1901-1939. Dictionnaire biographique , établi par Christophe Charle et Éva Telkès (Paris, INRP et CNRS, 1988) ;
- Le Cinquantenaire de l'école de Sèvres, 1881-1931 , Paris, 1931 ;
- Association amicale de secours des anciens élèves de l'Ecole normale supérieure. Supplément historique 2005 , novembre 2005, 737 p. ;
- Annuaire du Centenaire de l'École normale supérieure de jeunes filles (Collection de l'École normale supérieure de jeunes filles, n° 20, 1985) ;
- Annuaire des Écoles normales supérieures Fontenay - Saint-Cloud - Lyon, 1989 (publication de l'Amicale des élèves et anciens élèves des Écoles normales supérieures de Fontenay - Saint-Cloud - Lyon) ;
- Écoles normales supérieures Fontenay - Lyon - Saint-Cloud - Fontenay/Saint-Cloud. Annuaire 1993 de l'Association amicale des élèves et anciens élèves des Écoles normales supérieures Fontenay - Lyon - Saint-Cloud et Fontenay/Saint-Cloud  ;
- Condette (Jean-François), Les Recteurs d'académie en France de 1808 à 1940, tome II, Dictionnaire biographique, Service d'histoire de l'éducation, INRP, 2006, 411 p. ;
- différentes éditions de l' Annuaire de l'éducation nationale après 1945 ;
- Espagne (Michel), Lagier (Françoise) et Werner (Michael), Philologiques II. Le maître de langues. Les premiers enseignants d'allemand en France (1830-1850) , éd. de la MSH , 1991.

Une partie des corrections de prénoms qui ont pu être introduites depuis la première édition concerne ce qu'on pourrait appeler une fluctuation de la désinence, qui semble avoir été longtemps en usage, et qui n'a sans doute pas disparu aujourd'hui. La même personne peut être appelée Alberte ou Albertine, Anne ou Anna, Antoine ou Antonin, Augusta ou Augustine, Auguste ou Augustin, etc. Cette variation touche un très grand nombre de prénoms.

Mais l'une des causes d'erreurs commises sur les prénoms dans l'édition (papier) de 1993 nous était imputable : c'est celle qui avait consisté, dans le cas des listes donnant tous les prénoms de l'état civil, à choisir le premier prénom de la série comme ce serait le cas dans les usages contemporains. L'exemple de deux candidats reçus agrégés respectivement en 1851 et en 1881 suffit pour condamner ce type de solution. Il s'agit d'About (François, Edmond, Valentin) et de Jaurès (Auguste, Marie, Joseph, Jean). S'il avait été aisé de rétablir le prénom d'usage d'Edmond About et de Jean Jaurès, pour un grand nombre de lauréats qui n'ont pas bénéficié de la même notoriété, notre choix initial avait abouti à des erreurs. Toutes les sources ont été à nouveau consultées pour cette ultime édition. Chaque fois qu'il s'est avéré impossible de choisir avec une bonne probabilité le prénom usuel, c'est la série entière des prénoms donnée par l'arrêté officiel qui a été reproduite, lorsqu'elle ne dépassait pas quatre prénoms. En revanche, la célébrité des individus a parfois permis de s'affranchir de ces sources. Francisque Sarcey, par exemple, n'est connu du jury d'agrégation que sous le prénom de François : on lui a accordé ici le prénom sous lequel il a bâti sa réputation.

 

Quelques indications complémentaires

Les listes retrouvées aux Archives nationales ou publiées dans des périodiques administratifs ou pédagogiques donnent souvent sur les lauréats des informations dont certaines ont paru constituer un utile complément à ce catalogue. Une vingtaine de nos lauréats sont des prêtres, et l'appartenance au clergé a été mentionnée quand elle est signalée dans les sources. On n'a pas retenu en revanche la qualité de pasteur (protestant) parce que l'information ne semble pas avoir été donnée systématiquement dans les sources. Le lauréat peut être un élève sortant de l'École normale (baptisée « École préparatoire » de 1826 à 1830, et qui est officiellement appelée « supérieure » en 1845), ou un ancien élève de la même école. Pour les concours de l'enseignement secondaire spécial, et pour ceux de l'enseignement secondaire des jeunes filles, les lauréats peuvent également être issus des écoles normales supérieures correspondantes, celles de Cluny et de Sèvres. Dès la fin du XIXe siècle apparaissent des lauréats issus des écoles normales supérieures de Saint-Cloud et de Fontenay, les premiers de ces deux séries étant Causard et Fleureau (agrégation de physique de l'enseignement spécial en 1887) et Mathilde Martignon (agrégation féminine des lettres en 1897).

Cas de figure qui n'est pas rare au XIXe siècle, mais qu'on ne retrouve plus qu'exceptionnellement au XXe, certains lauréats peuvent être déjà titulaires d'un autre concours d'agrégation 14. Ainsi, plusieurs dizaines de candidats passent d'abord l'agrégation de grammaire, d'accès plus aisé, avant d'affronter l'agrégation des lettres. Il y a même le cas particulier d'un lauréat, Bertrand, qui est reçu premier à la première agrégation de mathématiques de l'enseignement secondaire (1841) alors qu'il est déjà, depuis 1840, « agrégé de mathématiques près les facultés des sciences » : il s'agit ici d'un concours totalement différent organisé par Victor Cousin à l'intention de l'enseignement supérieur, et qui n'aura connu que trois sessions, en 1840, 1844 et 1848. Chaque fois que nos sources fournissent ce type d'information, elle a été reproduite ici sous la forme suivante :

- un astérisque = élève sortant de l'école normale supérieure correspondant à l'ordre du concours, Ulm, Cluny, Sèvres (les « auditeurs », admis à suivre les cours de l'Ecole sans avoir passé le concours, ne sont pas considérés comme élèves).

- un astérisque entre parenthèses = candidat reçu mais non admis à l'École normale en 1809 et au cours des années suivantes.

- un double astérisque = ancien élève de l'École normale supérieure. On s'est contenté d'un simple astérisque pour tous les « normaliens » de la période qui précède le concours (1809-1821) ;

- un astérisque suivi d'un petit cercle pour les élèves et anciens élèves de Saint-Cloud et de Fontenay ;

- le signe "plus" = lauréat déjà titulaire d'un autre concours d'agrégation.

Un lauréat, Édouard Malvoisin, mérite un double signe "plus", pour avoir réussi à trois concours d'agrégation, grammaire, lettres et anglais. Mais les sources ne fournissent pas toujours ces indications, ou les donnent d'une façon imprécise. Ainsi, il est n'est pas impossible que certains des « biagrégés » n'aient pas été repérés. Il semble bien, également, que la mention « élève de l'école normale » donnée par le texte officiel désigne parfois en réalité un ancien élève de cette école ; et, inversement, les lauréats sortant de l'École normale sont parfois qualifiés d' « anciens élèves », puisqu'après le concours d'agrégation ils ont désormais quitté l'école. Si la qualité d'élève ou d'ancien élève d'une école normale supérieure a paru digne d'être mentionnée, c'est en vertu de la vocation affichée de ces écoles à assurer la préparation de leurs élèves aux concours. N'ont pas été retenues d'autres indications du même ordre, comme la qualité d'ancien élève de l'École polytechnique (qui n'est pas rare pour les « agrégés d'avant le concours » et pour les lauréats de l'agrégation de mathématiques au XIXe siècle), ou du Muséum d'histoire naturelle, ou, à partir de 1880, la qualité de boursier d'agrégation, qui figure longtemps dans les listes à côté des noms des lauréats.

Si la date de 1950 a été retenue pour terme de ce catalogue, ce n'est pas seulement parce que la première moitié du XXe siècle se termine cette année-là. C'est également parce que, sans changer de nature, le concours d'agrégation a connu depuis lors des transformations importantes. D'une part les concours masculins et féminins finissent, en plusieurs étapes, par fusionner et par aboutir à des listes communes où lauréats et lauréates sont désormais mêlés. En second lieu, le nombre des concours de spécialités double en trente ans : lettres modernes en 1960, techniques économiques de gestion en 1962, etc. À partir de 1989, tous les ordres d'agrégation se dédoublent en concours externes et concours internes, dont les jurys et les règlements sont différents. Entre temps, le concours de l'agrégation a cessé en 1972, on l'a vu, d'être la seule voie d'accès au corps des agrégés. Aussi bien, vers le milieu du siècle, l'apparition de deux certificats d'aptitude à l'enseignement secondaire, le CAEC d'abord (1941), puis le CAPES (1952), est venue retirer à l'agrégation son monopole traditionnel pour le recrutement des personnels enseignants du second degré.

Mais le plus important est ailleurs. L'accroissement considérable du nombre des lauréats pendant la même période constituait une raison supplémentaire d'arrêter notre catalogue à la date de 1950. On trouvera à la fin de ces listes le chiffrage des promotions annuelles, et quelques totalisations. Pendant la période 1821-1950 ont eu lieu 1463 concours d'agrégation, parmi lesquels 19 dont le résultat est négatif pour tous les candidats. Le nombre total des lauréats de ces concours s'élève à 15727 (12279 hommes, 3448 femmes), qu'il faut réduire à 15659 individus puisque l'un d'entre eux réussit à trois concours différents, et que soixante-six autres sont des « bi-agrégés ». La moyenne annuelle des nominations d'agrégés est donc de 120 par an au cours de ces 130 années. Entre 1951 et 1990, le total des lauréats est de l'ordre de 50000, non compris les agrégés par promotion interne, ce qui donne, pour ces quarante ans, une moyenne annuelle de 1250. On change décidément d'échelle dans la deuxième moitié du XXe siècle.

Toutes les observations ou les demandes d'information peuvent être adressées à andre.chervel@wanadoo.fr ou à André Chervel, Service d'histoire de l'éducation, INRP, ENS, 45, rue d'Ulm, 75230 Paris CEDEX 05

 

Remerciements

De nombreux utilisateurs de l'ouvrage ou du site n'ont pas manqué, depuis 1993, de nous communiquer, oralement ou par écrit, leurs doutes, leurs critiques et leurs suggestions, généralement appuyées sur des preuves. C'est par exemple une fille, un petit-fils ou un descendant plus éloigné qui rectifie la forme d'un nom ou qui nous apprend le prénom d'usage de tel agrégé de nos listes. Ce sont des historiens qui nous éclairent sur les personnages qu'ils ont rencontrés dans leurs recherches. Que tous soient ici remerciés, en particulier M. Yves Gaulupeau, directeur du Musée national de l'éducation ; M. Jean-Pierre Mouchon, professeur honoraire au lycée Montgrand à Marseille et historien de l'enseignement de l'anglais, qui nous a à maintes reprises communiqué d'abondantes informations ; Mme Chantal Rizet Clergue, historienne de l'enseignement spécial et de l'école normale d'enseignement spécial de Cluny, qui nous a fait bénéficier de sa connaissance des « agrégés spéciaux » ; M. Jérémie Dubois, historien de l'enseignement de l'italien, qui a éclairci certains mystères concernant les noms des lauréats de l'agrégation d'italien. La mise en ligne sur Internet est une forme nouvelle de publication à laquelle on ne songeait même pas lors de la première édition de cet ouvrage. Elle a déjà rendu possible une amélioration incessante des contenus, une collaboration étroite entre le maître d'oeuvre de ce répertoire et les utilisateurs du site, dont une bonne cinquantaine nous ont communiqué par courrier électronique leurs observations ou leurs demandes. Mentionnons en particulier MM. Hervé Brunon, Georges Kocher, Peter Lauwers, Yves Reverseau et Claude Roche.

 

 

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1 On connaît les noms des onze candidats de 1791, dernière année du concours, mais les registres s'interrompent avant la proclamation des résultats, et l'on ignore s'ils ont été reçus ou lesquels l'ont été.

2 En particulier à Jean-Baptiste Dumouchel, agrégé des belles-lettres de 1770, chef de la première division de l'Université, celle qui contrôle les facultés et les lycées.

3On trouvera de plus amples informations sur le concours de l'agrégation dans André Chervel, Histoire de l'agrégation (Paris, INRP, Kimé, 1993).

4 Voir André Chervel, « Les agrégés d'avant le concours (1809-1821) », Histoire de l'éducation , n° 124, oct.-déc. 2009, pp. 135-170.

5 La documentation des concours d'agrégation du XIXe siècle est réunie aux Archives nationales dans la série F/17/7027-7116. Voir aussi AJ/16/377-381 et AJ/61/46-49.

6 F/17/*1761. Registre de la Commission de l'Instruction publique, Séance du 24 septembre 1816.

7 Le décret du 4 juillet 1972 autorise la « nomination » comme agrégés de professeurs certifiés âgés de 40 ans au moins.

8 Ont été regroupés ici tous les concours de toutes les époques jusqu'à la date de 1950, et sans s'attacher à l'exactitude des noms de ces concours qui ont pu varier au cours du temps.

9 A.N., F/17/7062.

10 A.N., AJ/61/45.

11 A.N., F/17/13962.

12Revue universitaire, 1905, 2, 15 octobre 1905, pp. 256-257.

13 A.N., F/17/ 21879.

14Outre Guastalla, biagrégé d'italien et de lettres, deux lauréats de l'agrégation de grammaire de 1949, Jacques Veyrenc et Paul Garde, ont ultérieurement passé l'agrégation de russe (en 1955 et 1958).

 

Voir aussi: Les candidats aux trois concours pour l'agrégation de l'Université de Paris (1766-1791)

 
 

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