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L'apprentissage coopératif
comme stratégie d'éducation multiculturelle
Mise en uvre dans une classe de
mathématiques
dans une école appuyée par le programme Éducation Multiculturelle
Étude de cas
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| Texte de Thème : Descripteurs : |
La multiculturalité est une caractéristique de plus en plus marcante de l'école. Cette situation est à l'origine de conflits éthniques et culturels qui ont comme conséquence l'exclusion de groupes minoritaires, ce qui se traduit par leur échec scolaire et, souvent aussi, par l'abandon précoce de la scolarité obligatoire. Des études récentes font une correspondance presque linéaire entre le succès éducatif et la capacité d'insertion sociale.
Devant cette réalité il nous paraît indispensable changer les pratiques pédagogiques. En effet, cette population scolaire n'accepte plus les mêmes solutions et des difficultés surgissent dues non seulement au niveau pédagogique mais aussi aux relations et à l'insertion sociale dans l'école.
Les nouveaux défis posés à l'école par
la diversité exigent une autre approche à l'éducation - l'éducation interculturelle
qui se concrétise dans une nouvelle école - l'école "inclusive" (
cf. 1) -. Celle-ci doit permettre le développement
de tous et de chacun, sans exclusion. La mise en oeuvre de cette école implique des
stratégies et des méthodes novatrices et intégratrices qui respectent la différence
culturelle pour promouvoir, de fait, le succès scolaire et éducatif de tous.
L'apprentissage coopératif est l'une des stratégies mises en place par les enseignants qui participent au Programme d'Education Interculturelle. Cette statégie dont le but est de répondre aux problèmes et nouveaux besoins de la population scolaire, relève de l'intention de réduire les limitations de l'apprentissage individualiste-compétitive traditionnelle, qui se traduit par les préssuposés suivants:
l'école n'apprend pas à collaborer et à distribuer le succès;
les élèves font, fréquemment, des comparaisons avec leurs camarades qui se font remarquer par leur succès ayant le sentiment de ne jamais arriver à les égaliser. Cette situation provoque une diminution de la motivation et augmente les difficultés d´apprentissage.
1. Descriptif de l'innovation
Le cadre de l'expérience est un établissement de l'enseignement de base (2ème cycle) qui fait partie des établissements qui participent dans le Programme d'Education Interculturelle. Dans cette école située dans un quartier de la banlieu de Lisbonne, près de l'aéroport, il y a environ soixante enseignants et quatre cent élèves, dont la grande majorité appartient à un niveau socio-économique bas. La présence d'un pourcentage significatif d'élèves (environ un tiers) de différentes éthnies, originaires surtout d'Afrique (Cap Vert, S.Tomé et Angola) se traduit par l'inclusion en moyenne, par classe, de 2/3 élèves de groupes différents, constituant ce fait encore un trait distintif de cette communauté culturellement heterogène et avec des fortes racines rurales.
Les mathématiques étant une des disciplines où l'échec scolaire est plus marquant, l'école a tout d'abod mis en place des activités extra-curriculaires comme une salle de jeux mathématiques et un club d'informatique, plus tard une des des participantes du projet qui enseigne les mathématiques - Maria do Céu Branquinho - a voulu essayer une stratégie d'apprentissage coopératif dans sa classe.
L'apprentissage coopératif est considerée une méthodologie une innovante qui peut adopter différentes stratégies - "jigsaw", "teams-game-tournament"; "students team achievement divisions", "learning together"; group investigation" (Fullan; 1991: 184-186) (
cf. 2). Dans ce cas, c'est la stratégie "teams-games-tournament" qui a été choisie. Sa mise en oeuvre s'est inspirée des recherches sur le thème menées par une psychologue, Maria José Diaz-Aguado (
cf. 3), qui prône son application pour la promotion de la tolérance et l'intégration scolaire.
Ce sont des difficultés globales repérés dans le groupe - écouter l'autre; respecter l'opinion des autres; collaborer dans des travaux de groupe - qui a conduit à choisir cette stratégie qui permet d'organiser autrement le travail en groupe et l'évaluation, dans le but d'améliorer les rapports entre élèves et aussi son apprentissage scolaire.
Cet expérience visait deux sortes d'objectifs: cognitifs (qui rejoignent ceux qui sont consignés par une des unités du programme de mathématiques pour ce niveau d'enseignment) et objectifs afectifs et comportementaux. Les objectifs établis dans chacun de ces domaines sont les suivants:
Objectifs cognitifs
Résoudre d'expressions numériques qui utilisent toutes les opérations.
Résoudre et savoir poser des problèmes qui exigent le recueil et l'analyse de données.
Construire, lire et interpréter graphiques et tableaux.
Objectifs affectifs et comportementaux:
Améliorer les rapports entre élèves.
Développer la capacité de coopération.
Développer la capacité de communication.
Amélior la confiance en soi-même et l'auto-estime.
Favoriser l'amélioration des rapports inter-etnhiques.
L'expérience s'est déroulé entre avril et juin de 1996. Pendant cette période l'enseignante a developpé la stratégie "teams-game-tournament" auprès d'un groupe de 14 élèves qu'elle suivait depuis le début de l'année. Ces élèves fréquentaient pour la première fois le 2ème cycle,dû à des redoublements dans le 1er cycle (élémentaire), leurs âges se situent entre 13 et 18 ans . Il y a avait le même nombre de garçons et de filles. La composition du groupe est presenté dans le tableau suivant:
Composition du groupe
Age |
Nº de garçons |
Nº de filles |
Total |
13 |
3 |
2 |
5 |
14 |
2 |
2 |
4 |
15 |
1 |
2 |
3 |
15 |
- |
- |
- |
17 |
1 |
- |
1 |
18 |
- |
1 |
1 |
Parmi ces élèves, 7 étaient originaires du Cap Vert, 4 de S.Tomé, 1 de l'Angola, bien qu'un seule ne soit pas né au Portugal, les 4 autres étaient d'origine portugaise.
2. Déroulement de l'innovation
La stratégie choisie "teams-games-tournament" se fonde sur des perspectives communes aux différentes formes d'apprentissage coopératif : séparer la classe en équipes (de 4 a 6 éléments) le plus heterogènes possibles, notament, selon les résultats d'apprentissage, le sexe et l'éthnie; inciter les élèves à aider les autres membres de leur équipe dans la réalisation de la tâche stipulée et, finalement, récompenser le résultat obtenu comme conséquence du travail de groupe. Cette technique comprend les étapes suivantes:
Au début de la séance, le professeur explique quel est le contenu du travail. Chaque scéance dure entre 45 à 60 minutes. Il est souhaitable de faire un minimum de deux scéances par semaine, bien que le mieux soit sa généralisation au maximum de contenus et scéances possibles.
Dans ce cas, les élèves ont été distribués par 4 groupes hétérogènes quant au sexe, éthnie et les résultats scolaires obtenus dans trimestres antérieures qui permettaient de repérer qu'il avait 2 bons élèves, 5 moyens et 6 faibles (ce qui n'a pas permis de distribuer les bons élèves par tous les groupes).
Dans ces scéances, les élèves coopèrent dans la résolution des tâches et l'enseignant tient le rôle d'un observateur attentif de chaque équipe à fin de pouvoir aider les élèves qui ont besoin d'appui.
Après deux ou trois séances d'apprentissage coopérative, il importe de mener une scéance d'évaluation, en alternant les deux modalités proposés ci-dessous, de façon à distribuer le succès et permettre que tous les élèves y arrivent avec une certaine régularité.
2.2.1. Tournois en groupe (comparaison avec les camarades du même niveau cognitif).
Dans ces tournois le même exercice est distribué à tous les élèves qui le font individuellement. D'après le niveau initial (bon, moyen et faible), les trois qui obtiennent de meilleurs résultats gagnent trois points pour leur équipe. Dans ces groupes se comparant, quant aux résultats avec leurs camarades, les élèves se rendent compte qu´ils ont autant de chances que les autres d'obtenir les trois points pour leurs équipes.
2.2.2.Tournois individuels (comparaison de chaque élève avec soi- même):
Chaque élève réalise aussi l'exercice individuellement, c'est la comparaison de son résultat avec celui qui a été obtenu dans l'évaluation antérieure qui lui permet de gagner des points pour son équipe: deux point si le résultat est semblable au précedent et trois points si le résultat est supérieur.
Pour qu'il y ait des résultats significatifs, il est nécessaire, un minimum de seize scéances d'apprentissage coopérative et 8 scéances d'évaluation.
Pour l'application de ce processus dans les premières années de scolarité, il est souhaitable de consacrer les premières scéances (environ 2) à l'introduction des enfants dans cette nouvelle forme d'apprentissage.
Dans ce cas, le professeur a apliqué cette methodologie à l'enseignement d´une matière, bien que idéalement cette stratégie doive être utilisée dans tous les cours et disiciplines.
Pour favoriser la motivation vis à vis l'apprentissage coopératif et augmenter l'efficacité des résultats, l'enseignante a organisé un tableau où les élèves notaient eux-mêmes les résultats obtenus par chaque équipe pendant toute le déroulement du processus.
À la fin de l´expérience, seulement 1 élève n'a pas atteint les objectifs définis par le programme de mathématiques pour le 2ème cycle. Autrement dit, à la fin de l'ensemble des scéances, un seule élève restait dans le niveau faible, tandis que 9 avaient des résultats moyens et trois de bons résultats.
L'auto et la hétéro-évaluation des élèves sur le processus a permis de remarquer son efficacité pour améliorer les résultats scolaires. Celle-ci peut s'expliquer par le temps plus long qui est consacré à la tâche quand on le compare avec la structure traditionnelle; par le conflit socio-cognitif résultant de la discussion entre camarades et par l'interdépendance qui découle de la réalisation des tâches en équipe et l´obtention des récompenses pour cette équipe.
Cette expérience n'est que l'example de la mise en oeuvre de l'une des stratégies de l'apprentissage coopératif qui a été utilisée par cette enseignante, en fonction du groupe qu'elle avait cette année-là.
L'apprentissage coopératif dans ces différentes stratégies n'est, cependant, considerée que comme une des approches possibles à l'éducation interculturelle. L'anlyse de ces stratégies, leur essai et leur communication à des collègues a fait partie de la formation continue du Programme d'Education Interculturelle, dont le processus global et les effets est l'objet d'une évaluation externe qui devra être publiée pendant l'année scolaire de 1998/99.
Cette étude menée par un chercheur
extérieur se fonde sur l'analyse du matériel recueilli et mis à disposition par
l'enseignante qui a développé cette expérience. Celle-ci a aussi revue et corrigée la
rédaction finale du texte. Le processus a été aussi présenté à d'autres enseignants,
lors d'une scéance de formation continue organisée par le Programme d'Education
Interculturelle. Le contenu de cette présentation a été, plus tard, écrit et publié.
Cet article paru après la première rédaction de cette étude de cas, a été aussi
utilisé pour mieux le compléter (
cf. 4).
(1) Ainscow, M. (Ed.) Effective schools for all. Londres: David Fulton Publishers Ltd.
(2) Fullan, M.G. (1991). The new meaning of educational change. Londres: Cassell.
(3) Diaz-Aguado, M. J. (1992) Educación y desarrollo de la tolerancia. Programas para favorecer la interacción educativa en contextos etnicamente etnicamente heterogénios. Madrid: Ministerio de Educación y Ciencia. Universidad Complutense.
(4) Branquinho, M. J. A aprendizagem cooperativa na disciplina de Matemática. In Educação Intercultural. Relato de experiências. Lisbonne: Secretariado Coordenandor dos Programas de Educação Multicultural. Ministério da Educação (143-164).
© Innova : Observatoire européen des innovations en éducation et en formation / European Observatory for Innovation in Education and Training, juin 1998.