Ferdinand Buisson |
Journée d'étude sur Ferdinand Buisson (30 mai 2000)
|
|
Nelly Kuntzmann (BNF, Paris) et Mireille Gueissaz (CURAPP, Université de
Picardie Jules Verne) :
|
|
Martine Brunet (DEA, Paris IV) : Dès la proclamation de la République, Ferdinand Buisson décide de quitter la Suisse, et il arrive à Paris le 5 septembre. Très vite, il s'engage dans l'action politique et sociale. Pendant le siège, des enfants seuls errent dans les rues, Ferdinand Buisson en recueille quelques-uns et veut créer un orphelinat. Membre de la commission municipale du 17ème arrondissement, avec laccord du maire M. François Favre et dun de ses adjoints, Benoît Malon, chargé des services dassistance, Ferdinand Buisson est chargé de diriger létablissement, sis au 46 rue du Port Saint Ouen, qui prend le nom dOrphelinat municipal du 17ème arrondissement. Cet établissement, dans lesprit de Ferdinand Buisson,
nest pas seulement destiné à porter remèdes aux maux immédiats de la guerre, il
doit avoir un caractère durable et assurer aux enfants une éducation complète.
|
|
Christiane Demeulenaere Douyère (Archives nationales,
Paris) :
Paul Robin est connu pour avoir été le premier à mettre en
uvre en France, sur une assez longue durée (1880-1894), léducation
intégrale dont il avait posé les principes. Lexpérience de lOrphelinat
Prévost de Cempuis na pu avoir lieu que grâce à la volonté de Ferdinand Buisson,
et à son appui fervent et courageux, même dans le tourmente de 1894, quand la presse se
déchaînait contre la " porcherie de Cempuis ". On examinera ici la
nature et les limites de lengagement de Ferdinand Buisson aux côtés de Paul Robin.
|
|
Maria Helena Camara Bastos (Universidade Luterana do Brasil et Universidade Federal do Rio Grande do Sul) : Traces, signes et vestiges des idées pédagogiques de Ferdinand Buisson au Brésil (1870-1900) Létude analyse linfluence des idées
pédagogiques de Ferdinand Buisson au Brésil, dans les trois dernières décennies du
XIXe siècle, à travers lanalyse de la production de deux représentants de
" lillustration " brésilienne : Rui Barbosa (1849-1923) et
Joaquim José de Menezes Vieira (1848-1897). On cherchera des traces, signes et vestiges
de linfluence de Buisson dans la traduction par Rui Barbosa de Primary Object
Lessons (leçons de choses), de Norman Allison Calkins, en 1881 ; dans
lélaboration des Pareceres de Reforma do Ensino Primario, Secundario, Superior e de
varias instituiçoes complementares, par Rui Barbosa (1882-1883) ; dans
limplantation de la méthode intuitive ; dans la réalisation des expositions,
pédagogique (1883) et scolaires ; dans limplantation du musée pédagogique
(Pedagogium, 1890-1919), et de la revue Revista Pedagogica (1890-1896), selon le modèle
français, par Menezes Vieira.
|
|
Patrick Cabanel (Université de Toulouse Le Mirail) : Les historiens ont retenu, depuis Georges Goyau et Daniel Halévy, lidée que Ferdinand Buisson, Félix Pécaut et Jules Steeg ont constitué, aux sources de la laïcité, un efficace " trio ", voire une " troïka ", danciens pasteurs passés à la pédagogie. Une telle image a lintérêt de frapper la mémoire, mais elle aplatit luvre et la personnalité de chacun des trois amis. On sait que Buisson nétait nullement pasteur, mais agrégé de philosophie, même sil fut un réformateur religieux. On doit surtout savoir combien les trois hommes, si puissamment unis dans le combat puis le pouvoir, sont pourtant différents. Steeg est un militant et un organisateur de premier ordre. Mais Buisson et Pécaut, au pouvoir de 1879 à 1896, offrent une toute autre stature au regard de lhistoire. Rarement, peut-être, hommes furent plus dissemblables, et plus fraternellement mêlés dans une même révolution culturelle. Buisson est un entrepreneur, un politique, un homme de réseaux, de lobbying, de communication, destrade, maître duvre de grandes entreprises collectives (du Dictionnaire de Pédagogie au ministère !), président dà peu près tout ce qui est à présider à gauche (Ligue de lenseignement, Ligue des droits de lhomme, Parti radical, etc.), champion de plusieurs carrières successives (religieuse, pédagogique, politique, pacifiste ). Sa longévité exceptionnelle, sa force de travail, sa capacité à se trouver en permanence à la nécessaire jonction de réseaux républicains divers mais également fondateurs, font de lui la véritable éminence grise de la Troisième République. Que la mémoire nationale lait presque complètement oublié, jusquà ces dernières années, serait une énigme majeure si ce type doubli ne sanctionnait habituellement, au moins un temps, les éminences grises. Définir Pécaut revient presque à faire le portrait inverse de
celui de son ami, quelle que soit la préférence de lhistorien devant des
caractères aussi opposés : stabilité/agitation, silence/brouhaha,
immobilité/renouvellement, méditation de la mort/boulimie de vie, etc. En fait, on a
tout dit de Pécaut de son vivant même en parlant de " Saint-Cyran dun
Port-Royal laïque ". Cétait reconnaître que le directeur de
Fontenay-aux-Roses, comme le révèle létude de son importante correspondance, est
à ranger du côté des mystiques, avec leur silence et le flux intarissable de leurs
mots, leur ombrageuse et douce obsession. La République laïque eut ainsi son directeur
infatigable, Buisson ; et, avec Pécaut, son " saint ", enfermé
à Fontenay mais rayonnant dans toute la France grâce à ses institutrices
dinstitutrices. La conjonction de génies aussi dissemblables explique sans doute
pour une bonne part létonnante réussite de la laïcité française à la fin du
XIXe siècle.
|
|
Patrick Dubois (IUFM de Bourgogne) :
La destruction par la librairie Hachette en 1911 de toute la
correspondance relative au Dictionnaire nous prive dune source inestimable.
Toutefois, la reconstitution de la chronologie de parution de louvrage autorise des
conjectures raisonnées touchant son projet et lévolution de celui-ci, la formation
de léquipe collaboratrice (la sollicitation des auteurs à mesure de
lavancement de la publication, les réseaux qui les relient), la doctrine scolaire
et pédagogique (polyphonique) exprimée dans les articles. Elle multiplie aussi les
questions, points dancrage de recherches à venir
|
|
Il sagit de rendre compte des premiers résultats dune recherche collective entreprise à lIUFM de Versailles visant à comparer méthodiquement les deux éditions du Dictionnaire Pédagogique à partir dune étude critique des articles consacrés aux " disciplines " scolaires inscrites au programme du primaire. Soumis à ce mode de lecture, le Dictionnaire se révèle un gisement particulièrement fécond où lon peut dégager les permanences et les remaniements significatifs qui, à trente ans de distance, caractérisent les discours et les instruments méthodologiques mobilisés par chaque discipline. De plus, et au-delà des traits spécifiques à chaque domaine de savoir, lexistence dinflexions communes incite à penser le jeu complexe (et souvent contourné) qui oppose des ambitions réformatrices et des volontés de statu quo au cours de la période où se réalise lessentiel de luvre de la IIIème République du point de vue de lenseignement primaire.
|
|
|