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Ecole et démocratie (XVIIe - XIXe siècles)

Pierre Caspard

La constitution des systèmes éducatifs contemporains s'est accompagnée, dans tous les pays occidentaux, d'un obscurcissement des pratiques éducatives antérieures. Plus ou moins consciemment menée, durant tout le XIXe siècle, par les États enseignants et leurs intellectuels organiques, cette disqualification des pratiques éducatives de l'époque moderne imprègne encore très largement, non seulement la mémoire collective, mais aussi l'historiographie même de l'enseignement ; c'est particulièrement le cas pour les enseignements et les apprentissages élémentaires.

Cette recherche vise à restituer les logiques et les pratiques éducatives des familles depuis la fin de l'époque moderne, jusqu'au moment où le rôle de l'État commence à devenir prépondérant, dans la seconde moitié du XIXe siècle. Outre les sources d'origine institutionnelle, l'accent est mis sur les écrits personnels émanant de familles de la Principauté puis du Canton de Neuchâtel.

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Le Dimanche après-midi, Alb. ANKER. (1836-1910), vers 1861. Musée d'Art et d'Histoire de Neuchâtel

Dans un pays assez largement représentatif de l'Occident en voie de modernisation, mais qui se caractérise aussi par le faible poids de l'État, face aux pouvoirs des communautés locales et à l'exercice de la démocratie directe, ces écrits émanent de milieux assez larges de paysans, d'horlogers, de prestataires de services, que l'on peut globalement caractériser comme appartenant aux classes moyennes de la société.

Dans les correspondances, journaux, souvenirs qu'ils ont laissés, est recherché tout ce qui peut faire ressortir des principes, des objectifs, des valeurs et des politiques éducatives, au sens large : arbitrage entre le temps consacré au travail, aux loisirs et aux études, ou entre les différentes composantes du dispositif d'instruction disponible : famille, leçons particulières, école publique, école privée, pension ou pensionnat ; une attention particulière est consacrée à ce qui témoigne d'une politique familiale des âges retenus pour la scolarisation des enfants, leur envoi en pension ou en séjour linguistique, ainsi que leur présentation à la première communion, en fonction de critères combinant les aptitudes et les goûts des enfants et les ambitions et objectifs professionnels nourris pour eux, consensuellement ou conflictuellement, par les différents membres du groupe familial.

Le rôle des institutions fait l'objet d'investigations spécifiques. Il s'agit d'abord des communes ou corporations villageoises, dont les politiques sont analysées dans la longue durée, en terme de financement d'écoles, de recrutement de régents, de détermination du curriculum, de contrôle de l'enseignement. Il s'agit ensuite de l'Eglise, dont le poids s'exerce surtout au niveau local, plus discrètement à celui du pays. Il s'agit enfin de celui de l'Etat, qui n'apparaît comme acteur qu'en 1829, au travers d'une Commission d'Etat disposant de quelques crédits et d'un pouvoir d'enquête et d'observation sur les écoles villageoises. Après la Révolution de 1848, un Département de l'Instruction publique joue un rôle plus actif ; la décennie 1850 apparaît comme une période de transition entre l'ancien et le nouveau régimes scolaires, produisant un bilan statistique particulièrement riche du terme de l'évolution passée, tout en révélant la façon dont l'Etat a coordonné et organisé les “rouages détachés” qui constituaient jusque-là le dispositif d'éducation.

Dans les années 2005-2006, des recherches et publications porteront plus particulièrement sur le rôle de l'Eglise dans le développement de l'instruction élémentaire ; les pratiques d'apprentissage et d'enseignement de l'orthographe ; l'“état des savoirs” des jeunes écoliers neuchâtelois vers 1850.

 

Publications :

CASPARD P., "Gérer sa vie ? Étude statistique sur le profil de carrière des ouvriers de l'indiennage (1750-1820)". Revue du Nord (Lille), janvier 1981, pp. 207-232.

CASPARD P., "Lettres neuchâteloises. Un réseau européen de sociabilité ouvrière, 1765-1814" in : Daniel-Odon Hurel (Dir.) : Correspondance et sociabilité. Cahiers du GRHIS (Rouen), n° 1, 1994, pp. 79-95.

CASPARD P., "Pourquoi l'État s'est-il intéressé à l'éducation ? (1750-1830)". Musée neuchâtelois (Neuchâtel), juillet 1994, pp. 93-105.

CASPARD P., " Pourquoi on a envie d'apprendre. L'autodidaxie ordinaire à Neuchâtel (XVIII e siècle) ". Histoire de l'éducation , mai 1996, pp. 65-110.

CASPARD P., " Éducation et progrès. Ce que disent les écrits personnels ". Musée neuchâtelois , octobre 1996, pp. 273-289.

CASPARD P., " Le temps scolaire à l'époque moderne. Économies et politiques villageoises. Neuchâtel, XVII e -XIX e siècles " suivi de : " Une source de l'histoire du temps scolaire à l'époque moderne : les règlements d'école " in : Marie-Madeleine Compère (Dir.) : Histoire du temps scolaire en Europe . Paris, INRP et Économica, 1997, 392 p., pp. 209-254. Notice

CASPARD P., " Crise de l'école, crise de la mémoire de l'école. École, démocratie et modernité économique en France, de la fin du Moyen Âge à nos jours ". Annales de la Société franco-japonaise des Sciences de l'éducation (Tokyo), avril 1997-mars 1998, n° 26, pp. 106-119.

CASPARD P., " Le Temps scolaire : la longue histoire de son organisation ", Annales de la Société franco-japonaise des Sciences de l'éducation, Tokyo, n° 26, avril 1997-mars 1998, pp. 134-149.

CASPARD P., " The School in crisis, crisis in the memory of school. School, democracy and economic modernity in France from the late Middle Ages to the present day ". Paedagogica historica (Gand), 1998, 3, pp. 691-710.

CASPARD P., " Reflektieren Spiegel ? Bausteine zu einer vergleichenden Betrachtung der unentgeltlichen und entkonfessionalisierten Pflichtschule in Frankreich und in der Schweiz " in : L. Criblez, R. Hofstetter, C. Magnin (Dir.) : Eine Schule für die Demokratie . Berne, P. Lang, 1999, pp. 433-454.

CASPARD P., " L'enfance, l'adolescence, la jeunesse : pour une économie politique des âges depuis l'époque moderne ". Carrefours de l'éducation (Amiens), janvier-juin 1999.

CASPARD P., " Les miroirs réfléchissent-ils ? Esquisse d'une étude comparée de la gratuité, de l'obligation et de la laïcité scolaires, en France et en Suisse ", in : R. Hofstetter, C. Magnin, L. Criblez, C. Jenzer (dirs.) : Une école pour la démocratie. Naissance et développement de l'école primaire publique en Suisse au XIXe siècle . Berne, P. Lang, 1999, pp. 343-357.

CASPARD P., Les Changes linguistiques d'adolescents. Une pratique éducative, XVIIe-XIXe siècles . Numéro spécial de la Revue historique ne uchâteloise , janvier-juin 2000, 82 p.

CASPARD P., " Examen de soi-même, examen public, examen d'état. De l'admission à la Sainte-Cène aux certificats de fin d'études, XVIe - XIXe siècles", in Belhoste (Dir.) : L'examen. Évaluer, sélectionner, certifier . Histoire de l'éducation , n°94, mai 2002, pp. 17-74.

CASPARD P., "L'orthographe et la dictée : problèmes de périodisation d'un apprentissage (XVII e -XIX e siècles)", Le cartable de Clio . Revue romande et tessinoise sur les didactiques de l'histoire , n°4, 2004, pp. 255-264.

 

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